Axiomatique normative, par Hans-Hermann Hoppe et François Guillaumat

Axiomatique normative
Hans-Hermann Hoppe et François Guillaumat
http://heresie.org/axiomatique_normative.html

I. L’Ecole autrichienne, courant von Mises

(Hans-Hermann Hoppe)

En fait, l’École autrichienne représente la plus ambitieuse de toutes les formes du rationalisme social, elle qui affirme inflexiblement qu’il existe une connaissance a priori, non hypothétique de la réalité dans les sciences sociales, et que ce sont son éthique et sa théorie économique (qui intègrent cette connaissance) qui ont le même statut que la logique et la protophysique comme les fondements absolument indispensables de toute recherche sociale empirique. Bien plus, l’École autrichienne et elle seule a validé cette affirmation en présentant un système descriptif de l’économique et de l’éthique complètement développé, cohérent et complet.

Indirectement, l’affirmation centrale de l’École autrichienne a déjà été prouvée. La réfutation du positivisme qui précède a démontré que, alors qu’on ne peut pas concevoir la connaissance et l’action comme déterminées (c’est-à-dire pouvant être prédits sur la base de variables effectives opérant sur un mode invariant au cours du temps), toute action, en vertu du fait qu’elle entend réaliser un objectif déterminé, présuppose une réalité physique structurée par une causalité déterministe. A l’évidence, cet aperçu représente en lui-même un exemple parfait de la possibilité d’une connaissance non hypothétique de la société : elle énonce à propos de l’action un postulat dont aucun acteur ne pourrait imaginer qu’il soit controuvé, parce qu’il faudrait en fait présupposer qu’il est valide pour seulement tenter de prouver le contraire. L’approche autrichienne se borne en fait à affirmer qu’en réfléchissant, nous avons pu arriver à bien d’autres conclusions, également irréfutables par toute personne agissante, sur ce que le fait d’agir implique et présuppose.
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limitation du crédit en freebanking

En freebanking, une unité de monnaie, un billet de banque est un instrument financier émis par la banque. Cet instrument financier est une promesse de la banque envers chaque possesseur d’une unité de monnaie. Pour une monnaie convertible en or, l’unité de monnaie pourra être la promesse que cette banque verse un gramme d’or. Il existera ainsi une limite théorique de la masse des crédits. Cette limite est liée à la quantité d’or que peuvent livrer les banques.

Un crédit enrichit la banque et enrichit l’emprunteur. Sinon, l’un des deux refuserait. En freebanking, cet échange ne peut pas nuire à des tiers. C’est logiquement impossible de nuire aux biens d’autrui lorsqu’on vend ou qu’on achète ses biens.

En freebanking, le fonctionnement économique s’apparente à un système de troc dans un cycle semblable au cycle de Say. Si le prix d’une chose augmente, c’est un signal donné aux producteurs pour produire davantage. Cela n’a rien à voir avec une inflation des prix.

En freebanking, une banque fait crédit si elle est capable d’honorer sa promesse de verser la contrepartie de la monnaie émise. Sinon, elle ne fait pas crédit. Chaque emprunt enrichit l’emprunteur et enrichit la banque. Sinon, l’un des deux refuserait. C’est la seule limite à la création monétaire en freebanking.

Si, ensuite, certaines banques émettent des monnaies fondées sur le platine, il y aura plus de crédits supplémentaires. Plus de gens seront ainsi enrichis par l’usage de cette nouvelle monnaie, par ces nouveaux crédits.

La masse de platine utilisée pour la monnaie réduira l’activité industrielle liée au platine. Le marché a préféré utiliser cette masse de platine pour un usage monétaire plutôt que pour dans une activité industrielle. Cela signifie que cette activité bancaire et monétaire crée plus de valeur que l’activité industrielle.

Ainsi, si les monnaies n’utilisent que l’or et le platine, le crédit sera limité par la quantité d’or et de platine utilisée par l’activité monétaire. Plus la quantité de biens servant de monnaie sera grande, plus le crédit augmentera. Chaque crédit supplémentaire est une double création de richesse. Et sans aucune inflation des prix.

Il faut généraliser ce premier résultat. Tout bien peut servir de monnaie, sans exception. C’est ce que rappelle utilement la doctrine des effets réels. Pour être plus précis, il est possible d’inventer un instrument financier fonctionnant comme une monnaie à partir de n’importe que type de bien.

