Du droit de porter les armes à la liberté individuelle d’organiser sa propre défense

Du droit de porter les armes à la liberté individuelle d’organiser sa propre défense

François-René Rideau

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Pour toute information complémentaire, dernière version mise à jour, etc., consultez la page web de cet article: http://fare.tunes.org/liberalisme/port_d_arme.html

1 Du droit de porter les armes
1.1 Une approche trop vite rejetée: le droit naturel
1.2 Par nature la prohibition ne touche que les seuls honnêtes citoyens
1.3 L’effet dissuasif du grand égalisateur que sont les armes
1.4 L’illusoire spectre des bandes armées
1.5 Arguments géographiques
1.6 Arguments historiques
1.7 La garantie illusoire
1.8 Les non-arguments
1.9 Les statistiques
1.10 La charge de la preuve
2 Des polices privées
2.1 La sécurité, tarte à la crème des politiciens
2.2 La faillite de la police nationale
2.3 La solution niée: une police privée
2.4 Une police privée: le meilleur service public, grâce à la liberté des consommateurs
2.5 Une police privée: la garantie du respect des droits, par la responsabilité des fournisseurs
2.6 Une police privée: la fin des zones de non-droit
2.7 Polices privées: la fin de l’extraterritorialité des criminels
2.8 Polices privées: l’émulation de la concurrence dans la lutte contre le crime
2.9 Une police privée: la garantie que tous seront protégés
2.10 Le monopole de la police: source de tous les rackets politiques
3 De la justice privée
3.1 La législation, négation et caricature du droit
3.2 Pacification contre Réglementation
3.3 La collectivisation de la justice
3.4 Le monopole de la justice
3.5 Choisir ses propres juges
3.6 Prescription Naturelle vs Prescription Artificielle
3.7 Le mythe d’une justice préventive
3.8 Les hors-la-loi
3.9 La prison, école du crime
3.10 La peine de mort
3.11 Le monopole procédurier
3.12 Le clientélisme des hommes de « loi »
3.13 Conclusion: la justice privée est la justice responsable
4 Des armées privées
4.1 L’armée, premier ennemi de la nation
4.2 La nationalisation de l’armée
4.3 Le financement de l’armée
4.4 La course aux armements
4.5 L’amplification des vendettas
4.6 Les crimes de guerre
4.7 Le mythe du pauvre non-protégé
4.8 Les affaires étrangères… à l’État
4.9 Le terrorisme, miroir de l’État
4.10 Le Pacifisme, ennemi de la Paix
5 Des fonctions régaliennes de l’état
5.1 Les paradoxes du libéral-autoritarisme
5.2 La confusion entre les multiples sens du mot « état »
5.3 La sécurité est un bien positif
5.4 Un monopole naturel?
5.5 Le criminel garant des libertés
5.6 Le mythe fondateur de l’état
5.7 Les coûts de transition
5.8 Conclusion
Pointeurs

1 Du droit de porter les armes

Une version de cette section a été publiée au Québécois Libre numéro 97 du 2 février 2002 sous le titre Les libéraux doivent défendre le droit de porter des armes.


1.1 Une approche trop vite rejetée: le droit naturel

Nombreux sont ceux, même parmi les libéraux, à rester insensibles à l’argumentation selon laquelle le droit de porter des armes relève de la liberté individuelle[1].

Pour les libéraux qui se rapportent aux principes du droit naturel (les « jusnaturalistes »), le droit de porter des armes relève du droit naturel à l’auto-défense. L’auto-défense est selon eux le premier de tous les droits individuels, celui garant de tous les autres — car un droit non défendu ne vaut rien. Nulle autorité ne pouvant revêtir un pouvoir qui ne lui ait pas été délégué, et nul ne pouvant déléguer un pouvoir qu’il n’a pas, il est inconcevable que des agents de l’État (policiers, militaires) aient le droit de porter les armes pour défendre les citoyens, si ce droit n’appartient pas déjà aux citoyens, qui peuvent librement choisir de le déléguer ou d’en faire usage eux-mêmes.

Mais soit qu’ils rejettent cet argument (souvent sans discussion), soit qu’ils le considèrent comme secondaire (aussi sans discussion), les opposants au droit de port d’arme prétendent n’être sensibles qu’à des arguments utilitaristes ou conservateurs. Aussi est-ce de ce point de vue que je vais aborder la question.

1.2 Par nature la prohibition ne touche que les seuls honnêtes citoyens

Dans leur argumentation utilitariste, les prohibitionnistes, adversaires du droit de porter les armes, pointent constamment vers le danger que représente le fait que des hommes soient armés. Mais la question n’est pas de savoir s’il y a des hommes armés; elle est de savoir si les seuls hommes en armes seront les policiers et les criminels, ou si les citoyens honnêtes aussi seront armés.

Les criminels seront toujours armés, et aucune loi ne les désarmera. La loi peut les forcer à cacher leurs armes, mais ils sauront toujours le moment venu être plus armés que leurs victimes. J’ose croire que les criminels sont détestés de tous les citoyens honnêtes, et que ce n’est pas à leur bénéfice qu’on entend prohiber le port d’arme. Or, au moment de l’agression, seule la victime honnête est désarmée par la loi. Les lois de prohibition du port d’armes ne sont donc pas autre chose que des lois de désarmement des victimes potentielles. Il est donc absurde de prétendre que le port d’arme libre conférerait un avantage aux criminels.

Restent les policiers, militaires et autres agents de l’ordre. Mais quand il s’agit de nous défendre contre les criminels, viendront-ils avec leurs armes au moment de l’agression, ou tels les carabiniers de tristement célèbre réputation, ne viendront-ils pas quand tout sera fini? Les policiers rejettent notoirement toute responsabilité dans la prévention des agressions: hormis la protection rapprochée qu’ils offrent aux puissants, ils ne protègent pas les citoyens honnêtes. Pire encore, ce sont eux qui, en faisant respecter la prohibition des armes, empêchent l’auto-défense des citoyens honnêtes. On peut du reste poser la question des conséquences à long-terme d’un système consistant à donner des pouvoirs de plus en plus étendus aux policiers à mesure que de nouveaux problèmes se font jours — c’est l’objet de la seconde partie de cet essai sur les polices privées.

La question encore une fois n’est donc pas « y a-t-il des hommes armés? » autour de vous, mais « les citoyens honnêtes, vous compris, sont-ils eux-aussi armés? »

1.3 L’effet dissuasif du grand égalisateur que sont les armes

Un autre mythe est que le port d’arme conférerait un avantage pratique aux criminels. Nous avons vu l’absurdité évidente d’un tel avantage du point de vue du droit (puisque la prohibition ne s’applique qu’aux honnêtes gens); il est aussi possible de la montrer du point de vue de la pratique.

Les armes sont le plus grand égalisateur entre les hommes. Entre la bande de grosses brutes épaisses habituées aux bagarres de rue, et leur victime potentielle, gringalet tranquille ou faible femme, un pistolet chargé est l’assurance que les relations resteront courtoises; quoique, s’il s’agit d’une bande contre une seule femme, une mitraillette Uzi serait plus adaptée. J’ai déjà été agressé, été témoin d’agressions, de rackets, d’intimidations, etc., et je peux attester que nulle de ces choses n’auraient eu lieu si les victimes et témoins honnêtes avaient été aussi armés que les agresseurs. Il ne faut pas oublier que les agresseurs sont lâches par nature — s’ils étaient courageux, ils travailleraient.

Le maniement des armes requiert une formation, dit-on. Certes, mais celle-ci est minime: bien plus simple qu’un permis de conduire. En quelques heures d’entraînement, la faible femme sera à égalité avec ses agresseurs potentiels quant à sa capacité de tirer à bout portant. Par comparaison, avec la prohibition du port d’arme, même avec quelques milliers d’heures de cours d’arts martiaux, elle ne pourra jamais espérer être à la hauteur pour se défendre contre un voyou musclé, et encore moins contre deux ou toute une bande; qui moins est si ces voyous sont armés d’un cutter ou canif tels qu’impossibles à jamais prohiber, voire d’une vraie arme — puisqu’ils ne respectent pas la loi[2].

Encore une fois, les armes sont le plus grand égalisateur entre les baraqués et les gringalets! Le géant de deux mètres spécialiste en arts martiaux n’osera pas s’en prendre à la plus minuscule petite vieille, s’il soupçonne qu’elle ou un témoin puisse être armé (incertitude donc qui autant que l’esthétique suppose aussi le droit de cacher une arme que l’on porte). Ainsi, la familiarité de toute une nation avec les armes assure qu’au sein de cette nation, les relations entre individus même désarmés resteront courtoises.

Il est impossible de demander à des personnes âgées qu’elles apprennent à se défendre elles-mêmes, dit-on. Mais, avec la liberté de porter les armes, ces personnes âgées auraient appris depuis longtemps à se défendre; elles vivraient à côté de voisins armés, et se feraient accompagner de personnes armées pour tout déplacement dangereux en dehors des sentiers battus; à défaut de voisins, amis ou parents, elles loueraient des gardes. Au contraire des prétentions alarmistes des prohibitionnistes, en rendant toute délinquance dangereuse, la liberté de porter les armes aurait des retombées positives pour la sécurité même des personnes incapables de se défendre elles-mêmes. Pensez-vous vraiment que l’interdiction de porter des armes empêche aucunement quiconque d’agresser un petit vieux sans défense? La peur de se faire surprendre par un témoin, un voisin, un parent, ou pire, un garde, armé, voire une victime elle-même récalcitrante et armée, en fera réfléchir plus d’un — ou lui fera s’en mordre les doigts sinon. Le risque d’être pris n’augmentera pas, mais la sanction en cas de surprise, si, et cela a un effet dissuasif certain, autant qu’un effet régulateur quand la dissuasion ne suffit pas.

1.4 L’illusoire spectre des bandes armées

Les adversaires du droit de porter les armes feront miroiter le spectre de bandes armées dominant le pays. Mais c’est là un argument infondé, car la liberté d’organiser son auto-défense permet de lutter plus efficacement contre le crime organisé.

Tout d’abord la question à poser est celle de savoir d’où surgiraient ces bandes armées, là où elles n’existent pas déjà? Encore une fois, la prohibition ne touche que les honnêtes gens; les bandes criminelles armées ayant vocation à faire leur loi le peuvent déjà, dans tous les endroits abandonnés par la police, et il n’y a aucune raison que de nouvelles bandes apparaissent là où les citoyens honnêtes seraient plus difficiles à agresser. Quant aux voyous qui ne sont actuellement armés que de couteaux, qui leur suffisent à faire la loi, ils pourront bien s’armer de pistolets, mais nous avons vu plus haut que face à des victimes potentielles tout aussi armées, ils y perdent en pouvoir d’intimidation.

L’idée selon laquelle il y aurait une horde de criminels fantômes tapie dans l’ombre et qui n’attendrait que la liberté de port d’arme pour les citoyens honnêtes avant que de se manifester est tout bonnement ridicule. Quand les citoyens honnêtes sont désarmés, les criminels potentiels sont déjà en train de s’exprimer ouvertement. Au contraire, dans les quartiers difficiles où des bandes font actuellement la loi, la majorité silencieuse est composée de citoyens honnêtes. Ces honnêtes gens se terrent pour survivre sans encombre, à défaut de pouvoir se défendre. L’intérêt de tous ces citoyens honnêtes est que l’ordre public soit respecté, et s’ils avaient la liberté d’organiser leur propre défense, en s’armant soi-même, mais aussi en louant les services de polices privées, alors ils ne laisseraient pas les petits malfrats régner en maîtres. Il ne se peut pas d’ailleurs qu’il y ait jamais nulle part une majorité de criminels, car sinon il n’y aurait plus assez de victimes à parasiter pour nourrir tous ces prédateurs[3].

1.5 Arguments géographiques

Parmi les autres épouvantails agités, d’aucuns prendront comme exemple tel pays arriéré où règnent des bandes armées pour dénoncer la liberté de porter des armes. Mais encore une fois, ces bandes règnent sur des populations désarmées; ces populations qui restent armées sont celles qui restent libres, tandis que celles qui sont désarmées sont sous la botte d’une bande ou d’une autre. Que d’aucuns de ces pays soient arriérés, certes, mais la liberté de porter des armes n’en est pas la cause; supprimez cette liberté, le pays sera toujours aussi pauvre, et aura maintenant une dictature militaire par la faction toujours armée. La violence armée et l’arriération des pays pris en exemples vient d’ailleurs le plus souvent de guerres pour ou contre des dictatures militaires, causées par une volonté d’oppression gouvernementale, et alimentée par des gouvernements étrangers. L’absence d’armes dans la population est alors une des conditions de la domination du régime totalitaire passé ou présent, tandis que l’existence d’armes non-gouvernementales représente le seul espoir de liberté voire de survie pour ceux qui les détiennent.

Pour voir l’effet de la liberté de port d’arme sur un pays, il faut comparer sa situation avec celle de pays de richesse similaire où les populations civiles sont désarmées, et voir dans quels pays la situation s’améliore le plus vite. À ce titre, les États-Unis et la Suisse, où règnent une relative liberté de port d’arme, sont aussi des pays relativement plus avancé que le reste du monde occidental du point de vue du respect des libertés individuelles comme de la richesse. Aussi, il est pour le moins douteux de prétendre que la liberté de port d’armes mène à la domination par des bandes armées.

1.6 Arguments historiques

Historiquement, les États modernes sont nés de la conquête et de la domination, et dans ces États, de l’antiquité au moyen âge et jusqu’à la fin de l’ancien régime, le port d’arme a toujours été la marque distinctive de l’homme libre, par opposition au membre d’une nation dominée, au serf, à l’esclave. La première mesure avant tout massacre ou répression a toujours été d’ordonner le désarmement des futures victimes. La reconquête du port d’arme par les bourgeois des villes franches a été la marque de leur affranchissement vis-à-vis des féodaux. La fin de l’ancien régime a aussi terminé le privilège du port des armes. Mais les classes dirigeantes des États-nations veulent faire croire qu’on est plus libre en n’ayant pas le droit de se défendre soi-même, pour que les citoyens acceptent volontairement leur nouvelle servitude, les classes politiques électives ayant remplacé les classes politiques héréditaires dans une domination plus subtile, mais non moins oppressive, capable un jour d’envoyer des classes d’âges entières se faire trucider au nom de la patrie dans des guerres coloniales et impérialistes, capable un autre jour de dépouiller les classes productives des trois quart de leurs revenus (bien plus que sous l’ancien régime).

1.7 La garantie illusoire

Beaucoup d’étatistes timorés vont hurler à l’escalade de l’armement: « la liberté ne mènerait-elle pas à ce que tout le monde s’arme de plus en plus? » s’alarment-ils. D’où ils déduisent que des règles doivent prohiber certains types d’armes (matériel « militaire », armes de destructions massives, etc.), et qu’un état est nécessaire pour faire respecter ces règles. Au contraire.

Il ne fait aucun doute qu’il y aura des armes dans un monde libre, aussi longtemps qu’il y aura des malfaiteurs contre lesquels se défendre. Mais encore une fois, la prohibition ne supprime pas les armes — elle confère leur monopole aux États et aux malfaiteurs (qui ne diffèrent qu’en ce que les premiers ont un tampon officiel). Or, ce sont précisément ces États et malfaiteurs qui rivalisent de violence armée, alors que les citoyens honnêtes rivalisent par la productivité pacifique. En laissant donc le champ libre à la violence spoliatrice, le désarmement des honnêtes gens ne mène qu’à l’exacerbation des rivalités entre mafia officielles ou officieuses. Et c’est cette exacerbation qui les incite à s’armer toujours davantage, alors que la délégitimation et la répression des violences spoliatrices par les citoyens honnêtes désinciterait les forces politiques et criminelles non seulement de s’armer, encore et toujours davantage, mais même de se constituer.

