coût de production de la monnaie

La valeur d’une chose pour un individu provient de son jugement sur cette chose. La valeur de cette chose est un acte de la pensée. Et plus précisément, c’est un acte de préférence entre deux choses.

La valeur d’un billet de 10 euros a évidement de la valeur pour moi. En effet je préfère recevoir un billet de 10 euros en échange d’un de mes livres déjà lu. Du moins au moment précis où je fais ce jugement de préférence sur ces choses. Ensuite, la raison pour laquelle ce billet de 10 euros a de la valeur pour moi ne concerne pas les tiers.

C’est le théorème de la préférence démontrée de Rothbard. Tout observateur voit que je préfère le billet de 10 euros à mon vieux livre. Tout observateur en déduit donc que, pour moi, le billet de 10 euros a plus de valeur que ce livre.

On voit bien que, pour tous, les euros ont de la valeur. Cette constatation suffit à affirmer avec certitude que la monnaie a de la valeur pour leur possesseurs.

La question du coût de la production de la monnaie est une question symétrique à la question de la valeur de la monnaie pour les utilisateurs.

Reprenons les trois catégories de monnaie. La monnaie-marchandise, la monnaie-promesse, la monnaie de Banque Centrale. La valeur d’une monnaie-marchandise provient du cout de sa production. Un billet de banque du 19e siècle était une “monnaie-promesse”, une promesse de verser un gramme d’or. Cette promesse était alors matérialisée sur un billet de banque ou sur un compte bancaire.

Le cout de production d’un billet de banque du 19e siècle était d’une part l’immobilisation d’un stock d’or, et d’autre part, la rémunération des employés de la banque. Il faut évidement ajouter le cout d’une prime de risque sur la valeur des actifs, sur la valeur des reconnaissances de dettes. Et aussi sir les autres risques industriels classiques.

La troisième catégorie de monnaie est la monnaie de Banque Centrale, dite “monnaie centrale”. Le cout de la production de la monnaie centrale est la rémunération des employés de la Banque Centrale. C’est aussi les couts d’immobilisations des divers actifs, et les couts des risques associés à la possession de ces actifs. C’est aussi les rémunérations de tous ceux qui influencent la création monétaire de la Banque Centrale.

On peut ajouter une quatrième catégorie de monnaie. C’est la pseudo-monnaie crée par une banque de second rang. La BNP par exemple. Ainsi un euro sur le compte bancaire d’un client de la BNP est un “euro-BNP”. Un “euro-BNP” est la promesse de verser un euro de la BCE, dit “euro-BCE”. En effet, un euro sur son compte bancaire n’est pas un “vrai euro”. C’est seulement la promesse de la BNP de verser un euro de la BCE. Cette pseudo-monnaie émise par une banque de second rang est parfois appelée “monnaie secondaire” par les économistes. Chaque banque de second rang émet une “monnaie secondaire” différente.

Le cout de production d’une “monnaie secondaire” n’est pas nul. C’est le cout de la rémunération des employés de la BNP. C’est aussi les divers risques sur la valeur des actifs possédés par la BNP.

On appelle “système de Banque Centrale” l’ensemble d’une Banque Centrale associée aux banques de second rang”. Le cout de production de la monnaie dans un système de Banque Centrale existe. Et ce cout est important.

Une monnaie-marchandise est plus coûteuse à produire qu’une monnaie-promesse. Au moment où les Banques Centrales se sont établies, certains étaient fondés à penser que le cout de production d’une monnaie serait diminués. En effet, grâce au cours légal, un stock d’or bien moindre est nécessaire pour émettre la monnaie. Un économiste malicieux observait que le cout des rémunérations des employés de la Banque Centrale permettrait d’extraire beaucoup d’or. L’avantage apparent d’un moindre stock d’or s’anéantissait aussitôt à cause du seul cout des employés de la Banque Centrale.

Tout monopole légal induit des coûts cachés. C’est la valeur non produite par les entreprises qui n’ont pas pu produire à cause du monopole légal. Le premier but d’un monopole étatique est d’interdire au peuple de voir à quel point une entreprise concurrente peut produire mieux et moins cher. Ce coût caché de monopole est à ajouter aux coûts de production du système de Banque Centrale.

Aristote raisonnait sur les monnaie-marchandises. Il ignorait qu’il existerait les monnaie-promesses, puis les monnaies de banque centrale. Pourtant sa logique était bonne. Son mérite n’en est que plus grand. La valeur d’une monnaie est liée à son cout de production.

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A quoi sert une monnaie ?