La quantité de monnaie émise par une banque peut valablement s’appeler sa « masse monétaire ». On peut tenter d’évaluer la somme des masses monétaires de chacune des banques. On peut lui donner le nom de « masse monétaire totale ». Cette masse monétaire totale sera limitée par la fraction des biens que les marchés affecteront à un usage monétaire.

La valeur totale des biens sur la planète est mille fois les masses monétaires actuelles. Il n’est évidement pas question que la totalité des biens mondiaux servent de monnaie. Ce serait un raisonnement systémique fautif. La marché est réaliste. Il a besoin d’une infime partie de ces biens mondiaux pour disposer de suffisamment de monnaie. Le marché affecte une infime partie de ces biens à un usage monétaire. Il n’y a donc pas de limite, a priori, à l’accroissement des crédits, ni à la masse monétaire totale. Et cette augmentation des crédits augmente la création totale de richesse.

En d’autres termes, en freebanking, une certain pourcentage de nombreux types de biens sont utilisés pour garantir des monnaies. Ce pourcentage est arbitré par les marchés. Si la richesse créée par l’utilisation monétaire d’un bien est suffisante, alors ce bien quittera son utilisation originelle pour servir de garantie à une monnaie.

En freebanking, les crédits fait par une banque prêteuse est limitée par la quantité des biens promis par son contrat d’émission monétaire. Mais, de plus, la banque est limitée par la disponibilité de ces biens à une échéance égale à l’échéance des prêts.

Une banque peut inventer toutes sortes d’instruments financiers susceptibles de servir de monnaie. L’étalon de valeur de la monnaie choisit par la banque n’est pas toujours de la même nature que les biens garantissant son contrat d’émission monétaire. Toutes sortes de biens peuvent servir à garantir la valeur d’une émission monétaire. Plus ces biens sont vendables, mieux ils s’adapteront à l’exigence de vendabilité définie dans le contrat d’émission monétaire. Un bien coté sur un marché organisé a une meilleure vendabilité.

Le théorème de régression de Mises nous rappelle, à chaque instant, que tout bien à usage monétaire tire sa valeur de son utilisation non monétaire.

monnaie, liquidité et panier de commodities

Une monnaie est un bien échangeable dont la valeur est suffisamment stable. En tendance, la valeur d’un bien tend vers son cout de production. Une monnaie se référence toujours à la valeur d’un bien. Ou à la valeur d’un panier de plusieurs biens identifiés. La stabilité de la valeur provient nécessairement de la banalité du bien servant de référence à la monnaie.

La valeur de l’or, comme toute autre production minière, tend nécessairement vers son cout moyen d’extraction, mais sans jamais l’atteindre. La différence est le profit espéré par les investisseurs-producteurs d’or. Lorsque la valeur de l’or monte pour des raisons spéculatives, il ne faut pas oublier que cette valeur retombera un jour vers un coût d’extraction bien inférieur.

Ludwig Von Mises énonça son théorème de la régression de la monnaie. « La valeur d’une monnaie provient de la valeur du bien lorsqu’il ne servait pas de monnaie ». L’usage d’un bien comme monnaie augmente sa demande, donc son prix, puis sa production. Puis, le prix tend à nouveau vers le cout d’extraction du bien. Si la demande monétaire augmente à nouveau, le même processus recommence. Mais si la demande monétaire sur ce bien diminue, le prix du bien baissera.

L’or a aujourdhui un rôle prépondérant pour certains investisseurs. Un autre bien pourrait servir de réserve de valeur stable. Un panier de commodities, par exemple. Un tel panier pourrait venir détrôner l’or. La valeur de ce panier de commodities serait proche des cours moyens de ces commodities. Certaines études du CRB, Commodities Research Bureau, montre une grande stabilité à long terme sur les prix des commodities. C’est bien logique à long terme. Le prix d’une commodity est fondé sur son cout de production. Une telle production provient du travail et de l’investissement. Cette production utilise des technologies très diverses. Le fait que ces couts de production varient de manière semblable aux indices de prix moyens n’est donc pas un hasard fortuit.