Pour preuve, il n’y a qu’à comparer les budgets d’armements des individus honnêtes à celui des États et des malfrats. La recherche en armement, l’escalade de la violence, est quasi entièrement le fait des États. Aucune organisation privée n’a jamais financé sur ses fonds propres le développement d’aucune arme de destruction massive — ce sont les États exclusivement qui ont développé canons, mitrailleuses, gaz et aérosols mortels, bactéries et virus foudrayants, napalm, missiles et autres bombes atomiques. Les plus grandes armées criminelles privées sont nées aussi de la prohibition de substances alcooliques puis narcotiques par les états; cette prohibition, en criminalisant un commerce autrement paisible[4] a engendré une violence inouïe qui n’existe pas ou plus là où la prohibition n’a pas été proclamée ou a été abolie. Et toute cette violence n’a aucunement résolu le soi-disant « problème » de consommation de ces substances.

Bien loin que l’État, par la définition d’armes permises ou illicites[5], puisse garantir une limite à la course aux armements, il ne garantit que l’extension indéfinie de cette course, dont il se réserve le monopole officiel. Dans la pratique, les armes que l’état fabrique puis interdit aux citoyens servent à armer aussi bien les hommes de l’état que les criminels, quand les uns et les autres oppriment les citoyens honnêtes.

1.8 Les non-arguments

Les plus timorés des prohibitionnistes n’osent pas débattre sur le fond. Alors, ils utilisent l’argument conservateur: « ça a toujours été comme ça chez nous, alors pas la peine de changer ». La version duale, est bien sûr l’argument progressiste: « c’est la direction du progrès ». Ou, pour mettre d’accord les deux: « ça marche bien comme ça ». Bien sûr, ils n’ont aucun argument ou critère pour affirmer si effectivement ça marche bien comme ça ou pas, ou pour indiquer si c’est le progrès est dans cette direction ou pas, de même qu’ils sont ignorants de depuis combien de temps « c’est comme ça » (pas tant que ça, en fait), comment c’était avant, si il y a eu progrès, etc. En fait, ce sont des non-arguments qui servent à cacher les préjugés, l’acceptation passive des faits, l’obédience idéologique aveugle, ou le parti pris zélé d’un pouvoir politique que vilement on espère conquérir ou auquel bêtement on s’identifie.

De nombreuses autres sortes de non-arguments fleurissent. Selon certains, la liberté de porter les armes serait justifiée dans les grands espaces de l’ouest américain, mais pas dans les zones urbaines peuplées de l’Europe ou même de l’Amérique moderne. C’est oublier un peu vite que le taux de criminalité est et a toujours été plus élevé dans les villes, et que dans celles-là pas plus qu’à la campagne la police ne prétend défendre la victime au moment de son agression — dans les deux cas, la victime sera seule face à son agresseur, et ne pourra appeler la police, si elle a survécu, qu’après coup.

Un autre non-argument de circonstance consiste à dire que le port d’arme convient à la mentalité américaine, mais pas à la mentalité européenne. Outre le fait que le port d’arme était encore libre en Europe jusqu’au milieu du vingtième siècle, il ne semble pourtant pas que les immigrants européens en Amérique aient jamais eu de mal particulier à s’adapter à la chose. Les hommes peuvent parfaitement s’adapter sans que leurs mentalités passées ne posent aucune barrière réelle au retour à la liberté. Ce non-argument relève du renversement causal entre droit et mentalité.

1.9 Les statistiques

Certains verront aussi dans diverses statistiques une augmentation du nombre de crimes par armes à feu dans les pays où ils circulent librement, sans voir qu’elle est plus que compensée par une diminution des crimes sans armes à feu — l’assassin adapte son arme à la législation, mais sa victime meurt ni plus ni moins à coups de machette ou de couteau — et au final, ce qui compte est que le taux total de crimes est moindre là où règne la liberté. D’autres compteront les accidents dus aux armes à feu, sans les mettre en rapport ni avec les accidents de la route (on n’interdit pas toutes les voitures sous prétexte qu’elles causent des accidents), ni avec les coups de couteaux et autres agressions évitées, etc., ni d’ailleurs avec quoi que se soit d’autre, avant de tirer des conclusions.

Les statistiques sont aussi invoquées avec des arguments pseudo-mathématiques selon lesquels la diminution du nombre d’arme diminuerait ipso facto le nombre d’agressions armées. Un tel raisonnement repose bien sûr sur l’hypothèse que la prohibition fasse disparaître les armes au moins autant chez les agresseurs que chez les citoyens paisibles, alors que c’est précisément le contraire qui se passe: pour les criminels, le désarmement des « caves » est une aubaine, et toutes les statistiques effectivement mesurées avant et après des changements de loi sur la prohibition des armes confirment que la prohibition est un encouragement à l’agression. Ce genre de pseudo-raisonnement relève de la superstition selon laquelle un changement législatif ne modifierait que le paramètre que l’on regarde, et qu’il suffit de ne surtout pas regarder les autres paramètres pour que magiquement ils ne soient pas affectés.

Les statistiques montrent surtout l’effet dissuasif de la liberté de porter des armes en général, et des armes cachées en particulier. Elles montrent que le crime est plus fort là où les citoyens honnêtes sont entravés par une législation prohibitive, et dans les quartiers où les honnêtes gens sont moins armées. Elles montrent enfin que la sévérité de la justice (la « tolérance zéro ») a fait réellement reculer le crime là où la prohibition des armes l’a fait avancer.

1.10 La charge de la preuve

Enfin, même sans le moindre argument, les prohibitionnistes diront qu’ils ne sont pas convaincus, et qu’il faut donc prohiber. Mais quelle est ce renversement de la charge de la preuve? C’est bien à la prohibition et non à la liberté, au monopole et non à la concurrence, que doit revenir la charge de la preuve. Ce sont les prohibitionnistes qui réclament des mesures coûteuses pour interdire, qui exigent de chacun le sacrifice d’une liberté qui ne nuit pas a priori à autrui. C’est à eux à tout le moins qu’il revient de justifier leur position. Notons d’ailleurs que si personnellement ils ne désirent pas porter d’arme, et préfèrent déléguer leur droit à une quelconque police (voire ne pas user du tout de leur droit), s’ils veulent refuser l’entrée de leur logis et de leurs propriétés à quiconque porte une arme, nul ne leur conteste ce droit, à eux ni à quiconque partagerait leurs thèses. C’est bien eux qui veulent forcer les autres à vivre selon leurs critères, et non pas le contraire[6].

2 Des polices privées

Une version de cette section a été publiée au Québécois Libre numéro 101 du 30 mars 2002 sous le titre Des polices privées. Une autre a été publiée sur le blog de l’Institut Turgot le 4 septembre 2011 sous le titre Le mythe sécuritaire : critique libertarienne, et reprise par Contrepoints le jour suivant.

2.1 La sécurité, tarte à la crème des politiciens

La sécurité, ou plutôt l’insécurité, est un thème qui revient souvent dans l’actualité, en France, en Grande Bretagne, comme sans doute ailleurs en Europe et dans le monde. En France, en tout cas, le sentiment d’insécurité croissant est si fort dans l’opinion publique que la sécurité est devenue depuis peu le thème universellement repris de tous les candidats aux campagnes électorales, et notamment à l’actuelle campagne présidentielle.

Or, que proposent tout aussi universellement ces candidats? « Davantage de moyens », plus de policiers, plus d’auxiliaires (« policiers municipaux » et militaires), plus de prisons, plus de programmes de réhabilitations, plus de campagnes de préventions. Voilà encore et toujours cette superstition matérialiste que l’argent est la solution magique à tous les problèmes! Voilà ce conte pour enfant attardés, l’État Providence, qui ne considère jamais de cet argent « public » que les effets visibles qu’il a en tant que dépense « publique » forcée, et refuse de considérer les effets invisibles que le même argent est empêché d’avoir en tant que dépenses privées à la fois diminuées par les recettes publiques et prohibées par les monopoles et réglementations. Voilà ce mythe aveugle du recours au pouvoir politique comme « solution » gratuite et universelle à tous les problèmes, qui néglige les coûts de la compulsion, les coûts du consensus censé guider cette compulsion, les coûts de l’irresponsabilité qu’elle érige en système.

Et si, en matière de sécurité comme ailleurs, les dépenses publiques, la police nationale, faisaient partie du problème, et non pas de la solution? Et si l’augmentation continuelle des fonds consacrés à la répression et à l’oppression ne menait qu’à l’augmentation de la criminalité? Et si les problèmes de la police nationale, son coût, son inefficacité, ses bavures, sa corruption, étaient des problèmes intrinsèques, liés au monopole de la police lui-même? C’est la thèse que nous allons défendre.

2.2 La faillite de la police nationale

Nul ne remet jamais en doute dans les mass-médias le caractère sacro-saint du monopole de l’État sur la sécurité des individus. Devant chaque affaire criminelle qui défraie la chronique, c’est l’extension de la police nationale, sa taille, ses pouvoirs, que réclament les publicistes, qu’envisagent les politiciens. Chaque candidat en campagne se plaît à dire comment il va étendre tel service, en créer un nouveau, en redéployer un autre, faire patrouiller des auxiliaires accompagnés d’officiers tamponnés, etc.

Or, pour un authentique libéral, la recherche pour tout problème nouveau d’une solution dans l’élargissement continuel des pouvoirs d’un État auquel on voue une confiance aveugle, ces pouvoirs spéciaux conférés à un monopole de la police et le déni croissant du droit à l’auto-défense des citoyens, tout cela constitue la cause même du problème. Et c’est bien l’accroissement de cette cause que tous les hommes politiques proposent comme solution — phénomène remarquablement décrit dès 1806 par Benjamin Constant dans ses Principes de Politique.

Si on recoupe les faits d’actualité, plutôt que de lire les discours de propagande des publicistes, on voit que le constat est accablant à l’encontre de la police nationale: ses bavures, ses violences, son racisme, sa partialité, ses détentions abusives et abusivement prolongées en garde-à-vue, les mauvais traitements qu’elle fait subir aux innocents présumés; le manque de moyens des policiers, leur démoralisation, voire leur corruption quand ils sont dégoûtés du système, leur absence là où le besoin se fait sentir, leur présence massive pour protéger certains intérêts privilégiés, les lois qui entravent le fonctionnement de l’administration policière quand il s’agit de s’attaquer au banditisme politique ou mafieux, le laxisme judiciaire qui rend inutiles tous les travaux policiers en relâchant dans la nature des coupables identifiés mais impunis, etc.

La conclusion s’impose en effet: le problème n’est pas un manque de moyen — c’est le système lui-même qui est pourri[7]. Injecter plus de moyens dans un système qui mène à tous ces échecs, ne fera qu’amplifier le désastre. À tout le moins, il faut reconsidérer ce système, et comparer ce que donnerait l’abolition du monopole de la police.

2.3 La solution niée: une police privée

Il est de bon ton de justifier l’intervention de l’État ici et là par une prétendue « faillite du marché »: le marché (c’est à dire les individus libres d’agir selon leurs buts) serait dans l’incapacité de fournir des services voulus par les individus, et l’État (c’est à dire les individus forcés d’agir selon les buts des hommes politiques) devrait pallier ce manque cruel universellement ressenti.[8]

Dans le cas de la police, cela se traduit par ce spectre que font planer les politiciens de l’« anarchie »[9] qui régnerait si on supprimait la police nationale — alors qu’il s’agit de ne supprimer que le caractère « national » de la police, et non pas la police elle-même, qui serait privatisée, ou plutôt, libéralisée. Or, dans le cas de la police plus que dans nul autre, il est patent que s’il n’y a aucune offre sur le marché libre, c’est au contraire parce que l’État empêche de toutes ses forces l’émergence d’un tel marché.

Toutes les tentatives privées pour suppléer aux manquements de la police sont sévèrement réprimées: les citoyens honnêtes qui défendent eux-mêmes et par les armes leur fond de commerce sont systématiquement condamnés à de lourdes peines de prison (En France, les cas d’un agriculteur et d’un commerçant ont été largement médiatisés, pour bien faire comprendre la chose aux candidats à l’auto-défense). Les milices sont interdites, et les candidats à leur organisation risquent plus sûrement d’aller en prison et pour longtemps que les malfrats contre lesquels ils voudraient se défendre. C’est à peine si on tolère que des entreprises de sécurité louent des gardes privés, à condition que ceux-ci soient encadrés de près par la police gouvernementale.

Ainsi l’État fait tout pour préserver son monopole, quitte à combattre bien plus férocement les citoyens honnêtes qui voudraient lui faire concurrence que les criminels qu’il est censé écarter. C’est pourquoi il est impossible de voir dans l’absence de polices privées une « faillite du marché ». Au contraire, le fait que des citoyens votent en faveur de polices municipales dans des élections locales prouve que les mêmes citoyens seraient prêt à mettre l’argent équivalent au supplément d’impôt local correspondant dans une police privée qui patrouillerait en bas de chez eux.

2.4 Une police privée: le meilleur service public, grâce à la liberté des consommateurs

Il est de bon ton, chez certains « intellectuels », de dire du mal des vigiles et autres gardes privés, comme d’ailleurs de tout ce qui est « commercial », ou « marchand » — en fait, de tout ce qui le résultat du libre arrangement des individus. Mais quelle différence y a-t-il entre un vigile privé et un policier? Certainement pas la transaction monétaire: les policiers étatiques ne travaillent pas pour du vent, mais bien pour de l’argent et des avantages divers (impunité, retraite), avec des ressources qui sont fournies par les citoyens, via les impôts. La différence entre un policier privé et une policier public, c’est que le premier défend vos intérêts, qu’il est présent à l’endroit et au moment où vous en avez besoin, et se recrute aux conditions que vous négociez; alors que le second défend l’intérêt des politiquement puissants, est présent là où les puissants le veulent pour faire ce qu’ils veulent, aux conditions qu’ils veulent, sans que vous ayiez rien à dire.

Il n’est donc pas surprenant que ceux qui peuvent se permettre de payer à la fois (par voie d’impôt, forcée) la police publique et (par voie directe, volontaire) une police privée fasse davantage confiance à la seconde pour assurer directement la sécurité de leurs biens et personnes. Les policiers publics ne sont pas tenus d’être là où on a besoin d’eux, quand on a besoin d’eux. Les policiers privés, si.

En matière de police comme ailleurs, le service privé est le meilleur service public. Car sur un marché de services privé soumis à la libre concurrence, le client est roi. Chacun achète exactement ce qu’il veut, et en a pour son argent, ou va chercher un autre fournisseur. Les individus, responsables de leur propre sécurité, et libres de s’adresser au fournisseur de leur choix, pourront dépenser exactement les sommes qu’ils sont prêts à dépenser pour avoir exactement la protection qu’ils désirent.

Pour les opérations de police comme pour tout autre service, le public est mieux servi par un marché privé soumis à la libre concurrence, c’est à dire à la liberté de choix des consommateurs, que par un monopole public soumis à une administration technocratique dirigée par des politiciens démagogiques. Or, la condition sine qua non pour qu’un tel libre marché existe est que l’on reconnaisse le droit individuel à choisir ses moyens d’auto-défense, et donc le droit de porter les armes soi-même et d’en déléguer l’usage aux personnes de son choix.

