La monnaie, un bien comme les autres?

La Monnaie est-elle pas un bien comme les autres? C’est un débat sur la nature juridique de la monnaie.

Jusqu’au 19e siècle, la monnaie était un bien ordinaire. C’était l’or, ou l’argent ou d’autre biens rendant plus pratiques les échanges commerciaux. Le bol de blé fut aussi une monnaie usuelle dans certains villages pauvres. Et le blé est un bien ordinaire, un bien comme les autres.

Une unité de monnaie importante fut le gramme d’or. Puis du 18e et 19e siècle, l’unité de monnaie fut parfois la promesse d’un gramme d’or. C’est à dire un billet de banque émis par une banque commerciale ou par une banque étatique. Pendant toute ces longues périodes, la monnaie était un bien ordinaire. L’or ou l’argent sont des biens ordinaires. La promesse commerciale d’un gramme d’or est un bien ordinaire. Donc un billet d’une banque commerciale est un bien ordinaire.

D’autre part il y eut les dizaines de périodes de banques libres à partir du 18e siècle dans presque tous les pays riches. L’État ne produisait pas la monnaie, et ne la contrôlait pas. L’unité de monnaie était alors une promesse commerciale ordinaire faite par une banque. Et cette promesse avait une valeur. C’était la valeur de la monnaie. Une promesse est un bien comme un autre. Un titre financier est une promesse commerciale faite par un commerçant. le titre financier est un bien comme un autre.

Ces quelques exemples suffisent, amha, à affirmer que la monnaie, que l’unité de monnaie, fut un bien comme les autres jusqu’à la fin du 19e siècle. Puis, la monnaie a changé de nature juridique au 20e siècle. La monnaie est devenue la création administrative d’un État agissant par le truchement d’une Banque Centrale.

La monnaie pourrait-elle redevenir un bien ordinaire? La monnaie pourrait-elle cesser d’être la création administrative d’une Banque Centrale? Une monnaie étatique utilisant l’étalon-or provoquerait, amha, une catastrophe économique pire que la monnaie actuelle.

Thomas Mayer, chef économiste à la Deutche Bank, parlait d’un panier de commodities comme base de la monnaie. C’est dans cette voie qu’est, amha, la meilleure formule pour la future monnaie. A condition de cesser d’interdire le free-banking. En effet, seule la concurrence des monnaies révèlera les compositions des meilleurs paniers de commodities. Et chaque unité de monnaie redeviendra un bien comme les autres.

monnaie, liquidité et panier de commodities

Une monnaie est un bien échangeable dont la valeur est suffisamment stable. En tendance, la valeur d’un bien tend vers son cout de production. Une monnaie se référence toujours à la valeur d’un bien. Ou à la valeur d’un panier de plusieurs biens identifiés. La stabilité de la valeur provient nécessairement de la banalité du bien servant de référence à la monnaie.

La valeur de l’or, comme toute autre production minière, tend nécessairement vers son cout moyen d’extraction, mais sans jamais l’atteindre. La différence est le profit espéré par les investisseurs-producteurs d’or. Lorsque la valeur de l’or monte pour des raisons spéculatives, il ne faut pas oublier que cette valeur retombera un jour vers un coût d’extraction bien inférieur.

Ludwig Von Mises énonça son théorème de la régression de la monnaie. « La valeur d’une monnaie provient de la valeur du bien lorsqu’il ne servait pas de monnaie ». L’usage d’un bien comme monnaie augmente sa demande, donc son prix, puis sa production. Puis, le prix tend à nouveau vers le cout d’extraction du bien. Si la demande monétaire augmente à nouveau, le même processus recommence. Mais si la demande monétaire sur ce bien diminue, le prix du bien baissera.

L’or a aujourdhui un rôle prépondérant pour certains investisseurs. Un autre bien pourrait servir de réserve de valeur stable. Un panier de commodities, par exemple. Un tel panier pourrait venir détrôner l’or. La valeur de ce panier de commodities serait proche des cours moyens de ces commodities. Certaines études du CRB, Commodities Research Bureau, montre une grande stabilité à long terme sur les prix des commodities. C’est bien logique à long terme. Le prix d’une commodity est fondé sur son cout de production. Une telle production provient du travail et de l’investissement. Cette production utilise des technologies très diverses. Le fait que ces couts de production varient de manière semblable aux indices de prix moyens n’est donc pas un hasard fortuit.