Une intéressante interview de l’économiste JP Pollin.

http://bernardthomasson.com/2012/02/17/a-quoi-sert-une-monnaie/

Le commentaire de gidmoz à cette interview:

L’économiste JP Pollin dit que la monnaie serait fondée sur la confiance. C’est inexact. La valeur de la monnaie actuelle est fondée sur l’interdiction des autres monnaies. Pour acheter ou vendre, on est ainsi bien obligé d’utiliser la seule monnaie possible, c’est à dire la monnaie légale. L’État interdit la création de toute autre monnaie que la monnaie légale. D’autre part, l’utilisation d’un devise étrangère subit des frais administratifs qui rend son utilisation plus coûteuse. Ce coût supplémentaire donne un avantage concurrentiel à la monnaie étatique. La monnaie actuelle est un monopole étatique.

Peu avant la fin de cet entierview, JP Pollin commet une erreur sur l’Histoire des monnaies. En effet Pollin dit que les monnaies privées auraient été des “monnaies fondées sur rien”. C’est inexact. Bien au contraire, chaque billet émis était la promesse commerciale de la banque de fournir un gramme d’or. Et une promesse commerciale a de la valeur. En effet, s’il le demandait, chaque utilisateur obtenait son or en échange d’un billet.

Chaque billet de chaque banque était échangeable contre un gramme d’or. Sous la pression de leurs clients, ces banques concurrentes ont été contraintes à collaborer. Chaque jour, les banques se réunissaient pour échanger les billets des autres banques. Chaque banque vendait les billets des autres banques contre des billets à elle, ou bien de l’or. Ou bien contre une dette. C’est l’opération de “compensation” entre banques.

JP Pollin dit qu’une Banque Centrale serait nécessaire pour effectuer une telle compensation. La compensation existe évidement sans aucune Banque Centrale. C’est une erreur totalement incompréhensible pour un économiste de sa qualité.

Les monnaies privées écossaises ont durée 130 ans, de 1715 à 1845. Trente banques concurrentes émettaient chacune leur monnaie, sans Banque Centrale, sans aucun contrôle de l’État écossais. En 130 ans, aucun utilisateur n’a été lésé, malgré la faillite d’une des banques. Et aucune inflation par rapport à l’or, puisque chaque billet était une promesse d’or. L’Écosse était alors plus prospère que l’Angleterre.

JP Pollin comment ensuite une deuxième erreur sur l’Histoire monétaire. JP Pollin dit que les monnaies privées se seraient toujours toujours mal terminées. C’est encore inexact. Je cite ci-dessus le free banking écossais, c’est à dire les monnaies privées, dites encore monnaies libres, ou banques libres. En écosse, c’est l’État Anglais qui a décrété autoritairement la fin de la banque libre écossaise.

JP Pollin appuie son propos en affirmant que l’épisode de monnaie privée française du début du 19e siècle se serait mal terminée. Il y eut en effet, une période française de free banking entre 1797 et 1804. L’État n’intervenait pas. Les banques, toutes privées, émettaient des billets de banque. Chaque billet était une promesse commerciale de verser 1 gramme d’or. Et tout fonctionnait normalement.

Une de ces banques privées françaises appartenait à Napoléon lui-même et à quelques amis très proches. Le nom de cette banque était “la Banque de France”. Napoléon voulait financer ses guerres. Il imposa alors le monopole de la Banque de France. Il envoya ses soldats détruire, manu militari, les presses permettant aux autres banques d’imprimer des billets. Ainsi, Napoléon a pu financer ses guerres.

Ainsi JP Pollin se trompe en affirmant que cet épisode de monnaies privées françaises sera mal passé. La cupidité de Napoléon, et sa violence, sont les seules causes de l’arrêt des monnaies privées françaises, de l’arrêt de cette période de free banking.

Plus généralement, il y eut de nombreuses périodes de free banking dans presque tous les pays développés. Elles furent prospères. Elles se terminèrent par la cupidité de l’État instaurant un monopole monétaire. Grâce au monopole monétaire, l’État peut emprunter plus facilement et à moindre coût. Un économiste comprend qu’il s’agit alors d’un impôt déguisé.

Voir mon papier sur les nombreuses périodes de free banking dans le monde, en Europe et en Asie. https://gidmoz.wordpress.com/2011/09/20/crises-monetaires-et-free-banking/

Les économistes de l’école autrichienne d’économie affirment qu’un système monétaire avec Banque Centrale dysfonctionne nécessairement, ou bien il est sous-optimal. Une Banque Centrale est aussi absurde que le serait un monopole étatique de la fabrication et de la distribution de chaussures dans un pays. Pour l’école autrichienne d’économie, la seule cause structurelle des crises monétaires est l’existence d’un monopole monétaire étatique. Hayek, Nobel d’économie 1974, avait publié des livres sur la nécessité de dénationaliser la monnaie. “dénationalisation de la monnaie”, de Hayek.

 

liquidités et monnaie

thème: La titrisation des actifs est utile à la création de monnaie en free-banking. En effet, une banque promet à l’utilisateur de monnaie qu’il peut l’échanger contre certains actifs liquides.
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controverse sur le freebanking

thème: Entre 1716 et 1844, l’Écosse était une zone de free-banking. Les banques créaient librement de la monnaie sans aucune intervention de l’État. C’est controversé.
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