D’ailleurs, cette responsabilisation des consommateurs permet non seulement d’apporter leur satisfaction, mais aussi d’en finir avec les gaspillages quand on dépensait trop ou mal, d’en finir avec les agressions quand on dépensait trop peu, d’en finir avec les zones de non-droit désertées par la police nationale, d’en finir avec la protection des privilégiés sur le dos des opprimés, d’en finir avec les vaines querelles politiques et autres lobbies qui dissipaient l’argent et l’énergie de tous au profit de politiques douteuses, de politiciens corrompus, et de leurs courtisans corrupteurs ou parasites.

2.5 Une police privée: la garantie du respect des droits, par la responsabilité des fournisseurs

Un autre atout incomparable du marché libre sur le monopole public est que le fournisseur privé est responsable de ses actes: toute violation des droits par les policiers sera passible de réparations judiciaires. Ces réparations n’empêcheront pas le fonctionnement de polices privées justes et efficaces, augmentant seulement leurs frais d’assurance; mais elles permettront de mettre un terme rapide à toutes compagnies privées utilisant trop souvent des méthodes attentatoires aux libertés, tout en dédommageant leurs victimes.

Avec le monopole public, les policiers sont des fonctionnaires irresponsables vis-à-vis des victimes de leurs actes; qu’ils tabassent un prévenu, qu’ils tuent un innocent par « bavure », qu’ils se livrent à diverses malversations, ou qu’ils négligent leurs devoirs envers ceux qu’ils sont censés protéger, au pire, ils risquent une sanction administrative[10]: quand il s’agit de juger ses propres manquements, l’administration est juge et partie, et préfère « laver son linge sale en famille ». Quant aux victimes, elles n’ont pas leur mot à dire. Avec une police privée, au contraire, chaque policier étant responsable, il n’y aura pas de bavure impunie, pas de malversations couvertes par une administration opaque, pas de violation des droits d’autrui, pas plus que de rupture unilatérale de contrat avec les employeurs.

Cette responsabilité, qui peut paraître un frein au travail des policiers, n’est un frein qu’à l’arbitraire, à l’injustice, à tout ce qui est mauvais et dangereux dans l’existence d’une police — à tout ce qui fait le danger d’un État Policier. Elle est aussi un encouragement à l’émergence de polices intégrées à la population, de polices d’appoint, de milices responsables, et de forces de l’ordre dans tous les endroits délaissés et les interstices qu’une administration irresponsable ne pourra jamais combler. Quel meilleur garant de l’ordre public que l’égalité de tous devant le droit d’user de façon responsable de la force à fin de police?

2.6 Une police privée: la fin des zones de non-droit

Il est bien connu que la police nationale abandonne de nombreux quartiers, où elle est tellement impopulaire qu’elle est violemment malvenue, et si lâche et si inefficace qu’elle n’ose pas y mettre les pieds. Ce qui ne l’empêche pas d’arrêter manu militari toute personne qui voudrait la remplacer dans lesdits quartiers en en organisant les habitants en associations de défense armées, à grand renfort d’indignations médiatiques contre de telles « milices ». C’est donc bien la police nationale qui assure par la menace de sa propre force la domination exercée sur les citoyens désarmés par les criminels armés.

Une police privée elle, ne peut pas se livrer à la moindre injustice; elle ne saurait par des injustices systématiques soulever le ressentiment d’une quelconque minorité contre l’ordre public en général, et devenir malvenue. Ou plutôt, si une police privée donnée peut s’adonner à des exactions, elle subira bien vite de grosses pertes financières dues aux nombreuses réparations dont elle devra s’acquitter, cependant qu’elle perdra tous ses clients dans les quartiers où elle se conduit mal envers eux; elle sera donc vite remplacée par une police respectueuse des riverains.

Avec la liberté d’établir des polices privées, les quartiers actuellement difficiles ne seront plus en situation de dépendance vis-à-vis d’une police absente et étrangère à leurs intérêts, mais pourront autogérer leur propre sécurité. Bien loin qu’il y ait des zones de non-droit où une jeunesse « exclue » affronterait un ordre établi exogène, il n’y aurait partout que des zones de droit, droit basé sur l’engagement direct, libre et responsable des propriétaires, des habitants, et de leurs assureurs. Ce seraient leurs propres parents, par police privée interposée ou pas, que les jeunes affronteraient, s’ils voulaient affronter l’ordre. Il n’y aurait plus de jeunes unis dans un « nous contre le système » — il n’y aurait que le calme, et une éventuelle poignée de voyous bien définis s’en prenant à des victimes bien définies, dont les cas seraient facilement réglés par la police locale.

2.7 Polices privées: la fin de l’extraterritorialité des criminels

La juridiction d’une police privée, c’est le respect des droits de propriété de ses clients — ni plus, ni moins. Peu importe que les agresseurs viennent de l’appartement du dessus, de l’immeuble d’en face, du quartier d’à côté, d’une ville proche, ou d’un pays lointain. Chacun peut se défendre, par soi-même ou par police interposée, contre tout agresseur, et aller lui demander des comptes où qu’il se cache. Et ce faisant, chacun est responsable de réparer tout tort causé à des tiers innocents ou des accusés n’étant pas reconnus coupables par une cour de justice indépendante.

Ceci implique qu’il n’y aura plus les problèmes de défaut de juridiction auquel fait fasse la police de monopole territorial. Si un agresseur sort de la ville de ses victimes, si des groupes d’agresseurs de villes différentes s’organisent pour se renseigner l’un l’autre sur les victimes potentielles de leurs villes respectives, si un notable contrôle la police locale, si un gang se regroupe au sein d’une ville dont il serait la police même, cela n’empêchera pas une police privée au service des victimes actuelles et potentielles de faire régner l’ordre et la justice. Ainsi, toutes ces situations de violation patente du Droit que sanctionne le monopole de la police disparaîtraient si le marché de la police était libre.

La majorité, constituée de citoyens honnêtes[11], aura toujours intérêt à soutenir l’ordre contre les potentats locaux. Les polices privées et compagnies d’assurances, attachées non pas à un territoire, mais à la satisfaction de leurs clients, ont un intérêt direct dans l’éradication des activités de banditisme, et sont tout à fait adaptées à lutter contre cette forme de banditisme organisé. Un potentat coupable, une cité de malfrats, aurait beau mettre une police locale au service de criminels, il tomberait vite sous les coups de l’armée privée réunie de leurs victimes et des citoyens concernés des communes voisines et de leurs compagnies d’assurances, pouvant concentrer momentanément leurs moyens à l’échelle nationale ou internationale. Il est d’ailleurs plus facile de donner un assaut coordonné contre un ennemi localisé que contre des réseaux éclatés, et de telles opérations de police reviendraient moins cher que l’éradication malfrat par malfrat d’une activité criminelle équivalente, tout en conférant aux polices privées qui les mèneraient un bénéfice considérable d’image de marque. Les polices privées rivaliseront donc pour remporter le très rentable marché d’une telle éradication.

Ainsi, l’idée d’une enclave territoriale criminelle échappant au droit et opprimant la population locale ou nourrissant le crime dans les communes voisines est une chimère dans un monde où la police est privée[12]. Les polices privées sont capables de réduire toute forme de crime organisé, dès lors que les victimes et les coupables sont identifiés, combien puissants ces coupables pourraient-ils paraître. Plus généralement, pour la réduction de leurs coûts autant que pour leur image de marque, les polices privées auront toujours intérêt à coopérer sur toute affaire où les crimes sont démontrés, et à s’empêcher mutuellement de nuire sur toute affaire où ils ne le seraient pas. La liberté d’organiser sa propre auto-défense est donc la garantie de polices efficaces, collaborant dans l’intérêt des citoyens, et se tenant mutuellement en respect quand cet intérêt est menacé.

2.8 Polices privées: l’émulation de la concurrence dans la lutte contre le crime

La police monopolistique n’a pas pour critère de survie la satisfaction de la population. Ses fonctionnaires sont inamovibles; un service existant survivra indéfiniment même s’il n’arrête aucun criminel, même s’il ne contribue aucunement à la sécurité des citoyens, voire ne participe qu’à leur oppression, même si ses actions sont systématiquement des échecs, même si son budget dépasse largement les bénéfices réels de son action, etc.

La police privée dans un marché libre, au contraire, voit son existence directement liée à la qualité de son travail, de par le jeu même de la concurrence (c’est à dire de la liberté des consommateurs). La qualité du travail des polices privées contre le crime organisé est directement liée au fait qu’il y ait libre concurrence entre des polices dépendantes de la clientèle volontaire des citoyens honnêtes et de leurs regroupements en communes, mutuelles, assurances, associations régionales ou nationales, réassurances, etc. Si une police privée n’est pas assez efficace, elle perd ses clients. Si elle abuse de ses clients ou de tierces personnes, elle se fait elle-même attaquer en justice, perd de l’argent, devient plus chère, perd le soutient de ses clients, etc., et disparaît dans la banqueroute à moins de se ressaisir promptement. Si elle devient elle-même criminelle, elle se fait poursuivre par ses victimes et détruire par ses concurrentes. Avec la liberté, le gagnant est le citoyen honnête, consommateur de sécurité améliorée à prix compétitifs.

Les polices privées ont donc une forte incitation à la fois à coopérer ensemble, dans le cadre d’accords de mutualité, et à rivaliser d’efficacité contre le crime. Dans cette émulation, les policiers eux-mêmes sont gagnants, car la concurrence vaut aussi pour les polices en tant qu’employeurs! Les policiers consciencieux et efficaces pourront toujours trouver un cadre de travail agréable, professionnel, correctement payé, où ils pourront épanouir leurs talents, leur passion. Ils ne seront plus jamais enfermés dans une routine abrutissante, dans un univers kafkaïen qui les opprime, dans un système inefficace qui les décourage, dans des compromissions qui leur font perdre le sens du bien et du mal, dans un cadre de lois iniques qui les mettent trop souvent au service du Mal lui-même.

2.9 Une police privée: la garantie que tous seront protégés

Les partisans du monopole font valoir la police nationale comme l’ultime recours pour les déshérités qui seraient sinon sans défense. Les simples faits d’actualité leur donnent constamment tort. Quand les pauvres sont victimes d’agressions, quand se développe la criminalité dans les quartiers défavorisés, la police nationale est absente; au contraire, elle vient épauler les amis du pouvoir à grands renforts de CRS. Or, les pauvres ne paient en proportion pas moins d’impôt que les autres. S’ils étaient libres de choisir leur police, ils ne choisiraient pas cette police nationale qui ne les défend pas. Ou, quitte à ne pas être défendus, ils économiseraient ce qu’ils paient d’impôts, et seraient moins pauvres.

On peut aller plus loin: un pauvre armé est une victime difficile et peu rentable; un pauvre désarmé est une victime facile et rentable. En prohibant l’autodéfense, en poursuivant systématiquement ceux qui se dressent contre l’agression, en instaurant et préservant son monopole, c’est avant tout aux plus démunis que nuit la police nationale. L’État désarme le pauvre de la main gauche, et se présente comme son sauveur de la main droite; mais si on compare ce que prend la main gauche à ce que donne la main droite, on s’aperçoit bien vite que l’État n’est pas l’ami des pauvres.

Avec une police nationale, la protection est un bien privé et un coût public — il n’est pas étonnant qu’elle sera la convoitise de divers lobbies, qui obtiendront d’être protégés aux frais des autres. Avec une police privée, la protection est un bien public et un coût privé: chacun sera responsable de sa propre défense, qui sera donc plus efficace; et cette efficacité conjuguée partout et par tous, en décourageant les criminels, a des retombées positives même sur ceux qui sont trop démunis pour se protéger. Ainsi, les plus riches ont le plus à perdre dans un meurtre, un viol, une agression physique — ils paieront donc davantage pour éliminer le fléau contagieux de la violence criminelle, partout où elle se trouve.

Enfin, une justice rétributive où les agresseurs seraient condamnés non seulement à dédommager les victimes mais aussi à payer les frais de justice et de police, rendrait tout à fait rentable la défense de ceux-là même qui ne seraient pas capables d’avancer a priori les frais de leur propre défense. Les plus démunis auraient une base financière solide pour emprunter de quoi couvrir leurs frais, quitte à céder une partie de leurs droits à un avocat ou autre entrepreneur spécialisé dans la défense des pauvres et capable de couvrir ces frais dans le cas où l’affaire ne serait pas gagnée ou celui où le coupable ne serait pas solvable.

La police privée, et dans son cas particulier le plus simple, l’autodéfense, sont donc encore une fois les meilleurs garants de la sécurité de tous, y compris les plus démunis. Et si une majorité de français était prête à consentir un effort financier en faveur de ces plus démunis, ce n’est pas la liberté de s’associer qui les empêcherait. Le monopole ne peut que les forcer à payer tantôt trop, tantôt trop peu, toujours mal.

2.10 Le monopole de la police: source de tous les rackets politiques

Le dernier argument fallacieux de l’argumentation étatiste est qu’un État serait nécessaire pour protéger les individus contre une police privée qui pourrait obtenir un monopole mafieux. Bizarre paradoxe par lequel on justifie un monopole sûr et certain dans l’espoir d’éviter un monopole hypothétique qui dans le pire des cas ne donnerait rien d’autre que la « solution » proposée. C’est là la théorie dite du « monopole naturel »: prévenir l’incertitude du mal par la certitude du pire!

L’histoire autant que la théorie confirme que la libre concurrence de droit mène toujours à la disparition des monopoles de fait[13] Les seuls monopoles qui ont jamais duré, ce sont ceux qui ont fait appel à l’État, sous forme de chartes, licences, patentes, brevets, copyrights, privilèges, subventions, contrôles administratifs, habilitations, règlements et autres barrières à l’entrée des concurrents: des monopoles de droit. Ainsi, l’État est la source même des monopoles auxquels il prétend remédier. On agite l’épouvantail du fort hypothétique renard (criminel) qui menacerait les poules (citoyens), et pour remédier à cette menace, on instaure le très certain fermier (État) qui exploitera les poules (citoyens), les enferme dans un poulailler (prison) faite de grillages (« lois »), et les dépouille de leurs œufs (revenus), jusqu’à l’heure où il les égorgera pour en faire un dîner bien propret (captation d’héritage) plutôt qu’un carnage sanglant (cambriolage).

Le monopole de la police est le protecteur d’un racket organisé à l’échelle nationale: le pouvoir politique. Le pouvoir politique consiste à obliger les individus à payer de force à prix décrétés des services dont ils veulent pas aux conditions imposées (sans quoi la force étatique serait superflue), plutôt que de les laisser choisir les services auxquels ils tiennent assez pour les payer à prix et conditions négociés. C’est effectivement la définition même du racket. Des polices privées, n’ayant aucun droit spécial pour violer le domicile d’autrui ni saisir leur bien et leur personne, ne pourraient aucunement faire respecter des fausses lois; elles ne pourraient pas punir quiconque pour des faux crimes sans victimes, car elles n’auraient la juridiction d’aucune victime à défendre; elles ne pourraient pas imposer des privilèges, monopoles ou rentes qui n’auraient pas été volontairement accordés à titre individuel à leur client par ceux qu’elles voudraient poursuivre, sous peine d’avoir à faire à la défense organisée par leurs concurrentes de ceux qu’elles voudraient dépouiller; elles ne pourraient pas intervenir auprès de tiers pour prohiber des relations volontaires entre adultes consentants; elles ne trouveraient aucun financement en faveur de lois injustes ou improductives dont les coûts dépassent les avantages. L’État, privé de son bras séculier, perdrait son pouvoir de nuisance; il deviendrait incapable de créer des faux droits, d’opprimer à coups de spoliation légale, ni de faire taire la dissidence par le contrôle subtil des médias.

