freebanking contre Banque Centrale

Le vrai but d’un système de Banque Centrale est de permettre à l’État un endettement excessif. La vraie question n’est donc pas le choix du type de système de Banque Centrale. Le vrai débat monétaire est entre le freebanking et un système de Banque Centrale.

Le freebanking est la seule manière d’avoir une monnaie saine, sans risque systémique, avec un crédit abondant et beaucoup moins cher. En freebanking, chaque unité de monnaie est la promesse commerciale d’un gramme d’or ou d’autre chose. Le freebanking n’est pas un système puisqu’il est un marché.

En freebanking, tout bien peut devenir une monnaie. La doctrine des effets réels du 18e siècle le disait déjà. C’est encore vrai. En freebanking, une liquidité est la commodity qui sert à définir la valeur d’une monnaie. La liquidité d’une monnaie est stipulée dans le contrat-promesse qui définit chaque unité de monnaie.

Un des couts de production de la monnaie est l’organisation d’un marché organisé pour un bien utilisable comme sous-jacent d’une monnaie. Il importe qu’une liquidité ait une bonne vendabilité. Un panier de biens peut servir de sous-jacent à une monnaie. Un indice complexe peut aussi servir à définir la valeur d’une monnaie. La banque émet alors une monnaie qui est un titre financier complexe.

Il y a des écarts de cours entre chaque monnaie. C’est un cout d’utilisation des monnaies. En freebanking, les couts d’utilisation d’une monnaie sont de nature très différentes des couts de la monnaie dans un système de Banque Centrale.

La masse des biens susceptibles de fonder la valeur d’une monnaie est bien supérieure à toute demande de monnaie. Ce qui signifie que la masse des crédits peut augmenter de manière illimitée. Ou plutôt, chaque banque limite ses émission de monnaie selon le risque de variation des cours du sous-jacent de sa monnaie.

L’augmentation des masses monétaires n’occasionne aucune augmentation des prix. Là encore, le freebanking est différent d’un système de banque centrale. Ce n’est pas parce que le blé serait un moyen d’échange que la quantité du blé mondial augmenterait la masse monétaire. Ou plutôt, cette masse de blé mondial augmente la masse monétaire, mais sans aucune incidence sur les prix.

L’économiste habitué au système de Banque Centrale sera surpris par cette indépendance entre masse monétaire et augmentation des prix en freebanking. Ce n’est pas parce que j’ai le droit de payer en sac de blé que, soudain, tous les sacs de blés du monde provoqueraient une inflation mondiale des prix. Tout bien peut se transformer en intermédiaire d’échange sans induire aucune augmentation des prix.

Le concept de masse monétaire de toutes les monnaies de toutes les banques n’a donc aucun sens en freebanking. En effet, tout bien est, a priori, une monnaie, la masse monétaire mondiale serait ainsi la masse des biens vendables. On voit bien que ce concept de masse monétaire mondial n’a plus de sens en freebanking.

Il est facile de montrer que le cout d’un emprunt est, a priori, bien moins grand en freebanking. Et sans inflation des prix. Et sans aucun risque systémique.

prets bancaires illimités

Les écritures comptables enregistrent des actes de transfert de propriétés. Un enregistrement comptable ignore presque tout du contexte contractuel de ce transfert. La comptabilité est souvent aveugle à la réalité économique des actes de gestion. Il me semble donc préférable de parler de ces actes de gestion plutôt que de leur enregistrement comptable.

Prenons l’exemple d’un emprunt de 10000 euros, mais sans parler de comptabilité. Après l’emprunt, la banque possède une reconnaissance de dette, une créance sur l’emprunteur. Et l’emprunteur possède 10000 euros.

La reconnaissance de dette a de la valeur. En effet, on peut la vendre, on peut l’acheter. Le prêt bancaire fait apparaître ainsi une nouveau bien, qui est la créance sur l’emprunteur. C’est l’apparition d’une nouvelle marchandise.

Mais cette nouvelle créance est fondée sur une richesse qui pré-existait, c’est à dire sur la capacité de produire de l’emprunteur. Cette créance est ainsi la transformation d’une capacité de produire de l’emprunteur en titre financier.

De même une titrisation est fondée sur une valeur pré-existante. La titrisation fait apparaître une valeur pré-existante. C’est une nouvelle marchandise. La plupart des biens existants ne sont pas à vendre. Mais, lorsque leur propriétaire les met en vente, il les transforme en marchandises.

Certains s’étonnent que la banque enregistre cette reconnaissance de dette à l’actif. C’est pourtant bien logique puisque cette créance sur l’emprunteur a de la valeur. Elle s’ajoute donc aux autres valeurs possédées par la banque.

Contrairement à ce qu’on peut penser, la banque ne peut pas procéder ainsi à un nombre illimité de prêts bancaires. En effet, si l’emprunteur ne rembourse pas, la banque perd la somme prêtée. La banque ne prête que si elle juge que l’emprunteur est capable de rembourser. Donc elle limite ses prêts aux seuls emprunteurs capables de rembourser.

Néanmoins, il y a beaucoup de vrai dans cette idée. Il faut s’étonner de la raison pour laquelle la quantité de monnaie prêtée par la banque serait arbitrairement limitée. La limite provient aujourdhui du monopole monétaire du système de Banque Centrale. Dans un tel système, la liquidité est produite à coût nul par la Banque Centrale.

