comment sortir de la crise monétaire?

La monnaie de Banque Centrale est fondée sur un subtil équilibre entre la masse monétaire et la quantité des biens et services qui seront vendus dans un bref délai. Une émission monétaire sert soit à acheter des biens ou des services, soit elle est achetée par un rentier qui préfère recevoir la rente d’un bon du trésor.

Aujourd’hui, la création monétaire sert principalement à permettre à des créanciers de recevoir une rente. Le jour où ces créanciers de l’État préféreront acheter des biens ou des marchandises, il s’en suivra une augmentation de la demande, et donc une augmentation des prix. Il s’ensuivra un déséquilibre monétaire, une inflation des prix.

La dette des agents économiques privés correspond à des richesses qui seront produites dans un bref avenir. Cette dette là n’induit donc pas de dysfonctionnement monétaire à long terme. La dette des États est la seule dette qui pose un problème qui semble insoluble. En effet, un État ne produira jamais des richesses marchandes qui permettraient d’équilibrer ce subtil équilibre de la monnaie actuelle.

Cette inégalité arithmétique peut sembler insoluble. Il existe donc un risque majeur d’inflation qui sera à la hauteur de l’attitude des créanciers des États trop endettés. Il existe plusieurs scénarios imaginables. Soit les États endettés divisent par deux leurs dépenses afin de réduire drastiquement leur dette. C’est le scénario qui diminuerait les spoliations prévisibles des dysfonctionnements monétaires futurs.
Soit les États endettés tentent de spolier davantage les contribuables, soit par l’inflation, soit par la spoliation directe de leurs créanciers.

Tout agent économique peut valablement s’endetter sans risque excessif jusqu’à un certain ratio de gestion. Pour une entreprise privée, un tel ratio est bien connu des gestionnaires. Pour un État, ce ratio d’endettement acceptable est inconnu. On sait qu’un tel ratio maximal d’endettement doit exister, mais nul ne peut valablement en dire le montant pour chaque État.

Les règles monétaires actuelles sont conçues afin d’inciter les banques à prêter prioritairement aux États plutôt qu’aux entreprises. Ces règles sont explicites dans les règles de « Bâle 1 ». Il s’ensuit qu’une réduction du crédit induirait un manque de financement pour les entreprises. Et un changement de ces règles de priorité du crédit provoquerait une faillite des États trop endettés.

La valeur de la monnaie actuelle n’existe que grâce au monopole étatique de la monnaie, grâce à l’interdiction faite aux entreprises de vendre dans une autre devise que la devise officielle légale. Pourtant, le financement des entreprises est la première victime du manque de crédit. Et l’autorisation d’utiliser toute autre devise dans un État permettrait un financement des entreprises et de ses clients.

L’inconvénient de l’usage d’autres devises dans un pays est qu’il condamnerait définitivement les monnaies étatiques actuelle et provoquerait aussitôt la faillite des États et des systèmes sociaux qui maintenaient un fragile équilibre social.

L’hypothèse politique de l’autorisation du freebanking permettrait aux banques d’émettre et de proposer des monnaies différentes de la monnaie légale. On peut se demander en combien de mois ces monnaies nouvelles parviendraient à être acceptées par les agents économiques. Si elles sont suffisamment acceptées, les entreprises et leurs clients pourront a nouveau trouver un financement. Il s’en suivra un plus grande production de richesses dans le pays.

Sans la dette publique et ses excès, le monopole monétaire serait un frein à l’activité économique, comme tout autre monopole étatique. Mais ce monopole monétaire ne serait pas un cancer. Aujourd’hui, oui, le monopole monétaire est devenu un cancer de l’activité économique.
Un autre inconvénient de l’euro est qu’il a été pensé et conçu par ses créateurs, non pas comme une optimisation monétaire, mais plutôt comme un moyen de constituer une unité politique européenne. Les critiques techniques sur l’euro n’intéressent donc pas ceux qui n’ont d’autre but que la constitution d’un État fédéral européen.

« Le freebanking ne peut pas s’instituer comme par magie ». Dans l’improbable hypothèse du freebanking, l’État autoriserait les banques et les habitants à commercer dans d’autres devises que la devise officielle, et sans coût directs ou indirects supplémentaires. Ces coûts indirects sont formés par toutes les contraintes légales et administratives qui rendent aujourd’hui plus coûteux l’usage d’une devise différente de la monnaie légale.

Certains libéraux proposent que les États émettent des monnaies utilisant le principe de l’étalon-or. Il peut exister de nombreuses variantes dans l’utilisation de l’étalon-or. Le but recherché par ces libéraux est de limiter la création monétaire afin que la monnaie conserve sa valeur.
Je ne partage pas l’analyse monétaire de ces libéraux. La première raison est, amha, que le problème majeur est que la monnaie reste entre les mains de l’État. Comme le disais justement Philippe Simonnot, l’État est ours gourmand qui ne résiste pas longtemps à la tentation de violer ses propres règles de modération et de prudence.