La police privée, comme le port d’arme, qui en est un cas particulier, relève de l’expression du droit naturel d’organiser sa propre défense. De même que le droit de se défendre est le garant de tous les autres droits, son contraire, le monopole de la défense, est la source de tous les monopoles, de toutes les oppressions [14]

3 De la justice privée

Cette section a été initialement écrite en 2002, et son plan essentiellement terminé alors. Elle n’a toutefois été complétée que fin 2009, et publiée Québécois Libre numéro 273 du 15 décembre 2009 De la justice privée.

3.1 La législation, négation et caricature du droit

Il y a quelques années (en 2000), les politiciens français, « de gauche » et « de droite », se sont déchirés autour d’une loi « sur la présomption d’innocence ». En fait de débat d’idée, il n’y a eu qu’insultes, invectives et appels corporatistes, et les français ignorent toujours tout du contenu de cette loi. Derrière le simulacre démocratique, les simples citoyens sont complètement dépossédés de la gestion de leur propre sécurité, effectuée en leur propre nom mais en dépit de leurs opinions. Leurs droits élémentaires peuvent être discutés, aménagés ou jetés aux orties, sans qu’ils n’en sachent ni ne comprennent jamais rien. Là comme ailleurs, la législation a pour principe l’oppression des faibles par les puissants, qui imposent arbitrairement leurs règles au nom d’une « majorité »parlementaire qui ne fait que cacher le fait que l’écrasante majorité des citoyens sont impuissants.

La législation n’est en fin de compte qu’un travestissement par lequel les escrocs politiques donnent à leur prédation l’apparence du Droit pour tromper le public plus facilement. C’est bien la conclusion de Christian Michel qui dans son essai Faut-il obéir aux lois de son pays? distingue brillamment quatre catégories de règles de conduite trop souvent confondues: morales, contrats, Droit, et législation. Toutes les « lois » émises par les États ne peuvent ni créer, ni modifier, ni complémenter, ni même préciser le Droit, mais seulement le contredire. Elles ne sont que des moyens détournés que les puissants d’aujourd’hui ont d’exercer un pouvoir usurpé et de s’enrichir.

En effet, le Droit consiste à respecter la Vie, la Liberté et la Propriété d’autrui. Le Droit reconnaît que chacun est propriétaire de son propre corps et de son propre esprit, et possède légitimement tout ce qu’il n’a pas pris de force ou par ruse à autrui, y compris et tout ce qu’il a créé ou obtenu par un échange mutuellement consenti. Le Droit consiste donc à bannir le Meurtre, l’Asservissement, le Vol, qu’ils soient accomplis par violence ou par tromperie. Dès lors, que peut donc décréter l’État qui ne soit pas une violation patente de cette Vie, Liberté et Propriété?

Toute déviation entre le Droit et la Législation est une violation du Droit des personnes que la législation oblige à agir contre leurs préférences. Toute interdiction d’une action honnête, d’une transaction consensuelle, etc., viole le Droit de tous ceux qui voient leur action prohibée. Toute obligation viole de même le Droit de ceux qui se voient forcer à agir, à parler, à payer, à l’encontre de leur conscience. [15]

Même lorsque par hasard la Législation coinciderait avec le Droit, non seulement cette Législation serait inutile car redondante, elle serait néfaste car le décret d’un texte grossier et immuable empêche la découverte dynamique des véritables et subtiles règles du Droit. Le principe même d’une Législation comme règles imposées par un corps d’êtres supérieurs est incompatible avec les principes du Droit comme règles de découvertes par les citoyens égaux pour vivre ensemble paisiblement.[16]

3.2 Pacification contre Réglementation

Car quel est donc le but de la Justice? De permettre aux hommes de vivre ensemble en paix, de résoudre leurs différents et de rétablir cette paix quand elle a été troublée. Une véritable justice est donc une entreprise de pacification de la société, qui cherche à résoudre les conflits existants, en évitant d’en introduire de nouveaux.

C’est ainsi que le meilleur système de justice possible est un système de justice privée: celui où les individus sont libres et responsables des choix relatifs à leur propre sécurité et à la résolution des conflits qui les concernent. Cette liberté-responsabilité, ou propriété, à la fois leur permettra de rechercher et les poussera à rechercher les moyens de régler leurs différends au moindre coût. Et ce moindre coût sera dans l’arbitrage par un juge respecté par toutes les forces de police privées en présence, qui accepteront de faire respecter ses décisions plutôt que de se battre inutilement.[17]

Un tel système de justice privée n’est pas une chimère utopique, mais une réalité plus que millénaire. Depuis plus loin que le Moyen-Âge, l’arbitrage par des tribunaux privés librement consentis est une pratique commerciale courante dans les pays libres (où le monopole et autres privilèges n’empêchent pas leur émergence) et tout particulièrement dans le commerce international (où il n’y a fort heureusement pas d’état mondial pour imposer un monopole). Voir par exemple des entreprises et associations actuelles comme l’AAA, le BCICAC, ou le BBB.

À l’opposé, le mythe d’une « justice » venant « d’en haut » signifie qu’en fin de compte il y aura bien un tel « en haut »: un Establishment de politiciens, bureaucrates, chefs de grandes entreprises, syndicalistes, journalistes et universitaires s’emparera des rênes du pouvoir, et fera valoir ses préférences et ses intérêts au détriment de ceux du public désorganisé et impuissant, en écrasant tout dissident.

Derrière les beaux prétextes du bien commun, de l’ordre public, etc., invariablement avancés pour justifier leur usage, réglementation, administration et « justice » d’état sont des agressions qui violent la paix publique. Le moyen même sur lequel elles reposent trahit leur nature réelle de contrainte imposée aux uns en faveur des autres:

Il se rappela qu’il y a à Paris une grande fabrique de lois. Qu’est-ce qu’une loi? se dit-il. C’est une mesure à laquelle, une fois décrétée, bonne ou mauvaise, chacun est tenu de se conformer. Pour l’exécution d’icelle, on organise une force publique, et, pour constituer ladite force publique, on puise dans la nation des hommes et de l’argent. — Frédéric Bastiat

Pire encore, la possibilité même de législation favorable ou défavorable jette tous les citoyens les uns contre les autres dans une bataille politique permanente et sans merci de tous contre tous pour le contrôle de la législation, faisant de chaque électeur à chaque instant l’ennemi de tous les autres, troublant ainsi la paix civile.

Enfin, comme le résume fort humoristiquement la loi d’escalade éristique, et comme le démontre formellement la loi de Bitur-Camember, toute tentative d’imposer un ordre artificiel venu d’en haut n’aboutit en fin de compte qu’à créer un désordre plus grand, auquel s’ajoutent toutes les souffrances dues à cette imposition.

3.3 La collectivisation de la justice

Dans un système de justice privée, il n’existe pas de crime sans victime « contre la société ». S’il n’y a pas de victime, alors il n’y a pas de crime; s’il y a des victimes, alors c’est à elles, et non à « la société » qu’il faut apporter réparation, faire amende honorable, etc., et c’est aux causeurs de tort, et non pas à des tiers innocents, d’apporter ces réparations. La seule conception de la justice compatible avec le Droit, c’est donc la justice rétributive: ceux qui ont causé du tort sont tenus de le réparer, dans la mesure de leurs moyens, quitte à s’endetter, à vie s’il le faut. Il s’agit d’une relation interpersonnelle privée entre des causeurs de tort et leurs victimes.[18]

Au contraire, la législation crée de toute pièce de nombreux « crimes » et « délits » qui ne sont que les actions innocentes d’individus tous volontaires. La fausse notion de crime « contre la société » fait que l’on condamne des gens pour des faux crimes dont ils sont innocents, tout en laissant les vrais coupables impunis des crimes qu’ils commettent effectivement — contre d’autres individus. Le monopole « public » confisque aux victimes et les moyens d’obtenir justice, et les réparations que leurs doivent les coupables. Les coupables mêmes sont dépossédés de leur liberté et de leur responsabilité et ainsi traités en sous-humains; loins d’être réhabilités ils sont avilis, et entraînés dans un cycle de violence et de criminalité. Quant aux innocents condamnés, ils sont les victimes les plus complètes du système. Toute cette soi-disant justice pénale n’est qu’une collectivisation de la justice au détriment de tous les individus concernés.

Bien sûr, dans les cas où un causeur de tort n’est pas attrappé, ou a dilapidé ses biens mal acquis, il n’est pas possible d’obtenir de lui réparation. Dans un système de justice privée, les victimes potentielles ont donc intérêt à s’assurer; mais l’assurance est là encore une affaire privée entre les assurés qui se prémunissent des risques et les éventuels assureurs qui les couvrent, — rôles confondus dans les mêmes personnes dans le cas de mutuelles, ou séparés dans le cas de compagnies d’assurances.[19] À l’opposé dans un système de monopole « public », les victimes se retrouvent souvent sans compensation même quand le coupable est pris; et quand compensation il y a, c’est souvent le reste du public qui se retrouve comme autant de victimes innocentes forcées à payer à la place des coupables, en sus de devoir financer le fonctionnement de ce système inique.

3.4 Le monopole de la justice

Les hommes de l’État se sont assurés le monopole de la justice, en absorbant ce qui était autrefois des systèmes de justice privés, et en réprimant violemment toute concurrence émergente. Ainsi, les réglement privés par des juges librement consentis sont réprimés, leurs décisions bafouées au profit des parties en tort. Même les juges de paix, les prud’hommes, et autres tribunaux d’arbitrage civils, autrefois institutions privées librement choisies par les parties, sont maintenant des monopoles territoriaux d’État, jouets dans les mains des syndicats et autres groupes de pression politiques.

Ce monopole de la justice est non pas au service des citoyens, mais au service du Pouvoir politique. Les dossiers ouverts ou clos au gré de l’administration sont autant de dénis de justice envers ceux que l’on ne protège pas, et de privilèges en faveur de ceux que l’on protège. Ceux mêmes auxquels ont dénie la justice doivent payer grassement en impôts pour la protection des privilégiés du Pouvoir politique.

Si on entend beaucoup de critiques vagues du système judiciaire, on entend par contre rarement parler de cas concrets: c’est parce que la « justice » censure systématiquement toute contestation d’une décision, toute mise en cause de ses membres, toute remise en question du système, avec des pseudo « délits » tels que diffamation envers un fonctionnaire, un dépositaire de l’autorité publique ou un citoyen chargé d’un service public par parole, image, écrit ou moyen de communication audiovisuelle, atteinte à l’autorite judiciaire par discrédit jeté sur une décision de justice. Les maîtres du système sont juges et partie, toute dissidence est impossible.

D’ailleurs le monopole ne cherche absolument pas à faire régner la justice. Dans un réel système de justice, la justice privée, l’objet d’un jugement est la pacification des relations entre les parties engagées, aussi bien les éventuelles victimes et que les coupables. Avec la justice « publique », l’objet d’une condamnation est une déclaration de guerre de « la société » contre le coupable désigné.

Sur les médias français, les avocats parlent du tribunal comme un lieu non pas pour faire régner la justice, mais pour « faire éclater la vérité » et permettre aux familles des victimes de faire leur deuil. Bref, dépenser les millions des contribuables en frais de justice, à nourrir des parasites d’avocats, juges et greffiers, pour faire le travail de la religion ou de la psychothérapie plutôt que celui de la justice, dont on admet que les institutions ne la recherchent pas. L’État a créé sa nouvelle religion officielle, son opium du peuple athée: la recherche d’une « vérité » officielle.

3.5 Choisir ses propres juges

Les juges sont choisis par l’État, irresponsables, inamovibles. Ils ne sont pas impartiaux; ils ne sont pas indépendants; ils ne sont pas compétents (pas plus au sens commun du terme qu’au sens juridique); ils ne sont pas librement consentis. Les lois qu’ils font respecter sont des fausses lois. La soi-disant « indépendance » des juges vis-à-vis du pouvoir n’est que leur irresponsabilité, leur impunité.[20] En fait d’indépendance, les juges sont nommés par le pouvoir politique. Grimpent ceux qui plaisent, ou du moins, qui vieillissent sans déplaire. Ceux qui déplaisent sont poussés plus ou moins fermement vers la sortie, ou sinon rangés dans un placard. De toute façon, ne sont admis que ceux qui acceptent le système, ne restent que ceux qui s’en accommodent.

Parmi les mythes de la « démocratie », on fait souvent valoir un jury populaire comme solution de rechange aux juges d’un monopole. Mais si un jury populaire est le plus souvent moins partial qu’un juge d’État, n’étant manipulé qu’indirectement par l’État via l’Éducation Nationale et les mass-médias, il est aussi plus ignorant, plus incompétent, et tout aussi irresponsable. Et il reste « guidé » par un juge de monopole qui présidera à ce que le jury pourra entendre ou ne pas entendre, et interprétera le verdict à sa guise.

Seul le libre choix de ses propres juges garantit que chacun aura affaire à des juges compétents, responsables, et surtout, respectés par les deux parties. C’est une condition nécessaire de toute pacification.

Dans un système de justice libre, où les parties se mettent d’accord sur un juge, quid si une partie refuse de se soumettre à l’arbitrage, ou de se mettre d’accord sur un juge acceptable? Alors, elle doit alors faire face à la rétaliation. Ceux qui refuseraient les procédures admises pour régler pacifiquement les conflits, perdraient le concours de leur police privée, qui ne voudront pas couvrir des forcenés: les contrats de défense par des polices privées contiendront des clauses spécifiant les juges dont la police s’engage à respecter et faire respecter les jugements. Dans le cas où une partie joue le jeu et l’autre ne le joue pas, les rapports de force donneront immédiatement raison à celle qui se montre honnête, via les forces de polices. Dans le cas plus épineux où chacune des deux parties pense honnêtement jouer le jeu, mais rejette le principe de jeu de l’autre partie, alors, il y aura guerre, froide ou chaude (voir ci-bas la section L’amplification des vendettas).

Encore une fois, aucun de ces cas épineux n’est éliminé par le monopole de la justice, qui ne fait dans chacun de ces cas qu’imposer la victoire du politiquement plus fort sur le plus faible.

3.6 Prescription Naturelle vs Prescription Artificielle

Dans un système de justice privée, il y a une prescription naturelle, qui n’est pas autre chose que l’application du principe de présomption d’innocence: quand, les témoignages ayant disparus, il devient impossible d’établir avec certitude un crime, ou, ce qui revient au même, quand il n’est plus possible d’avoir confiance en ces témoignages qui sont encore disponibles, parce qu’on ne peut plus les recouper avec des données sûres, alors il devient ipso facto impossible qu’aucune poursuite aboutisse. Les coupables n’en sont pas moins coupables, mais il est devenu impossible de les identifier à coup sûr pour les faire payer.

Bien sûr, si un élément nouveau apparaît auquel on ne s’attendait pas, qui permet de relier une personne identifiée à un acte établi comme ayant causé un dommage mesuré à une autre personne non moins identifiée, alors il est possible qu’une agression qu’on croyait naturellement prescrite s’avère réparable. C’est encore une fois une chose naturelle qui ne dépend pas de la moindre législation, ni du bon vouloir d’un parquet possédant le monopole de la réouverture de poursuites.