En freebanking, une telle limite de la quantité des emprunts n’existe pas. En effet, la liquidité est alors coûteuse à produire. En freebanking, la liquidité est la transformation de biens en marchandises très vendables. Une marchandise cotée sur un marché organisé a une meilleure vendabilité. Cette transformation des condition de vente de cette marchandise a souvent un coût de production. C’est ce coût de production de la liquidité qui limite la masse des prêts bancaires d’une banque en freebanking.

prêt bancaire en freebanking

L’école autrichienne propose un raisonnement logique pour décrire les conséquences d’un prêt bancaire. Ce raisonnement est exact à condition que la quantité de facteurs de production reste la même. Cette condition est évidemment remplie dans la cas d’une monnaie de Banque Centrale. En effet, lorsqu’elle crée de la monnaie, une Banque Centrale ne mobilise aucun capital dormant supplémentaire. La création de monnaie ne crée pas le bien qui sera demandé en échange de la monnaie créée. Et c’est la raison pour laquelle votre commentaire est exact.

Tout prêt bancaire a un certain montant et une certaine échéance. Dans une zone de freebanking, ce prêt bancaire n’est possible que lorsqu’un créancier immobilise son actif pour devenir rentier. Cette immobilisation d’actif a le même montant et la même échéance que ce prêt bancaire. Lorsqu’elle crée de la monnaie, une banque en freebanking a trouvé un moyen de collaborer avec ce capitaliste-rentier. Sinon, elle ne prête pas de monnaie pour ce montant et pour cette échéance.

Cet actif ainsi immobilisé aura une bonne vendabilité. Il sert de base pour une monnaie d’échange. Ainsi, une création monétaire en freebanking correspond à une mobilisation supplémentaire de capital suffisamment vendable. C’est la raison pour laquelle, en freebanking, la limite de la création monétaire est la quantité de capital que les capitalistes acceptent d’immobiliser pour devenir rentier.

La masse des capitaux mondiaux est 1000 fois les masses monétaires. Un bien aura une bonne vendabilité s’il est possible d’inventer un instrument financier permettant de le coter sur une Bourse. La création des sociétés de Bourse, spécialisées, serait une manière d’augmenter la vendabilité des capitaux. Ce qui permettrait d’augmenter la masse de capital ayant une bonne vendabilité. Ce qui augmenterait les masses monétaires, le crédit, donc la croissance.

Je ne parle pas, ici, de la question de l’étalon de valeur de la monnaie. La question de cet étalon de valeur est différent de mon propos ci-dessus. Cet étalon peut être une commodity, ou un instrument financier ad hoc.

En système de Banque Centrale, le travail de prêteur d’une banque est essentiellement de vérifier la fiabilité de l’emprunteur. La seule liquidité est alors la monnaie de Banque Centrale. Le cout de production de cette liquidité est quasi nul, puisqu’elle provient de la Banque Centrale. [La quasi nullité apparente du coût de production de la liquidité induit des destructions dans l’activité économique]

En freebanking, le travail de la banque est évidemment de trouver des emprunteurs fiables. Mais ce travail est, aussi, de trouver des créanciers à long terme. Cette obligation-là de la banque est inexistante en système de Banque Centrale. La Banque Centrale joue le rôle du créancier à long terme, nécessaire à la production de monnaie.

monnaie, liquidité et panier de commodities

Une monnaie est un bien échangeable dont la valeur est suffisamment stable. En tendance, la valeur d’un bien tend vers son cout de production. Une monnaie se référence toujours à la valeur d’un bien. Ou à la valeur d’un panier de plusieurs biens identifiés. La stabilité de la valeur provient nécessairement de la banalité du bien servant de référence à la monnaie.

La valeur de l’or, comme toute autre production minière, tend nécessairement vers son cout moyen d’extraction, mais sans jamais l’atteindre. La différence est le profit espéré par les investisseurs-producteurs d’or. Lorsque la valeur de l’or monte pour des raisons spéculatives, il ne faut pas oublier que cette valeur retombera un jour vers un coût d’extraction bien inférieur.

Ludwig Von Mises énonça son théorème de la régression de la monnaie. « La valeur d’une monnaie provient de la valeur du bien lorsqu’il ne servait pas de monnaie ». L’usage d’un bien comme monnaie augmente sa demande, donc son prix, puis sa production. Puis, le prix tend à nouveau vers le cout d’extraction du bien. Si la demande monétaire augmente à nouveau, le même processus recommence. Mais si la demande monétaire sur ce bien diminue, le prix du bien baissera.

L’or a aujourdhui un rôle prépondérant pour certains investisseurs. Un autre bien pourrait servir de réserve de valeur stable. Un panier de commodities, par exemple. Un tel panier pourrait venir détrôner l’or. La valeur de ce panier de commodities serait proche des cours moyens de ces commodities. Certaines études du CRB, Commodities Research Bureau, montre une grande stabilité à long terme sur les prix des commodities. C’est bien logique à long terme. Le prix d’une commodity est fondé sur son cout de production. Une telle production provient du travail et de l’investissement. Cette production utilise des technologies très diverses. Le fait que ces couts de production varient de manière semblable aux indices de prix moyens n’est donc pas un hasard fortuit.

Un tel panier de commodities serait donc un excellent candidat pour fonder une nouvelle monnaie plus stable que l’or, plus sérieuse que les monnaies de Banque Centrales. Mais des ingénieurs financiers imagineront des milliers de formules différentes pour construire un tel panier de commodities. Nul ne peut deviner quel panier sera le meilleur. Et le meilleur pour quelles catégories d’usagers?

On retrouve ici la nécessité du free banking pour expérimenter de tels paniers de commodities. La nécessité de laisser chaque banque choisir de créer librement une monnaie. On retrouve la nécessité de laisser à chaque investisseur le choix de sa monnaie. La liquidité ne sera plus de la monnaie de Banque Centrale, mais tout bien, tout titre, ayant une bonne vendabilité et un cours mondial.