Rothbard et le prêt bancaire

Rothbard: Illustrons notre propos : Durand et Dupont concluent un contrat par lequel le premier cède aujourd’hui 100 000 francs au second en échange d’une reconnaissance de dette par lequel l’autre accepte de lui rendre 110 000 francs dans un an. C’est un contrat de prêt typique. Ce qui s’est produit,
c’est que Durand a transféré à Dupont son titre de propriété actuel sur les 100 000 francs en échange de quoi Dupont a consenti aujourd’hui à lui transférer un titre sur 110 000 francs dans un an. Imaginons maintenant qu’à la date convenue pour le remboursement, Dupont refuse de payer.

Pourquoi le Droit libertarien forcerait-il d’exécuter cette obligation ? La loi actuelle (que nous traiterons en détail plus bas) fonde essentiellement l’obligation faite à Dupont de payer les 110 000 francs sur la “promesse” qu’il a faite et qui a créé chez Durand l’“attente” de recevoir cette somme. La thèse que nous défendons ici est qu’une simple promesse n’est pas un transfert de propriété et que si la morale exige sans doute de tenir ses promesses, il n’entre pas et ne peut entrer dans les attributions du droit (c’est-à-dire la violence légale) libertarien d’imposer la morale (tenir ses promesses en l’occurrence). Notre thèse est que Dupont doit verser les 110 000 francs parce qu’il a déjà consenti à en transférer son titre de propriété à Durand et que son défaut de payer en fait un voleur de ce qui appartient à Durand.

Gidmoz: La thèse de Rothbard est de considérer que seul le vol du bien d’autrui est punissable par un tribunal libertarien. Et ne pas exécuter une promesse n’est un vol uniquement dans le cas où il s’agit de restituer le bien d’autrui à son légitime propriétaire. Dans les autres cas, le non-respect d’une promesse ne serait pas punissable par un tribunal libertarien. Dans l’exemple que vous citez ci-dessus, Rothbard commet une erreur d’analyse des droits en présence.

Gidmoz: Rothbard dit « Dupont doit verser les 110 000 francs parce qu’il a déjà consenti à en transférer son titre de propriété à Durand ». Dupont, l’emprunteur, a tout dépensé. Il ne dispose pas encore de cette somme. Il ne pourra donc jamais restituer ce qui appartient à Durand, le prêteur. L’emprunteur promet de remettre une somme d’égale valeur, mais différente. Il ne s’agit donc pas de restituer au prêteur ce qui lui appartient, mais de lui verser une chose d’égale valeur. Le principe libertarien du droit du contrat ne peut pas être ici appliqué.

Cette conception de la promesse est contraire au droit du contrat, tel qu’il se pratique dans les pays civilisés. La tentative de Rothbard pour fonder autrement le droit du contrat de prêt bancaire est un échec.

À propos gidmoz
libertarien, ingénieur

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