La prescription artificielle, celle décrétée législativement, qui amnistie certains crimes, n’est pas autre chose qu’un déni de justice envers ceux qui sont privés d’une juste réparation. À moins que, quand les « crimes » amnistiés sont de faux crimes créés de toute pièce par l’appareil étatique, il ne s’agisse de l’affranchissement de victimes du système judiciaire. Dans les deux cas, c’est le signe d’un grave dysfonctionnement du monopole du système judiciaire vis-à-vis de son objectif proclamé de faire régner la justice.

Mais en fait, ce dysfonctionnement apparent n’est que le fonctionnement normal de cet appareil judiciaire dont la réalité effective est d’opprimer les individus au bénéfice de la classe des privilégiés de l’État. En matière de justice comme ailleurs, la réalité n’est pas dans le discours, mais dans les faits. Le discours, qui n’est pas nécessairement véridique, même s’il est le plus souvent sincère (car le bon escroc croit à son boniment), est là pour manipuler les autres individus vers une collaboration passive ou active avec le système que défendent les discoureurs à leur bénéfice (ou du moins ce qu’ils pensent être leur bénéfice).

3.7 Le mythe d’une justice préventive

De prohibitions en soi-disant « principe de précaution », le monopole d’État se réclame souvent d’une soi-disant justice préventive. Or, la prévention ne relève pas de la Justice, mais de la Police.

Prévenir des crimes qui n’ont pas été commis, cela ne peut pas être du ressort de la justice, car la seule vraie justice est rétributive. Dans un système privé cette prévention n’est donc pas du ressort de la justice, mais de la police et de l’assurance: c’est une affaire de police que d’arrêter les forcenés qui mettent la vie d’autrui en danger; c’est une affaire d’assurance que certaines personnes apportent des garanties de non-nuisance, ou de solvabilité en cas de nuisance, à d’autres personnes qui exigent une telle assurance comme préalable pour traiter avec ces premières en confiance. Ainsi, si des criminels préparent un mauvais coup, il n’y a rien là du ressort de la justice, puisqu’aucun crime n’a été commis; mais il y a tout du ressort de la police, pour éviter qu’un crime ne le soit.

Bien sûr, l’action de la police pourra elle-même faire l’objet d’un règlement en justice, si une objection valable est faite par des personnes improprement arrêtées par la police, ou dans le cas contraire par des citoyens que la police a omis de protéger comme elle s’y engageait. Mais il s’agit alors d’une affaire différente, d’une éventuelle contestation sur le déroulement de ce qui est reconnu comme étant du domaine de la police.

Même la police la plus honnête et la plus efficace fera des erreurs, et paiera des réparations, à l’amiable ou après jugement, réparations qui entreront nécessairement sur la facture des usagers, qui seront ainsi incités à rechercher la police commettant le moins d’erreurs et d’abus (voir ci-haut la section Une police privée: la garantie du respect des droits, par la responsabilité des fournisseurs).A fortiori, les criminels notoires, les personnes peu fiables, etc., verront leur police d’assurance augmenter. Ils devront, pour pouvoir commercer avec autrui, donner des garanties, se soumettre volontairement à la prison, à la surveillance, ou toute autre mesure qui rassurera toutes les honnêtes gens qui sans cela refuseront d’avoir à faire à eux. Et ce sont ces criminels eux-mêmes qui paieront ce service, et non pas les contribuables!

A posteriori, il est évident que tout ceci n’a aucun rapport avec la justice. Mais justement, le pouvoir de l’état repose non seulement sur la confusion entre police et justice, mais en l’incapacité généralisée des citoyens à faire la distinction conceptuelle entre justice et injustice. Avec leurs faux concepts « sociaux » et leurs sophismes, les étatistes empêchent les citoyens de penser clairement police, justice et tous autres « biens publics » monopolisés par l’état; les puissants peuvent alors subordonner ces « biens publics » à leurs propres intérêts privés et en déposséder ainsi le véritable public sans que celui-là ne soit capable d’articuler une opposition. Et les honnêtes gens sont doublement victimes, du fait des conflits d’intérêts introduits qui empêchent la prise de décisions saines. Il ne permet pas d’établir un juste équilibre entre ces services monopolisés.

3.8 Les hors-la-loi

Il y aura toujours des gens malhonnêtes, des psychopathes et autres forcenés, qui ne respectent pas autrui, et ne cherchent pas à résoudre et éviter les conflits mais au contraire s’entêtent à les aggraver et à en créer de nouveaux. Ces hors-la-loi ne seront pas plus arrêtés par une « justice » publique que par la justice privée. Seule une action de police les arrêtera, et comme nous l’avons vu précédemment, la police privée serait plus efficace.

Or, refuser de se plier aux sanctions, agresser des innocents pour obtenir leur soumission par la force, etc., c’est déclarer la guerre à la société. Et déclarer la guerre à une société d’hommes libres et armés, c’est la perdre, car ces hommes s’organiseront librement en de nombreuses associations qui rivaliseront d’efficacité jusqu’à mettre l’ennemi public hors d’état de nuire.

Par contre, une fois les hommes soumis et désarmés par l’état, il devient possible à des criminels de prospérer, dans les zones de « non-droit » délaissées par la justice et la police. L’état est donc un facteur majeur de criminalité, par la dés-organisation qu’il induit chez les citoyens.

Pire encore, en collectivisant la justice, le monopole d’état transforme des conflits privés en conflits publics. Nombreux sont les criminels qui se justifient comme rebelles « contre la société », alors que chacune de leur victime est un individu privé.

Un véritable système de justice privée ne permettrait pas la création de cette caste de criminels. Tous les conflits resteraient délimités; les aggresseurs prendraient nécessairement conscience du caractère interpersonnel de leurs actes; une aggression ne transformerait pas le transgresseur en criminel, mais en débiteur.

3.9 La prison, école du crime

En prison, les criminels en herbe deviennent des criminels patentés. Entre les prisonniers, c’est la loi du crime qui règne. C’est la loi du crime qu’apprennent les incarcérés. Les faibles et les « caves » sont victimes des sévices des criminels.

Empêcher les prisonniers de travailler, c’est les priver des moyens d’acquérir et préserver leur dignité. Les forcer à travailler pour un monopsone, c’est de l’esclavage. Le principe du système carcéral est l’humiliation des coupables: les maintenir moins qu’humains. Ce principe est en contradiction totale avec leur réhabilitation, qui consiste à les rendre humains à nouveau. La prison et les autres peines du système de « justice pénale » répondent à la violence illégale par la violence institutionnelle.

Avec la justice rétributive, les coupables ne seraient pas sortis de la société pour devoir y rentrer de nouveau. En effets, ils ne seraient pas ennemis de la société entière, mais des causeurs de torts devenus débiteurs de leurs victimes. Ils seraient confrontés au mal qu’ils auront fait, et n’auront pas de prétexte pour se retourner contre des tiers innocents. Leur condamnation aura eu pour but et pour effet de faire retrouver la paix aux parties engagées, et de diminuer la violence de la société. Laissés libre d’agir, mais tenus de rembourser leurs victimes, suivis de près ou de loin par les agents de ces victimes, ils seraient plus complètement intégrés qu’ils ne l’étaient auparavant. Avoir causé un tort par le passé, en tant que tel, les rends débiteurs de leurs victimes, mais n’en fait pas ipso facto de menaces permanente pour autrui; la menace est d’autant diminuée si les faits sont connus, publics, le causeur de tort bien identifié et raisonnablement surveillé, et les victimes potentielles de nouvelles tromperies bien informées. Si le tort passé crée un certaine méfiance quant à leur comportement futur auprès de personnes ne les connaissant pas, ils se verront demander en préalable à certaines transactions des garanties qui les lieront; et s’il leur manque un capital personnel pour cela, des proches qui les connaissent, une compagnie d’assurance contre une cotisation, pourront se tenir garants pour eux — quitte à se retourner contre eux s’ils manquent à leurs obligations, là encore intégrant le coupable au tissu social plutôt que de l’en détacher.

Il est certes une raison valable de confiner certaines personnes dans un espace réduit; mais cette raison n’est pas la culpabilité de délits passés, c’est la menace de délits futurs, chose fort différente. Un hors-la-loi forcené, qui constitue un danger constant pour autrui, un criminel en puissance reconnu comme danger public, sera la cible légitime de toute action violente, et bien vite mis hors d’état de nuire (voir la section suivante sur la « peine de mort »). C’est pour sa propre survie que lui-même, ses proches, ses amis, et toute association de personnes qui le soutienne, le feront garder, à leurs propres frais, pour le protéger du sort qui l’attend à l’extérieur. Et ces mêmes gardiens qui maintiennent le forcené en vie se porteront du coup personnellement responsables de tout tort que le prisonnier causerait s’il s’évadait, ou qu’il causerait à un autre prisonnier s’il partage sa geôle. En même temps, cette prison étant sous son propre contrôle ou celui de personnes qui tiennent à lui ne sera pas le lieu des abus, des dégradations, et de la corruption qui sont le lot commun des prisons étatiques.

Là encore, les prisons résiduelles qui existeraient dans un système de justice libre seraient le lieu d’une intégration accrue de tous les acteurs dans un tissu de liens sociaux interpersonnels, plutôt que celui d’une négation de la personnalité et de la responsabilité et des coupables, et des victimes, et des agents sensés maintenir l’ordre. Le système carcéral étatique ne fait que détruire le tissu social, fait de rapports interpersonnels, pour lui substituer en théorie une relation abstraite à une société désincarnée, et en pratique une culture de violence par des acteurs coupés de leurs responsabilités et privés de leurs droits.

3.10 La peine de mort

En l’absence de justice pénale, il n’y aurait pas de peine capitale, pas plus qu’aucune autre peine. La mort, la peine, n’a jamais rien réparé. Tuer ne peux donc jamais être un acte de justice. Dans un système de justice libre, une peine de mort ne peut pas être prononcée. Par contre, tuer peux être un acte de police, ou peut être un acte de guerre — d’ailleurs les deux activités ne se distinguent que par le consensus censé entourer la première, tel que l’implique sa dénomination. Dans un système libre, il n’y a pas de distinction de droit entre police et guerre; il n’y a ni glorification, ni statut spécial, ni passe-droit dans aucun cas. La seule distinction de droit se trouve entre action violente légitime (arrêter un aggresseur, neutraliser un hors-la-loi) et action violente illégitime (s’en prendre à des innocents, abuser de sa force, commettre une bavure, faire des victimes collatérales, etc.).

Ainsi, face à un agresseur et autre ennemi qui refuse de faire la paix, voire face à un hors-la-loi forcené qui nie le Droit lui-même, il n’y a parfois pas d’autre moyen que d’user de violence. Et compte tenu de la résistance et de la persistence de l’ennemi, tuer est parfois nécessaire. Il n’est pas forcément choquant qu’un assassin soit exécuté, si rien d’autre ne l’empêche immédiatement et durablement à la fois de commettre de nouveaux forfaits. Plus tôt un assassin récidiviste forcené comme Marc Dutroux ou Saddam Hussein est mis hors d’état de nuire, plus de vies innocentes sont sauvées. Plus longtemps on le laisse agir sans résister, plus de vies innocentes sont perdues.

Cependant quand apparaît la triste nécessité de tuer un ennemi autrement irréductible, la justice est orpheline. Il n’y a aucune justice à supprimer un être humain; les victimes n’ont été en aucune mesure compensées par le coupable. Cette mesure de police pourra éviter bien des désagréments, et bien des crimes futurs envers des victimes potentielles; mais la justice ne peut sanctionner que des faits avérés, et présume un homme comme innocent jusqu’à preuve du contraire — preuve qui ne peut pas exister pour un crime futur qui est forcément virtuel.

3.11 Le monopole procédurier

Les procédures sont un outil par lequel est censément garanti le respect des droits des individus confrontés à l’appareil policier et judiciaire. Le problème est qu’il y a actuellement un monopole; ce qui implique qu’il n’y a pas d’ajustement dynamique des procédures et de leur application aux besoins du public, mais un contrôle de ces procédures au bénéfice des puissants.

Ainsi, lors d’une poursuite judiciciaire, les procédures alourdissent toute une résolution qui pourrait sinon être simple, et rendent la justice peu rentable. C’est un déni de justice envers victimes et agresseurs qui auraient pu trouver une solution si elle avait été moins chère; c’est aussi une lourde charge pour le contribuable, innocent écrasé d’impôts. Pire encore, un vice de forme annule actuellement toute la procédure, unique du fait du monopole, et constitue alors un déni de justice envers les victimes qui ne sont pas responsables des fautes des agents de l’« ordre » qui ont commis le vice de forme.

Dans une justice libre, il n’y a pas de monopole de la justice, ni de monopole pour définir les procédures et les imposer à des parties non consentantes. Par contre, il y a un marché libre de la justice, qui punira ceux qui useront de moyens universellement réprouvés, et refusera toute validité aux informations faites dans le mépris des formes reconnues comme nécessaires pour établir leur authenticité.

Ainsi, un policier brutal, un avocat malhonnête, un procureur indélicat, sera poursuivi en justice et devra réparer les conséquences de ses abus ou délits. D’ailleurs, les désagréments imposés sans brutalité excessive et de bonne foi à des personnes avérées innocentes seront aussi l’objet de réparations. Un innocent pourra réclamer compensation pour le temps perdu; un coupable même pourra réclamer compensation pour toutes mesures excessives et inutiles prises à son encontre.

Ainsi, un agent de l’ordre verra sa police d’assurance augmenter au point que s’il est trop brutal ou malhonnête, ou simplement peu perspicace dans le choix des personnes qu’il importune, il sera inemployable comme agent de l’ordre. Chaque entreprise de police, chaque assurance spécialisée pour policiers, pourra définir des règles de procédure dans le sein desquelles elle s’engage à défendre et couvrir ses employés ou souscripteurs, même s’ils sont reconnus « coupables » au cours d’opérations respectant ces règles. Le coût de cette couverture retombera bien sûr sur les souscripteurs du service de police, et ne sera donc pas externalisé sur les victimes de bavures, comme c’est le cas actuellement. Enfin, chaque propriétaire pourra aussi définir des règles de police auxquelles se soumettre pour traverser son domaine, pour éviter de rendre des coûts de police trop élevés.

Les droits des individus faisant face aux forces de l’ordre seront donc préservés de façon efficace. Et en même temps, cela n’aboutira pas à relâcher le moindre criminel pour vice de forme. Car si un abus policier, un vice de forme judiciaire, etc., peut mener à des réparations envers un prévenu (coupable ou innocent) ou à l’annulation d’une procédure à son encontre, cela ne mènera pas forcément à l’annulation de toute procédure à son encontre. Comme il n’y a pas monopole de la procédure, une autre procédure peut concurremment être lancée, contenant toutes les pièces sauf celles invalidées. L’agent de l’ordre incriminé devra répondre de ses actes, mais le criminel n’échappera pas à sa responsabilité parce qu’un agent de l’ordre aura mal fait son travail.

Ainsi, dans un système de justice libre, chacun peut financer les actions qu’il juge utile, en en assumant les conséquences; alors que dans un monopole de la justice, il y a nécessairement abus policiers impunis et criminels notoires relâchés, mais les contribuables ne sont pas libres de choisir quelles actions financer, et les membres des soi-disant « forces de l’ordre » ne sont pas responsables des actions qu’ils commettent ou omettent de commettre.

3.12 Le clientélisme des hommes de « loi »

Le monopole de la justice donne l’occasion à toute une clique de parasites de s’installer dans les coulisses du pouvoir, et de vendre leur influence à ceux qui ont les moyens et l’absence de scrupule nécessaires pour les acheter. Ce sont des notables (non, pas « les » notables) qui fréquentent les mêmes écoles et les mêmes cercles sociaux que les avocats, les juges, les législateurs, et leurs syndicats et bénéficieront d’un traitement de faveur, ne fût-ce que par la familiarité que les uns auront pour la cause des autres, leur façon de penser, leur intérêt.