La deuxième raison est que la principale question systémique n’est pas, amha, la quantité de monnaie émise ou en circulation. Une question importante d’un système de banque centrale est le risque d’un endettement excessif de l’État. C’est le risque de l’ « ours gourmand ». Les dettes des agents économiques privés seront remboursées dans des conditions prévues par les banques prêteuses. Il y aura toujours des créances douteuses, mais ce risque est bien maîtrisé par le savoir-faire de chaque banque.

Une troisième raison de mon opposition à l’étalon-or semblera surprenante dans ma bouche, puisque je suis un libertarien anarcap favorable au freebanking. Le système de banque centrale n’a pas que des défauts. Le monopole monétaire d’une banque centrale a l’avantage que la valeur de chaque unité de monnaie est garantie par un bien ou un service qui sera effectivement vendu dans un bref délai. Ainsi, sans coût d’immobilisation d’une certaine quantité d’or, la valeur de la monnaie est garantie. De plus, cette garantie de valeur est une garantie de pouvoir d’achat des biens économiques qui seront vendues par cette monnaie et dans cette quantité de ces biens vendus là.
Je suis conscient que l’État, ici en la personne de la Banque Centrale, est aveugle à la quantité de monnaie et de crédit optimal que souhaitent chaque agent économique. Je suis aussi bien conscient que le freebanking permet un équilibre exact de la quantité de monnaie par la seule production des liquidités cotées sur divers marchés organisés. Je suis aussi bien conscient que le freebanking guidé entièrement par le marché permet une maîtrise des prévisions de variation de cours des divers biens.

Oui, Hayek a raison de rappeler que l’or, ou plutôt l’étalon-or, est plein d’imperfections. Il existe plusieurs manières d’envisager le freebanking. Je suis de ceux qui prônent un plein freebanking, sans aucune régulation de l’État, sans intervention de l’État dans les règlements, sans interdiction de cartels de banques, sans création monétaire par l’État, sans aucune autorisation préalable pour créer une banque, ou une nouvelle devise, une nouvelle monnaie. La première caractéristique fiscale d’une monnaie est qu’elle ne supporte aucune taxe de transaction. C’est aussi une condition nécessaire d’un vrai freebanking.

Quels sont les avantages du freebanking? C’est le taux minimal d’intérêt pour les usagers. C’est l’impossibilité pour l’État de s’endetter au delà de ses prévisions de gain.

Les économistes et les financiers ont raison de se pencher sur la question des moins mauvaises mesures qu’un gouvernement pourrait prendre dans la crise monétaire actuelle. Certes, c’est le propos de l’auteur de l’article. Mais ce n’est pas mon propos. Il me semble utile d’expliquer comment et pourquoi le freebanking, même limité, est, aujourd’hui, une solution alternative à envisager sérieusement pour sortir de la crise monétaire.

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le freebanking, mieux que les banques centrales

Un ancien président de la BCE disait : »face à la crise, nous nous sommes sentis abandonnés par les outils conventionnels ». Cette phrase est un aveu que les théories monétaires actuelles sont fausses. C’est aussi l’échec du système de Banque Centrale.

Une tout autre manière de concevoir la monnaie existe, le freebanking. C’est a dire que l’État ne crée pas de monnaie, ne régule pas, ne réglemente pas. La monnaie est alors un bien commercial ordinaire. Une unité de monnaie est alors la promesse d’une banque de livrer quelque chose.

Dans les trois derniers siècles, le freebanking s’est comporté avec succès pendant une période totale de 600 ans dans divers pays riches. C’était la banque écossaise vantée par Adam Smith.

Le freebanking n’est pas limité à l’étalon-or. La monnaie est alors un titre financier coté sur un marché organisé. C’est une certaine promesse dont la banque choisit librement le contenu exact. La banque choisit le contrat d’émission monétaire qui définit la monnaie qu’elle émet. Une banque peut choisir une promesse de livrer de d’or. Une autre banque peut choisir la promesse de livrer tout autre commodity, tout panier de commodities. Certaines banques émettront surement des monnaies dont ils garantiront la valeur par rapport à un indice fixé par contrat.

Jusqu’en 1930, le freebanking était enseigné aux cadres de la Banque de France. Ce n’est pas une théorie monétaire exotique. Rares sont les économistes qui osent pas en parler. Certes, il est vraisemblable qu’aucun État n’accepterait de se désaisir de son pouvoir monétaire. Mais est-ce une raison suffisante pour exclure le débat sur le freebanking?

Un avantage du freebanking est qu’il permet l’accroissement de la masse monétaire sans induire d’inflation. En effet, ce n’est parce que j’ai désormais le droit de payer en sac de blé que cela modifiera le niveau des prix. Et pourtant, en autorisant le paiement en sacs de blé, un État augmente d’un coup la masse monétaire d’un montant énorme. La masse monétaire augmente de la valeur du blé circulant dans le monde.