Un tel panier de commodities serait donc un excellent candidat pour fonder une nouvelle monnaie plus stable que l’or, plus sérieuse que les monnaies de Banque Centrales. Mais des ingénieurs financiers imagineront des milliers de formules différentes pour construire un tel panier de commodities. Nul ne peut deviner quel panier sera le meilleur. Et le meilleur pour quelles catégories d’usagers?

On retrouve ici la nécessité du free banking pour expérimenter de tels paniers de commodities. La nécessité de laisser chaque banque choisir de créer librement une monnaie. On retrouve la nécessité de laisser à chaque investisseur le choix de sa monnaie. La liquidité ne sera plus de la monnaie de Banque Centrale, mais tout bien, tout titre, ayant une bonne vendabilité et un cours mondial.

chute prévisible du cours de l’or

La valeur de l’or provient des usages non monétaires de l’or, du moins à l’origine. C’est à dire la joaillerie et l’industrie. Ainsi votre voisine aime les bijoux en or. La demande d’or purement monétaire provient de gens qui n’aiment pas l’or pour lui-même, mais comme une quasi-monnaie.

Un monopole étatique de la monnaie est tout aussi absurde que le serait un monopole étatique de la fabrication des chaussures. La seule cause des dysfonctionnements répétés du système monétaire est le monopole étatique de la monnaie. Le free banking, c’est à dire la dénationalisation des monnaies est nécessaire.

Le gout actuel pour l’or provient directement d’une crainte pour la valeur des monnaies étatiques. Beaucoup craignent que ces monnaies perdent une partie de leur valeur. Alors ils achètent de l’or. A mon avis, l’or est la pire des monnaies envisageables, car la demande monétaire excède beaucoup la demande naturelle en joaillerie et en industrie. Un écrasement de la valeur de l’or est certain dans un certain délai. Tout dépend de la durée de cette mode passagère de l’or.

Certains économistes pensent qu’une bonne monnaie serait fondée sur un panier de biens de consommations, ou sur un panier de commodities. Ainsi, chaque unité de monnaie représenterait des vraies marchandises produites avec du travail et des investissements. Et dans de nombreux secteurs de l’activité humaine. Un tel panier suit d’assez près les prix réels moyens des indices de prix. A condition d’en exclure l’or. Un tel panier de biens est, amha, un des bons choix possible pour fonder une nouvelle monnaie. A condition que l’Etat cesse de créer ou de contrôler la monnaie, qu’il cesse de se mêler de monnaie.

Ron Paul et l’étalon-or

Je suis libertarien, donc j’aime bien Ron Paul, Sénateur US libertarien. Mais je ne suis pas d’accord avec son option de l’étalon-or. La seule cause initiale des dysfonctionnements monétaires est, amha, que l’Etat contrôle la monnaie, que l’Etat dispose d’un monopole monétaire. L’Etat est l’ours gourmand qui a la garde du pot de miel. Il ne résiste pas longtemps aux pressions dépensières, à l’endettement excessif.

Un étalon-or n’éviterait pas ce risque car l’Etat, au premier prétexte, contourne la discipline vertueuse de l’étalon-or. Le pseudo étalon-or du 20e siècle n’a pas empêché les monnaies de perdre 90% à 99% de leur valeur.

Seul le free banking peut fournir une monnaie stable et sans risque de fraude. Chaque banque peut créer sa monnaie. Chacun peut créer sa banque sans autorisation de l’Etat. Comme on ouvre une épicerie. Von Mises et Hayek, de l’école autrichienne d’économie, plaidaient pour le free banking, pour la dénationalisation de la monnaie.

De plus, l’étalon-or me semble être le pire des étalons de valeur pour une monnaie, car l’or est trop volatil. Le théorème de régression de Von Mises rappelle utilement que la valeur fondamentale de la monnaie provient de l’utilité non monétaire du produit. La trop grande valeur de l’or est principalement due à son usage actuel de quasi-monnaie, et non pas des utilités non monétaires de l’or(joaillerie, industrie).

Un panier de biens de consommation cotées sur un marché mondial, ou un panier de commodities, serait, amha, un bien meilleur étalon de valeur d’une monnaie. Un tel panier représente alors le travail et l’investissement dans de nombreux secteurs économiques. Depuis 50 ans, sa valeur suit assez bien les indices des prix réels moyens des biens. A condition d’en exclure l’or.

Le chef économiste de la Deutsch Bank, Thomas Mayer, partage cet intérêt pour une monnaie fondée sur un panier de biens de consommation. Il affirme être de l’école autrichienne d’économie.http://www.contrepoints.org/2011/10/04/48782-en-economie-je-suis-autrichien