« Indépendants », c’est-à-dire irresponsables, les hommes de loi sont payés non plus pour réconcilier les intérêts des parties, mais pour les opposer. Ils ne servent aucun autre intérêt que le leur propre, celui de l’idéologie qu’ils font leur, et par laquelle ils sont sélectionnés. Les juges d’un monopole peuvent être aussi partiaux, iniques et incompétents qu’ils le souhaitent, et ne s’en priveront pas, tant que cela ne nuit pas au pouvoir en place.

Dans un système de justice privée, au contraire, chaque juge, chaque avocat (il n’y aurait pas de procureur), chaque greffier, etc., serait directement responsable devant ses clients. Ainsi par exemple, un juge prendrait-il des décisions non respectables, elles ne seraient pas respectées, car il y aurait appel; les parties d’un différend ne prendraient même pas la peine de consulter un juge réputé peu fiable sur le sujet qui les concerne, car ce ne serait que perte de temps et d’argent; un mauvais juge perdrait bientôt ses clients, pour faire place à de meilleurs juges. Comme l’application de leurs décisions dépend du bon vouloir de forces de police privées, elles-mêmes contrôlées par les usagers qui choisissent de les financer, les juges ne pourront pas se contenter de donner des opinions arbitraires, mais devront pouvoir les articuler de façon assez convaincante pour qu’il n’y ait pas appel. Étant pleinement responsables de leurs décisions, ils pourront eux-mêmes être jugés et condamnés si au cours d’un appel, d’une révision du procès, ou d’une plainte ultérieure, il est établi qu’ils ont mal fait leur travail.

Dans le système de monopole public, les hommes de « loi » sont des prédateurs, juges et partie pour créer toujours davantage de lois, de réglementations, de conflits artificiels qu’ils seront payés à la fois à créer et à réparer, dans un immense racket légal. Exemple « patent » des résultats de ce lobbying législatif, les brevets, piège dont le seul effet économique certain est d’engraisser les avocats spécialistes en propriété industrielle aux dépens du public. Dans un système de justice privé, il n’y aurait pas de législation, et donc pas de la création possible de tels conflits artificiels, pas d’inflation réglementaire, pas de rente légale; les hommes de loi devraient gagner leur vie honnêtement à résoudre les problèmes des gens plutôt qu’à les prolonger.

3.13 Conclusion: la justice privée est la justice responsable

Un système de « justice » dit « public » n’est rien d’autre que le monopole des services de justice; et en matière de justice comme en toute autre matière, le monopole c’est la déresponsabilisation des fournisseurs, et la spoliation de tous les usagers. L’incitation est alors pour les fournisseurs de service de se montrer incompétents et de suivre leur propre intérêt au détriment du public qu’ils prétendent servir, mais dont le monopole consiste précisément à l’empêcher d’être servi selon sa propre volonté. La véritable justice émerge de la liberté individuelle pour chacun de choisir quelles lois il veut faire respecter; liberté qui rend à chacun la liberté-responsabilité de ses actes, c’est-à-dire sa propriété de soi-même comme agent moral et légal.

4 Des armées privées

Ce qui suit est en cours de rédaction, et ne constitue pas un article publiable, mais un brouillon public. Si les remarques qui suivent vous paraissent peu claires, c’est que je suis la seule personne à laquelle elles ont été destinées. Mais si certaines vous intriguent, n’hésitez-pas à m’inviter à les clarifier.

4.1 L’armée, premier ennemi de la nation

La seule défense légitime est celle de droits individuels. Toute violation de ces droits individuels est illégitime. L’état-nation est une collectivisation de la défense, et donc une négation des droits individuels: il viole les droits de ceux qu’elle dépouille de leurs ressources et empêche de se défendre comme ils l’entendent; il faillit dans sa tâche de défense de ceux qu’il prétend défendre; il aggresse des innocents et crée des conflits dont sont à leur tour victimes ses citoyens mal défendus.

Pour qui comprend les principes fondamentaux de la praxéologie, le paragraphe précédent suffit à saisir le nœud du problème et à en déduire toutes les conséquences. Mais dans l’intérêt de ceux qui subissent la constante propagande d’état au point de s’en trouver aveugler (et souvent de la propager à leur tour), voici une déconstruction des sophismes les plus fréquents employés à ratiociner le monopole d’un état sur les forces armées.

Bien sûr, vous avez sans doute été élevé dans la célébration de cette chance singulière d’être du seul pays dont le régime soit juste et dont l’armée ne sert pas avant tout à maintenir au pouvoir un régime oppressif. Mais considérez comment répondre aux arguments des citoyens abusés de tous les autres pays, qui croient que leur pays est libre et possède un régime juste, alors même qu’il vous est évident que puisque leur régime politique est différent du vôtre, il est forcément moins libre, moins juste que le vôtre, et donc au moins quelque peu oppressif et inique; et si de plus, le gouvernement de cet autre pays prend part à des alliances et des conflits différents du vôtre, et voire même s’oppose vivement au vôtre, c’est forcément qu’il se bat pour le mal et que son régime est corrompu.

Et pourtant les ressortissants de ces pays n’auront de répit de vous avancer toujours les mêmes arguments pour justifier la légimité de « leur » armée, de ses actions, et des résultats qu’elle obtient. Alors que pour vous, il est évident que leur attachement tribal à la nation à laquelle ils s’identifient relève de la névrose et embrouille leur jugement; et leur identification même partielle à un régime qui les opprime est elle-même de l’ordre du syndrôme de Stockholm. Voici donc comment démonter à ces faux arguments éternellement rabâchés, sans cesse resassés par ces ressortissants citoyens d’un autre pays.

4.2 La nationalisation de l’armée

Historiquement, la « nationalisation » de l’armée, c’est-à-dire l’institution de son monopole, est le résultat d’une conquête sanglante. Est sacralisé le dernier des vainqueurs au cours d’une série d’invasions et d’usurpations massivement criminelles, où la propriété des vaincus n’est pas la seule à être violée. Une série d’exactions par une série de tyrans aura plus tard décidé des frontières précises du territoire contrôlé par l’institution oppressive appelé « état », dont les habitants sont plus tard appelé « nation » dans une définition circulaire qui n’est que le cache-sexe de l’oppression et du meurtre de masse, exaltant sordidement chez les vaincus la fierté d’un commun esclavage. L’histoire nous révèle que ce n’est pas une nation qui se dote d’une armée, c’est une armée qui se dote d’une nation.[21].

La succession à la tête de cet état peut se faire par l’hérédité, le coup d’état, la révolution, ou le simulacre démocratique — le péché originel est là. Loin de n’être qu’originel, il continuera tant que durera cette oppression imposée par le meurtre et maintenue par la menace constante d’une violence supérieure; seule l’abolition du monopole de violence par cet état mettra un terme à ce péché, et faute d’avoir cessé de nuire, les hommes de l’état ne pourront pas recevoir de pardon. À tout le moins, c’est sur les partisans du monopole que revient la charge de la preuve qu’à un moment magique, l’action de l’état de criminelle et oppressive se serait transmuée en honnête et bienfaisante. Qu’ils nous montrent ce moment et qu’ils explicitent la théorie politique par laquelle ils arrivent à cette conclusion singulière.

L’instrument d’oppression a certes changé de mains, mais étant donnée la continuité assumée de l’État à ses prédecesseurs, et l’empirement historique de ses prédations, peut-on déterminer le jour sacré où d’oppresseur l’État serait devenu bienfaiteur?

D’aucuns, réduisant l’argument historique à sa plus simple expression, argueront que quelle que soit le statut moral de son avénement historique, l’État-nation est, et qu’il est justifié de par son existence même. Justifié parce qu’il est. Autrement dit, force fait loi. Cependant, outre que l’argument vide le mot « justifié » de tout contenu, il est inopérant, puisqu’il n’apprend rien sur le futur et ne permet d’informer aucune décision: par le même argument, quiconque sera le plus fort demain ou après-demain sera justifié; mais l’argument n’est pas plus capable de prédire si demain le plus fort sera encore le même État-nation s’appuyant sur la même une armée nationale, un autre État-nation plus grand ayant conquis l’État actuel, une collection d’États-nations plus petits issus de l’éclatement du précédent, une armée de monopole s’appuyant sur un principe différent de celui de « nation », ou une floppée disparate d’armées privées en concurrence. [22]

Réalité militaire? [MM] Oui, mais…

Crimes commis au nom de la nation. Indivisibilité de la république? Répression des particularismes locaux.

Nationalisme social, et socialisme national.

Yossarian et ses officiers.

4.3 Le financement de l’armée

Le monopole de la défense mène à forcer les contribuables à financer bon gré mal gré des armes inutiles. Qui veut d’un porte-avion à 5 milliards d’euro? Gâchis incroyable de richesses détournées vers le complexe militaro-industriel.

En particulier, richesses détournées vers la construction d’armes de destruction massive — phénomène tout à fait propre à l’état. Un homme d’affaire n’a rien gagner d’un récalcitrant qu’il tuerait, et tout d’un homme libre qui travaille honnêtement. Le meurtre gratuit ne profite à aucun individu responsable — il ne profite qu’à des êtres irresponsables, qui vivent du pouvoir qu’ils exercent sur les uns grâce à la complicité volontaire des autres. Seuls les hommes de l’état peuvent vivre de la terreur — forts de la légitimité usurpée qu’ils ont fait accepter à leurs citoyens.

4.4 La course aux armements

Armes illicites, permises aux seuls états. Or, seuls les états font des armes de destruction massive. Nul individu responsable n’a intérêt à utiliser des armes qui ne peuvent pas tuer les coupables sans tuer des innocents. Ce sont les états qui financent massivement le développement d’armes hyperdestructrices.

Il n’y a pas à définir la notion d’arme permise, de même qu’il n’y a pas à définir la notion d’impôt juste, de drogue licite, de jours d’ouverture légaux, de programme scolaire officiel, ou de moeurs tolérables. Toutes ces notions présupposent que des êtres supérieurs doivent intervenir et se substituer à la liberté et à la responsabilité de chacun pour imposer leur sagesse supérieure. Or il n’y a pas d’être supérieur; il n’y a qu’un choix entre la liberté-responsabilité (aussi appelée droit de propriété) et la coercition-irresponsabilité (aussi appelée pouvoir politique). Dans une société de liberté, c’est l’intérêt, guidé par la responsabilité, qui pousse les individus à bien user de leur liberté — et le Droit consiste précisément à rétablir la responsabilité des malfaiteurs vis-à-vis de leurs actes.

Si certaines armes seraient mortelles dans les mains de simples citoyens — combien plus mortelles ne sont-elles pas dans les mains de politiciens!

4.5 L’amplification des vendettas

L’un des reproches que l’on fait au système de justice privée, c’est qu’ils encourageraient les vendettas, qui sont le recours de tous ceux qui pensent que les cours leur dénient la justice. Ainsi, Jared Diamond a-t-il par exemple publié dans The New Yorker un article anthropologique intéressant développant cette thèse: Vengeance Is Ours.

Mais là encore, ce reproche résulte de cette grande confusion entre État et Droit. Le passage de la vengeance à la justice est celui du Droit, et non pas celui de l’État. Les deux sont tout à fait indépendant, et il peut y avoir des États sans Droit, et le Droit peut être reconnu sans État. La confusion est bien sûr entretenue par les propagandistes de l’État, via des sophismes post hoc ergo propter hoc, mais elle ne résiste pas ni à l’étude historique, ni à l’examination conceptuelle.

Bien loin que l’État supprime la vengeance, il la monopolise et l’amplifie, par la collectivisation des griefs. […] le terrorisme, la guerre en Afghanistan, les conflits israëlo-arabes […]

Divers étatistes séparent les grandes guerres des autres événements causés par l’état, alors que celles-ci sont irrémédiablement liées à la nature même de l’état (par delà les gesticulations guerrières de l’état américain, il suffit de regarder le budget militaire de tous les états). De même que l’Euro ne supprime pas l’instabilité monétaire, mais l’amplifie, l’uniformise et la concentre dans le temps, les états ne suppriment pas les guéguerres, mais les amplifient, les uniformisent, et les concentrent dans le temps. Si vous voulez comparer sans les guerres, ne faites pas deux poids, deux mesures — comparez l’état sans ses guerres au libéralisme sans ses guerres. Et comparez aussi les petites atrocités des guerres privées aux génocides à grande échelle perpétrés par les états. Vous verrez que même en séparant ainsi les choses, l’état est partout négatif.

La liberté d’organiser sa propre défense, et en particulier de porter des armes, est nécessaire pour éviter prévenir les génocides, et rien que cela suffit à la justifier. Porter des armes: le prochain droit de l’homme reconnu sur le plan international de Glenn Harlan Reynolds.

4.6 Les crimes de guerre

Le premier crime d’une armée de monopole, en temps de paix comme en temps de guerre, est le crime commis contre les contribuables qui doivent payer cette armée, et éventuellement contre ceux qui sont enrôlés de force dans l’armée (s’il y a conscription).

Du fait du monopole de faire la guerre ou de ne pas la faire, il y a aussi crime contre tous ceux qui sont forcés de participer à une guerre qui leur semble injuste et/ou néfaste; et il y a encore crime contre tous ceux qui voudraient participer à une guerre qui leur semble juste et bonne, mais en sont empêchés, ou forcés de la faire d’une façon qui leur semble criminelle, absurde, mauvaise.

Dans une société libre, de nombreux individus prêts à se battre existeraient, volontairement organisés en milices (fût-ce d’une ou deux personnes). Ces milices s’allieraient naturellement et volontairement quand elles y trouvent leur intérêt, et se désallieraient quand la situation ne l’exige pas ou que l’une sent ses intérêts sacrifiés dans l’alliance.

L’alliance volontaire, par opposition à l’alliance forcée ou à la conscription, ou à toute méthode coercitive, garantit non seulement les droits des combattants, mais aussi ceux des non-combattants.

« Envoyer mes hommes au casse-pipe pour que les vôtres se dorent la pilule à l’arrière-garde? Cautionner le meurtre d’innocents dans vos bombardements de civils? Et puis quoi encore? »

En matière militaire comme ailleurs, pas la peine d’imposer. Au contraire, la coercition est ce qui permet les crimes de guerre: ,(q[je suis pas responsable, on m’a obligé à le faire]) est l’excuse du trouffion recevant l’ordre d’accomplir une sâle besogne. L’allié libre de refuser les ordres et responsable des actes qu’il commet n’a pas cette excuse, et évite donc toute exaction à l’encontre de civils.

Quant à sacrifier la vie de certains hommes soi-disant pour en sauver d’autres, comme disait le général romain à son fils qui faisait la proposition d’envoyer un escadron suicide s’emparer de la porte d’une ville fortifiée « mon fils, prendras-tu la tête de cet escadron? » — tant que c’est volontaire, oui. Sinon, non. Là encore la hiérarchie imposée ouvre la porte au crime de guerre, là où l’alliance volontaire ne laisse place qu’à l’honneur.

Pour la stratégie, des militaires disciplinés savent faire confiance à leur hiérarchie librement choisie à l’avance. Et ce n’est pas à la dernière minute que l’on crée la confiance, mais par une préparation minutieuse, en temps de paix, et à chaque guerre qui passe. Imposer une autorité qui n’a pas été méritée et volontairement acceptée est en soi un crime. C’est aussi une méthode inefficace de gérer les troupes.