Un tel panier de commodities serait donc un excellent candidat pour fonder une nouvelle monnaie plus stable que l’or, plus sérieuse que les monnaies de Banque Centrales. Mais des ingénieurs financiers imagineront des milliers de formules différentes pour construire un tel panier de commodities. Nul ne peut deviner quel panier sera le meilleur. Et le meilleur pour quelles catégories d’usagers?

On retrouve ici la nécessité du free banking pour expérimenter de tels paniers de commodities. La nécessité de laisser chaque banque choisir de créer librement une monnaie. On retrouve la nécessité de laisser à chaque investisseur le choix de sa monnaie. La liquidité ne sera plus de la monnaie de Banque Centrale, mais tout bien, tout titre, ayant une bonne vendabilité et un cours mondial.

interventionnisme et destructionisme

Tout échange contractuel crée de la valeur pour les deux co-échangeurs. Tout échange commercial crée de la richesse pour le vendeur et crée de la richesse pour l’acheteur. Aucun tiers ne subit de préjudice du fait qu’un bien appartienne à Monsieur A ou bien soit transféré à Monsieur B. Lorsque l’un échange son bien avec l’autre, un tel échange ne peut donc pas nuire à un tiers. Cette double création de richesse de chaque échange est le premier moteur de la création de la richesse dans le monde.

Une intervention de l’État est toujours une interdiction d’échanger ses biens ou ses services. Cette intervention détruit la richesse qui aurait été créée par les échanges qu’elle interdit.

De plus toute intervention de l’État est financée par l’impôt. Tout impôt est de l’argent pris à un contribuable et dépensé par un représentant de l’État, et obéissant à une décision politique. Chacun dépense plus utilement son propre argent que l’argent des autres. L’argent de l’impôt ainsi dépensé par l’État produit donc moins de valeur que s’il avait été dépensé par le contribuable. Moins l’État intervient plus la quantité de richesse créée est grande. 

Un deuxième processus de l’action humaine explique cette inévitable destruction de valeur de toute intervention étatique.

« Tout impôt détruit une production égale à son montant ». C’est une loi de l’économie en théorie des choix publics. Cette loi est soutenue par certains économistes libertariens. Elle est profondément fondée et juste. Cette loi provient de deux constations. 

D’une part, le contribuable réagit à l’impôt en produisant moins. Lorsqu’on applique la règle habituelle des marchés[équilibre de Pareto] au comportement du contribuable, le contribuable aura tendance à dépenser 80 pour éviter de payer 100. Et ces 80, sont ainsi dépensés à réagir à l’impôt, sans vraie production. En effet consacrer du temps uniquement pour réduire son impôt est du temps qui ne profite à personne, qui ne produit aucune richesse pour personne. Le contribuable aurait pu dépenser cette énergie, ce temps passé à créer une vraie valeur. Ces 80 ainsi dépensé par le contribuable sont une destruction de valeur.

D’autre part celui qui veut bénéficier d’une subvention dépense de l’énergie pour obtenir cette subvention versée par l’État. Il peut réussir ou échouer dans cette tentative d’obtenir une subvention. Lorsqu’on applique la règle habituelle des marchés au comportement du bénéficiaire, le bénéficiaire de la subvention dépenser 80 pour obtenir 100. Et ces 80, ainsi dépensés en temps, en énergie, en argent, sont une fausse production, ne sont pas une vraie production. Ces 80 dépensés par le bénéficiaire pour obtenir la subvention n’ont pas créé de vraies richesses.

Ainsi 100 euros d’impôt auront détruit 80 à cause du contribuable qui n’aura choisit de ne pas produire une production utile. Et lorsque ces 100 euros sont distribués, un phénomène symétrique se produit chez le bénéficiaire. le bénéficiaire produit 80 de fausse production au lieu de produire 80 de vraie production. Il pourrait ainsi exister jusqu’à 160 détruit pour un prélèvement d’un impôt égal à 100.

Le chiffre 80 illustre un raisonnement, illustre une tendance logique. Ce chiffre de 80 est destiné à faire comprendre ce double mécanisme de destruction de la production par l’État. Néanmoins, lorsqu’on approfondit chaque dossier de chaque action de l’État, l’État détruit effectivement une production égale au montant de l’impôt. L’économiste Von Mises qualifiait l’interventionnisme de « destructionisme ».