4.7 Le mythe du pauvre non-protégé

Cf. ci-haut (section Une police privée: la garantie que tous seront protégés) le cas de la police privée.

Les riches ont le plus à perdre à voir le pays conquis, les infrastructures détruites, l’ordre actuel remis en question. Ils sont donc les plus intéressés à se défendre contre une assassins et envahisseurs.

Nous profitons tous de la littérature écrite par meilleurs auteurs que nous, de l’élégance et la beauté de personnes plus douées et raffinées que nous, de la science découverte par des personnes plus intelligentes que nous, des inventions faites par des personnes plus audacieuses. Que refuserions-nous la sécurité offerte par des personnes plus soucieuses d’ordre? Ou bien l’on suppose que la défense des uns implique nécessairement la défense des autres, et les soi-disant partisans de la défense des faibles devraient alors se réjouir de ce qu’il bénéficieront des efforts que les plus puissants devront nécessairement déployer pour défendre leurs abondantes ressources; ou bien l’on admet qu’il est effectivement possible à d’aucuns de se défendre sans que d’autres profitent automatiquement de cette défense, et tout l’argument des « biens publics » tombe à l’eau. Voir aussi de Bertrand Lemennicier La privatisation des armées et l’argument des biens collectifs

Bien sûr il existe dans nos pays non-libres des super-riches, qui doivent leur argent à la connivence avec le Pouvoir, qui ont tellement d’argent qu’ils ont si peu mérité qu’ils en sacrifieraient bien volontiers une bonne partie pour augmenter leur influence, et qui pourraient voir d’un bon œil la conquête par un pouvoir étranger plus fort encore (puisque capable de conquérir). Mais dans un pays libre, cette classe de parasite de haut vol n’existerait pas. Les riches seraient ceux qui auraient travaillé d’arrache pied pour gagner honnêtement leur fortune et la préserver.

4.8 Les affaires étrangères… à l’État

La distinction entre nationaux et étrangers est une création arbitraire des monopoles de l’État.

Tous les individus sont également des êtres humains, qui ont les mêmes droits, les mêmes devoirs, etc. Ils ne sont ni plus ni moins étrangers, les uns aux autres selon les distinctions administratives que veulent imposer les hommes de l’État. Si un individu préfère avoir affaire avec les uns plutôt que les autres, il est libre d’employer pour cela tous les critères qu’il désire, y compris les liens familiaux, la religion, le sexe, la couleur de la peau, l’ethnie, la langue, l’âge, la santé, la richesse, l’éducation, les goûts musicaux, la confiance de tiers, ou une passion commune pour la culture des framboises.

Subventions: Spoliation.

Prime d’assurance, organisation des voyages, contrats de pairie, etc.

Mythe de la « réciprocité » du protectionnisme. Le commerce c’est la paix. Le protectionnisme, c’est la guerre.

« Libérer les autres peuples ». France, pays des droits de l’homme?

Enfin, pour les agents secrets, il existe déjà des réseaux de renseignements privés, qui sont plus efficaces et moins criminels que les réseaux gouvernementaux. Des anti-James Bond, qui travaillent dans la discrète non-violence et dans la durée.

Une diplomatie privée avec des parties réputées neutres plutôt que politiquement engagées, est plus efficace. La vraie neutralité est gage de bonne foi. Un arbitrage par des juges librement choisis, payés selon leur réputation à résoudre efficacement et durablement les conflits, vaut mieux que toutes les organisations internationales « multilatérales » réunissant les dictateurs et bureaucrates corrompus de la terre.

Bref, pas la peine d’État pour ça. L’État ne fait comme d’habitude qu’introduire oppression et irresponsabilité.

4.9 Le terrorisme, miroir de l’État

Le terrorisme est une réponse naturelle à cette logique. En fait, le terrorisme n’est qu’un miroir tendu à l’État, imité par des groupuscules politiques n’ayant pas assez d’envergure pour se faire appeler « État », mais fonctionnant exactement sur les mêmes principes, et ayant vocation à devenir des noyaux d’État totalitaire, si on leur cède le pouvoir. Cf. les nationaux-socialistes, nationaux-communistes, et autres terroristes ayant pris le pouvoir en Russie, en Allemagne, au Vietnam, à Cuba, etc.

Entre un militaire et un terroriste, la différence se résume à ce que l’un est un fonctionnaire titulaire, et l’autre un fonctionnaire aspirant. Tous deux ont vocation à vivre en parasites, par le racket de protection.

4.10 Le Pacifisme, ennemi de la Paix

On a vu où le pacifisme a mené les tolstoyens: à l’éradication par le goulag. Nous les libéraux sommes pacifiques mais pas pacifistes — cf. notre drapeau, le DON’T TREAD ON ME, et son histoire.

Il suffit d’un seul pour faire la guerre, il faut être deux pour faire la paix. Le désarmement unilatéral n’a jamais empêché la guerre.

Et d’ailleurs pourquoi les soi-disant « pacifistes » font-ils toujours pression pour que les pays libres se désarment, et ne se défendent pas contre les tyrans, ni n’aident les victimes de ces tyrans à se défendre? Pourquoi ces mêmes « pacifistes » n’exigent-ils pas que lesdits tyrans se rendent, abdiquent, et cessent de faire la guerre et à leur peuple, et aux pays libres? Pourquoi leur « pacifisme » est-il toujours unilatéral? La réponse est qu’ils ne sont pas vraiment des pacifistes — ce sont des amis des tyrans et des ennemis de la liberté.

5 Des fonctions régaliennes de l’état

Ce qui suit est en cours de rédaction, et ne constitue pas un article publiable, mais un brouillon public. Si les remarques qui suivent vous paraissent peu claires, c’est que je suis la seule personne à laquelle elles ont été destinées. Mais si certaines vous intriguent, n’hésitez-pas à m’inviter à les clarifier.

Pour conclure de cet essai, il ne nous reste plus qu’à voir qu’il ne reste rien qui vaille des soi-disant fonctions régaliennes de l’État.

5.1 Les paradoxes du libéral-autoritarisme

Les « politiciens libéraux » eux-mêmes (bel oxymore!) défendent dans la police nationale, la justice nationale, l’armée nationale, comme autant de « fonctions régaliennes » qu’ils revendiquent pour un État « minimum ». Cette position leur vaut d’être moqués non sans justesse par leurs adversaires politiques, qui les dénoncent comme étant très autoritaristes pour des soi-disant libéraux[23].

Certains libéraux (et leurs détracteurs) vont donc chercher à la rescousse Benjamin Constant, ou tel autre grand auteur libéral « minarchiste ». Mais Benjamin Constant ne revendiquait pas tant pour l’État les fonctions régaliennes, qu’il ne les lui concédait. Constant ne manquait pas de critiquer l’usage que l’État faisait de ces fonctions et qu’il ne pouvait pas ne pas en faire. Ce qu’il concédait, par souci de modération dans ses propos (mais la modération est elle un bien dans la poursuite de la vertu, ou dans le combat contre le vice?), et surtout par ignorance d’alternatives qui n’avaient pas encore été étudiées de manière approfondie (voir les travaux postérieurs de Molinari ou Rothbard), ne saurait être avancé comme la position libérale par excellence. Ce n’est que la corruption du libéralisme, son atténuation, l’acceptation par défaut d’une position conservatrice. D’ailleurs, comme le montre Émile Faguet dans son portrait intellectuel de Constant, celui-ci était en fait nettement anarchiste dans sa façon de penser, et préfigurait Rothbard dans les thèses qu’il envisageait en privé.

5.2 La confusion entre les multiples sens du mot « état »

Il faut distinguer d’une part l’usage de la force, et d’autre part le monopole de la force. La force est utile et nécessaire. Elle est l’ultime rempart contre les criminels et autres agresseurs. Au contraire, Le monopole de la force est inutile et nuisible. Il conduit à tous les autres monopoles. Et celui qui monopolise la force est lui-même un criminel et un agresseur.

On peut pardonner cette confusion, lors qu’elle apparaît jusque dans l’État, de Frédéric Bastiat. L’auteur y dénonce bien l’État, Pouvoir Politique, qui ne peut, en intervenant dans la vie des citoyens, que bafouer le Droit et opprimer les individus; mais en cherchant ce qui peut abstraitement justifier un État, Bastiat trouve bien la légitimité de la « force commune », qui peut et doit servir la Justice et ne servir qu’elle. Mais il échappe à Bastiat que ces deux concepts, radicalement différents, méritent d’être distingués jusque dans leur appellation plutôt que confondus dans le mot « État ». Albert Jay Nock, 80 ans plus tard, distinguera « State » et « Government », pour désigner d’une part l’État comme Pouvoir Politique, et d’autre part l’État comme Force Commune. Mais lui aussi oubliera de voir comme le critère permettant de distinguer les deux est le Monopole de la Force, et que seule la liberté d’organiser sa propre défense permet d’avoir une Force Commune organisée sans que celle-ci donne lieu ipso facto à un Pouvoir Politique oppressif.

Toute cette histoire de « fonction régalienne » repose donc sur cette confusion entre Organisation de la Force d’une part, et Monopole de la Force d’autre part. Du reste, l’étymologie même du terme « régalien » montre bien comme les pouvoirs afférents aux dites fonctions naissent de l’oppression, de l’usurpation, du crime de masse[24].

5.3 La sécurité est un bien positif

Efficacité et surtout Justice du libre marché, c’est à dire de la liberté de chaque individu de rechercher les satisfactions de ses désirs par la coopération volontaire d’autres individus non moins libres. Gustave de Molinari dans la onzième des « Soirées de la rue St Lazare ».

Mythe des droits positifs, « droit à » (entitlement to). Légitimité des seuls « droit de » (right to) — pour chacun dans les limites de sa propriété. Les « droits à » ne sont que l’esclavage de ceux qui doivent fournir le service, au bénéfice de ceux qui le reçoivent de l’État.

Les étatistes reprennent souvent l’argument fallacieux de confondre liberté individuelle et action individuelle isolé. Or, c’est précisément le contraire qui est vrai — la liberté est ce qui permet aux individus de s’organiser, de mettre en commun leurs ressources dans des projets aux buts partagés, de se répartir les tâches chacun étant compétent dans sa spécialité, etc. Les hommes sont libres de faire du pain, de fabriquer du papier; donc, ils confient cette tâche à des spécialistes — boulanger ou papetier — qui leur offrira ce service avantageusement (ou sinon se fera détrôner par ses concurrents) en échange cependant qu’eux-mêmes se spécialiseront dans une autre tâche (cultiver son champ, enseigner les maths, etc.). C’est l’intérêt personnel qui pousse chacun à se différencier et à être créatif. C’est ainsi que les services de sécurité, comme tous les services, seront très largement fournis par des entreprises spécialisées, dont la taille sera adaptée à la tâche, sans que cela empêche les individus qui y trouvent intérêt d’assurer parfois soi-même sa propre sécurité sur une affaire ponctuelle, de même que de nombreux amateurs font des pains et des gâteaux à la maison, voire fabriquent leur propre papier.

5.4 Un monopole naturel?

Coûts de transaction liés au consensus nécessaire à changer les choses vers autre chose que l’intérêt des seuls hommes de l’État. Loin de résoudre les externalités lié à la défense ou à tout autre service, l’État les concentre en une externalité gigantesque.

Certification obligatoire: Dans un cas, le critère est trop avancé, et implique des coûts élevés, au détriment du public, qui devra du coup se priver d’autres satisfactions vers lesquelles il aurait tourné les ressources qu’il doit maintenant consacrer à tenter de satisfaire aux exigences bureaucratiques. Dans l’autre cas, le critère est trop bas, et implique une charge administrative sans améliorer en quoi que ce soit la qualité des services échangés, mais au contraire, en donnant une aura positive à des services inférieurs mais également certifiés par l’administration. Dans les deux cas — et dans la pratique, les deux cas se présentent simultanément pour une même réglementation, car les besoins des individus sont variés et ces différences ne sont pas prises en compte par les réglements — le résultat est une dissipation des efforts dans des tâches inutiles voire nuisibles, et des moindres satisfaction pour le public — donc, davantage de travail résultant en davantage de pauvreté.

5.5 Le criminel garant des libertés

Toutes les pires injustices: la guerre de conquête, l’esclavage, le colonialisme, le vol systématique, les discriminations légales, etc. Toutes sont l’œuvre de l’État. Aucune de ces injustices ne s’est jamais vue ni même n’est imaginable sans l’appui d’une force écrasante violatrice des droits individuels.

L’état se prétend le garant du Droit, le garant des Libertés, le garant de la Justice, le garant de la Sécurité, etc. Mais aussi bien historiquement que selon toute logique, l’état a toujours été l’ennemi public numéro 1, le criminel impuni, le premier offenseur du Droit, le premier agresseur des Libertés, le premier créateur d’Injustice, le premier causeur de troubles et de guerres, etc. Bien loin que l’état ait jamais sauvé quiconque, il a toujours été et reste encore le plus grand criminel de l’histoire.

5.6 Le mythe fondateur de l’état

Le monopole de la force est le tremplin pour tous les autres monopoles. De même que le droit de se défendre est fondateur de tous les autres droits, l’abandon du droit d’organiser sa propre défense signe le début de toutes les invasions du Droit.

Il n’y a pas de mythe du « bon sauvage » chez les libéraux[25]; quant à ce qui les définit, les libéraux rejettent la pertinence et de la notion de « bon » et de la notion de « sauvage ». Les libéraux séparent le Droit, qui est public, de la Morale, qui est individuelle. Le discours des libéraux en tant que tels est confiné à la notion de Juste; cela n’empêche pas que chaque libéral a ses opinions quant à ce qui est bon, — mais il sait qu’il est injuste d’essayer de imposer de telles opinions par la force. D’autre part, ce n’est pas l’homme qui est sauvage ou pas sauvage — ce sont les règles d’interaction sociale qui peuvent l’être. Et justement, les règles légitimant l’agression par le pouvoir politique sont nuisibles et « sauvages », tandis que celles prônant le respect des droits individuels sont bénéfiques et civilisées.

Tout au contraire, il y a bel et bien un mythe du « bon homme de l’état » chez les étatistes: un homme supérieur capable de faire toujours le bien, jamais le mal (ou alors, ce mal est comptabilisé par eux comme étant la faute aux « méchants pas beaux du camp d’en face », sans jamais qu’ils remettent en cause le principe de l’état lui-même).

Sur les pseudo-justifications du rôle « nécessaire » de l’état, et les explications psychologiques sous-jacentes, voir mon essai L’État, règne de la magie noire.

5.7 Les coûts de transition

Le dernier retranchement des prohibitionnistes est de prétexter que même si la liberté était désirable, les coûts de transition pour passer de l’actuel monopole à un système de liberté seraient trop élevés, ou demanderaient un consensus impossible à obtenir, etc.

D’abord s’il y a des coûts de transition, pourquoi les attribuer à la liberté plutôt qu’à la prohibition? Après tout, si coûts il y a, ils sont dûs au monopole étatique sur les services de sécurité. Ensuite, ces éventuels coûts sont par définition un transfert de richesse, et non pas une destruction: si on s’aperçoit que pour un service équivalent, l’un doit payer plus, c’est que l’autre recevra plus (que l’un ou l’autre soient selon les cas le consommateur ou le fournisseur de services de sécurité). Dès lors, il est envisageable de « racheter » le privilège que possédaient les uns au détriment des autres, si cela peut régler les problèmes de transition. Mais pourquoi ne pas envisager au contraire que les anciens privilégiés dussent dédommager les anciens opprimés des droits trop perçus dans le passé? Bref, la question de ces coûts de transition est oiseuse au mieux.

Enfin, il n’y a pas besoin de consensus, précisément parce que le but de la liberté est que chacun puisse choisir son propre fournisseur de services, plutôt que de requérir qu’ils se satisfassent tous du même fournisseur imposé par le pouvoir politique.

On peut d’ores et déjà rendre le système plus efficace en le libéralisant: reconnaître immédiatement la liberté de porter des armes, et autoriser d’ores et déjà la concurrence (c’est-à-dire la liberté) sur les services marginaux non fournis par le système actuel. Puis, commencer par établir les coûts réels, notamment en rachetant explicitement les privilèges des fonctionnaires, et comptabiliser les impôts de façon à équilibrer ces coûts; décentraliser l’affectation des charges selon le principe de subsidiarité, de façon à créer la vérité des prix pour l’ancien monopole; séparer alors ces charges du reste de l’impôt, et donner leur autonomie de gestion à chacun des organismes de police. Puis cesser l’obligation de se fournir chez le monopole historique, tout en rendant obligatoire le paiement (direct, ou à travers une assurance) d’un service minimal, dans un cadre réglementaire. Alors privatiser séparément chacun des services de police. Enfin, alléger la législation réglementant la fourniture de services de sécurité pour laisser les formules contractuelles définir les meilleurs arrangements.

L’un dans l’autre, la libéralisation de la fourniture de services de sécurité est la fin d’un monopole parmi tant d’autres, pour laquelle les mêmes techniques éprouvées feraient merveille; il n’y a pas à craindre de « coût » spécial, sinon ceux que devront payer les citoyens de toute façon, à travers l’impôt, et qu’ils finiront de payer durant et après le retour à la liberté. Si un coût explicite apparaît, lors du rachat des privilèges des fonctionnaires notamment, ce coût existait déjà avant, et attaquer la libéralisation au prétexte de ce coût revient à condamner le médecin, parce qu’il a diagnostiqué un mal caché.

5.8 Conclusion

Ceux parmi nous qui avons le plus étudié les philosophies libérales savons que le droit naturel et l’utilitarisme ne sont que les deux facettes par lesquelles regarder un même monde. Toute conclusion valable atteinte par une approche doit être tout aussi valable selon l’autre, même si le chemin pour y aboutir est souvent plus long et moins évident. Si un changement de point de vue révèle une contradiction, c’est que cette contradiction était déjà présente dans le point de vue précédent, et une inspection mène vite à une erreur dans le raisonnement tenu dans l’autre point de vue ou dans la transposition du point de vue. C’est ainsi, dirait Frédéric Bastiat que ces points de vue sont Harmoniques [26]: ils décrivent le même monde réel, et ne peuvent donc pas être en contradiction.

Ainsi, l’affirmation du droit naturel de l’individu à sa propre défense n’est autre chose, en termes utilistes, que le fait que seule la liberté-responsabilité de chacun concernant sa propre défense assurera que cette défense sera juste et efficace. Toute usurpation de cette liberté, bien loin de soulager les individus, ne fera que repousser le problème (quis custodiet ipsos custodes?), et briser le cercle vertueux et civilisateur de la responsabilité, introduisant des injustices supplémentaires et leur coût croissant à mesure que la responsabilité est diminuée ou éloignée.

Les libéraux prennent comme finalité l’homme, et pour mieux servir l’homme étudient sa nature, le caractère individuel de sa connaissance et donc de son action. Le libéralisme est le seul humanisme cohérent.

Pointeurs

Quelques pointeurs pour en savoir plus:


Notes

[1]: Notons que de même que l’on peut être contre la drogue et pour la liberté d’en commercer et d’en consommer, ou pour la drogue et pour sa prohibition, ou contre la religion et pour la liberté religieuse, ou pour la religion et pour la liberté d’être athée, (voire pour la religion et pour l’interdiction de toute religion y compris la sienne, pour certains cultes martyrophiles), etc., on peut être contre le port d’arme et pour la liberté de port d’arme, ou pour le port d’arme et pour la prohibition du port d’arme. Ce sont des sujets largement indépendants. Ainsi, Christian Michel, dans son article Du droit de porter les armes explique comment tout en étant opposé au port d’arme, il se place pour la liberté de port d’arme et contre le monopole du port d’arme pour ce qui est du droit.

[2]: Il est intéressant de considérer le cas des tireurs fous, qui servent souvent de prétextes pour une extension des prohibitions étatiques. Or, ces tireurs s’en prennent aux enfants désarmés des écoles, où le réglement interdit le port d’arme même aux surveillants — ils ne s’en prennent jamais aux rues où circulent des gens potentiellement armés, et encore moins aux commissariats ou aux casernes de militaires. Ceux qui sont assez téméraires pour s’en prendre à des cibles potentiellement ou certainement armées, le font à distance et en s’enfuyant vite — et on imagine le carnage si ces fous pouvaient s’en donner à cœur joie sur les mêmes victimes désarmées, s’ils pouvaient tuer sans avoir à se mettre à distance ni à s’enfuir vite de peur de représailles immédiates (et la chose s’est effectivement vue en France dans le passé, où un tueur fou massacrait tout un village).

[3]: S’il n’est pas possible dans une économie libre qu’il se forme nulle part de tels ghettos de parasites, la chose est malheureusement possible quand l’État va créer de tels ghettos et les maintenir sous perfusion. Et cette chose arrive malheureusement en France, où l’État crée une vaste « Zone » où les criminels règnent en maîtres, et recrutent peut-être une majorité de la population locale « active ». Cf. par exemple ce reportage de Theodore Dalrymple: The Barbarians at the Gates of Paris, 2002.

[4]: En fait, avant d’introduire la guerre contre les narcotiques, les États occidentaux avaient aussi introduit la guerre pour les narcotiques, la fameuse Guerre de l’Opium, imposant par la guerre à diverses nations asiatiques le commerce d’alcools et drogues sur lesquels ils obtinrent à la fois monopoles et quotas d’achats obligatoires.

[5]: Pour un libéral, il n’y a pas à définir la notion d’arme permise, de même qu’il n’y a pas à définir la notion d’impôt juste, de drogue licite, de jours d’ouverture légaux, de programme scolaire officiel, ou de moeurs tolérables. Toutes ces notions présupposent que des êtres supérieurs doivent intervenir et se substituer à la liberté et à la responsabilité de chacun pour lui imposer leur sagesse supérieure. Or il n’y a pas d’être supérieur; il n’y a qu’un choix entre la liberté-responsabilité (aussi appelée droit de propriété) et la coercition-irresponsabilité (aussi appelée pouvoir politique). Dans une société de liberté, c’est l’intérêt, guidé par la responsabilité, qui pousse les individus à bien user de leur liberté — et le Droit consiste précisément à rétablir la responsabilité des malfaiteurs vis-à-vis de leurs actes.

[6]: Si vraiment il est plus avantageux de déléguer ce droit que d’en faire usage soi-même, il s’agit d’en convaincre les individus pacifiquement et volontairement — ce pour quoi leur propre intérêt servira d’aiguillon. Toute volonté de forcer les individus à déléguer ce droit, qui plus est à des personnes qu’ils ne choisissent pas personnellement, mais qui leur sont imposées collectivement, relève d’une atteinte aux droits. Non seulement une telle violation des droits d’autrui ne résoudra pas le problème de la violence, mais elle le remplace par celui bien plus problématique du choix collectif d’un délégué qui soit vraiment efficace: qui soit plus compétent et mieux informé que les citoyens, qui ait la volonté et l’intérêt de les servir et ne soit pas tenté de servir ses propres intérêts contraires ou ceux de courtisans beaux parleurs, qui sache mieux qu’eux comment les servir.

[7]: À vrai dire, c’est par un tel recoupement d’informations par delà l’incohérence des diatribes des publicistes, c’est en observant cette faillite universellement décrite mais toujours niée (« blanked out », dirait Ayn Rand) de la police nationale, que j’en suis venu à prendre la position des libertariens américains sur le droit de porter les armes (voir ci-haut), après avoir vainement déployé pendant plus d’un an tous les ressorts de ma rationalité pour tenter de diminuer la valeur de leurs arguments, à défaut de pouvoir la nier.

[8]: Sur ce sujet, voir notre article La grande peur de la « défaillance du marché ».

[9]: Il s’agit dans leurs bouches folles d’un slogan désignant ce qui s’appelle plus proprement l’anomie: l’arbitraire et l’insécurité. Les libertariens les plus radicaux ne manqueront pas de remarquer que c’est l’arbitraire du pouvoir politique même qui est la source même d’anomie et d’insécurité, tandis que son absence (qui serait la chose plus proprement désignée par le mot « anarchie ») s’identifie avec la garantie du Droit.

[10]: On visitera avec effarement des sites comme Injustice Everywhere pour se rendre compte du niveau de corruption universel de la police. Et encore, ce ne sont là que les cas identifiés dans un pays où l’information circule relativement librement. Combien pire est la situation dans d’autres pays où l’opacité de leurs agissements protège tous les malfaisants porteurs d’un badge officiel?

[11]: Jamais les gens malhonnêtes et autres parasites ne pourront être une majorité, car il n’y aurait plus assez de proies pour tous les nourrir. D’expérience historique, les classes privilégiées (noblesse et clergé, nomenklatura communiste, fonctionnariat bureaucratique) ne peuvent jamais atteindre quelque chose comme 30% de la population sans que le surplus de la classe nominalement privilégiée dusse être transférée du côté des exploités et travailler utilement, les privilèges érodés ne suffisant plus à leur assurer une vie oisive.

[12]: Les enclaves territoriales où règnent des criminels sont au contraire la réalité du monde des polices étatiques, où chaque état et chaque dictateur peut à loisir opprimer la population sur « son » territoire tel que reconnu par les autres états, qui se font complice de l’étouffement de toute résistance.

[13]: Lire à ce sujet de Henri Lepage La nouvelle économie industrielle.

[14]: Quand les policiers sont présentés comme défenseurs de l’Ordre, il ne faut jamais manquer de se poser ces questions: de quel « ordre » les policiers sont-ils défenseurs? si tant est qu’un ordre souhaitable est bien défini, les policiers sont-ils toujours dignes de confiance? Défendent-ils les intérêts des citoyens, ou ceux du pouvoir politique? Si, circonstanciellement, les agents de l’ordre se trouvent reconnus comme tel par la majorité du public, cela est-il une garantie pour la minorité actuelle? ou pour la majorité future? voire même pour la majorité actuelle elle-même, dans son ignorance rationnelle des enjeux politiques? Cela rend-il plus juste les lois qu’ils défendent, ou contribue-t-il à faire appliquer des lois iniques? Les États policiers et totalitaires commencent toujours par un désarmement de la population: une fois retiré ce frein au pouvoir, plus rien ne prévient son irrésistible croissance — au nom de la punition de coupables de crimes réels ou fictifs que le désarmement lui-même suscite, on enfermera les innocents dans une prison de plus en plus étroite. L’histoire de la police moderne est intéressante, en ce que cette institution n’est absolument pas apparue comme un moyen de lutte contre le crime, mais bien comme un moyen de contrôle de la population par le pouvoir en place. Voir par exemple cet article de Kristian Williams: The Demand for Order and the Birth of Modern Policing.

[15]: Toute intervention dans la vie d’autrui se fait forcément au détriment des préférences des citoyens opprimés, que le principe même de l’intervention consiste à écraser — à commencer par les citoyens taxés pour payer la coûteuse intervention dont ils se seraient bien passés (preuve en étant que la législation doit les forcer à payer). Toute réglementation économique n’est que le moyen pour les politiciens de donner un avantage aux grands groupes industriels établis au détriment des concurrents potentiels et des petits entrepreneurs, la réglementation du travail servant surtout à enfermer la majorité dans le carcan du salariat. Tout « sauvetage » financier n’est que le transfert direct de richesse dépouillant les travailleurs productifs pour engraisser les actionnaires « sauvés » et donner du pouvoir aux administrateurs « publics » qui vont gérer la manne.

[16]: On lira utilement ce court mais éclairant texte de Pierre Lemieux, Why Should We Follow Rules? From shaving in the morning to restraining Leviathan.

Pour une étude approfondie du sujet, La liberté et le Droit de Bruno Leoni explique comment le Droit fonctionne largement en absence de Législation, et comment la Législation contredit les autres principes du Droit. Si ce livre ne tente pas ouvertement de réfuter toute légitimité à la Législation, il n’en sape pas moins tous les prétextes habituels par lesquels celle-ci est présentée comme la source du Droit.

[17]: Comme théoricien de la justice comme équilibre de forces voir notamment Émile Faguet.

[18]: Voir, de Christian Michel, Faut-il punir les criminels? et autres articles sur liberalia.com.

[19]: Au sujet de la mutualisation des risques, et de ce progrès qu’est la spécialisation des tâches dans la couverture des risques, voir des salaires de Bastiat.

[20]: Lire par exemple de Claude Reichman Il faut en finir avec l’impunité des magistrats.

[21]: À vrai dire, le terme nation n’est initialement appliqué qu’à la seule race dominante, infime minorité constituée par cette armée de conquérants. Ce n’est qu’au fil des siècles, que le terme perd cette discrimination pour s’appliquer à tous les habitants de l’empire conquis: les dominants se multiplient aux dépens des dominés, jusqu’à devenir trop nombreux pour tous pouvoir vivre du seul vol de resources; leur race se dilue par le métissage; des descendants des vaincus, ceux qui sont arrivés socialement revendiquent les mêmes privilèges que les descendants des vainqueurs; bientôt tous se réclament de la nation conquérante, nul ne se réclame des victimes conquises; les Francs laissent place aux Français; le terme « nation » prend son acception moderne. Cela n’enlève rien à l’origine monstrueuse du terme, ni au caractère criminel de l’état que la conquête installe.

[22]: J’ai étudié ce genre d’argument fallacieux dans un précédent essai, où je l’ai baptisé du nom de sophisme comptable.

[23]: Note aux lecteurs québécois: en France, le nom « libéral » désigne encore les idées libérales classiques, et non pas la social-démocratie comme dans les pays anglo-saxons. Par contre, personne ne connaît rien des idées libérales, cependant que l’éducation Nationale et les médias Nationaux font bien comprendre à tous que ces idées sont des choses vilaines pas belles qui ne méritent pas le détour et doivent être condamnées sans les connaître. Le résultat est que même les personnes qui se sentent libérales sont peu éduquées sur le libéralisme tout autant que conditionnées par le matraquage intellectuel ambiant, et ont du coup des positions par trop incohérentes, leur libéralisme s’extrayant avec peine de la gangue de boue social-démocrate.

[24]: « Régalien » signifie que ces fonctions sont initialement des prérogatives du roi. La façon dont la royauté a émergé, en France, en Angleterre, et partout ailleurs, est bien documentée: asservissement de nations entières, massacres gigantesques, villes dépeuplées et provinces rasées de fond en comble. Vraiment, le nom de régalien est tout aussi honteux que tous les titres de soi-disant « noblesse ». Il est le sceau du crime impuni, du banditisme parvenu, de l’ignominie conquérante, de l’oppression victorieuse, de la domination impudente.

[25]: C’est au contraire Rousseau, cet inspirateur de tous les étatistes, qui a popularisé ce mythe absurde du « bon sauvage ».

[26]: Lire de Frédéric Bastiat les Harmonies Économiques.


À propos gidmoz
libertarien, ingénieur

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