Le freebanking ne présente donc aucun risque systémique, et n’a aucun effet sur l’inflation. Il permet d’augmenter les crédits selon les besoins des agents économiques. En freebanking, une banque s’assure de pouvoir trouver des liquidités afin de pouvoir prêter à un emprunteur. Rendre liquides des biens qui ne le sont pas est couteux. Ce cout augmente le cout du crédit. Ce qui restreint la masse des crédits. L’emprunteur doit aussi payer une prime de risque de change qui existe entre sa monnaie empruntée et d’autres monnaies avec lesquelles ses clients travaillent. Cette prime restreint aussi la masse des crédits. On voit que les mécanismes du crédit et de la création monétaires sont différent des mécanismes qui existent dans un système de banque centrale. Néanmoins, une banque actuelle dispose des compétences techniques pour apprendre à devenir une banque en freebanking. En particulier, la titrisation des créances sur les emprunteurs restera une excellent moyen de d’augmenter la liquidité prêtable aux emprunteurs.

Un autre avantage du freebanking est que le taux de l’emprunt serait, a priori, plus bas que le taux de l’emprunt dans un système de Banque Centrale. Pourquoi donc ce taux d’emprunt serait-il moindre en freebanking que dans un système à Banque Centrale? La première raison est que tout bien peut devenir une monnaie. Il ne peut donc pas manquer de biens pour servir de monnaie. La deuxième raison de cette supériorité du freebanking est le cout direct et indirect d’un système de Banque Centrale. La liquidité produite par la Banque Centrale peut sembler être gratuite, puisqu’il s’agit d’un jeu d’écriture. Les couts indirects de cette production de monnaie centrale sont les salaires des employés des banques centrales, mais aussi le cout du risque sur les éventuelles errance d’un gouvernement.

monnaie d’Aristote, monnaie de Platon

Aristote qui affirmait que la monnaie se devait d’être un bien réel que tout le monde désire et qui a un cout de production connu. Pour lui, la monnaie ne pouvait donc être que l’or et l’argent.

Platon pour sa part affirmait que la monnaie était une simple convention sociale qui permettait au système de fonctionner et que son fondement n’était que purement subjectif. Ce qui faisait la valeur de la monnaie, c’était que les deux parties dans l’échange l’acceptent. En supposant que l’Etat gérerait  cette « convention sociale ».

Le débat sur la nature de la monnaie est essentiel aujourdhui. C’est un débat juridique. Il y a deux concepts juridiques de monnaie. Un concept est proposé par Aristote, c’est la monnaie-marchandise. Et l’autre concept de la monnaie, proposé par Platon. Ce classement en ces deux catégories de concepts de monnaie est pratique.

La « monnaie d’Aristote » c’est non seulement la monnaie-marchandise, mais aussi la monnaie-promesse. La monnaie-promesse, c’est le billet de banque lorsqu’il est la promesse commerciale d’une banque qui versera un gramme d’or. Une telle promesse commerciale se comporte, sur un marché, comme une marchandise.

Selon votre classement, la monnaie de Platon serait alors la monnaie de Banque Centrale du 21e siècle. On peut y adjoindre les quasi-monnaies produites par les banques de second rang.

Une banque a deux fonctions. D’une part, choisir un emprunteur qui saura rembourser. D’autre part trouver la liquidité. L’emprunteur produit une reconnaissance de dette, créance à long terme. La banque reçoit cette créance de l’emprunteur et lui verse de la monnaie, bien très liquide.

Pour une « monnaie d’Aristote », un tel bien liquide est une pièce d’or, ou encore une autre marchandise, une autre devise, voire un titre financier liquide. Pour une « monnaie de Platon », le bien liquide est la monnaie de Banque Centrale, produite à un cout apparemment nul.

La monnaie de Banque Centrale évite l’immobilisation d’un stock d’or qui semble stérile. La liquidité est produite à cout nul, puisque sans immobilisation d’un or stérile et apparemment inutile. Sa valeur est stable si l’État gère bien. La monnaie de Banque Centrale est une belle invention d’ingénieur financier. Mais le cout nul de la production de la monnaie de Banque Centrale est, amha, une illusion.

la nature juridique de la monnaie

La nature juridique de la monnaie est, amha, un sujet décisif essentiel dans tous les débats économiques sur la monnaie. Ainsi en témoignent deux professeurs de Droit:

Le professeur de Droit Pierre Meyer écrivait « plutôt que de rechercher la nature juridique de la monnaie, les juristes se bornent à rallier la conception économique, réduisant la monnaie à ses fonctions: d’évaluation, de paiement, de réserve de valeur, et négligeant d’en rechercher la nature. »

Le Professeur de Droit Rémy Libchaber a écrit dans « recherche sur la monnaie en Droit Privé ». Il écrit « Jusqu’à la fin du XIXe siècle, toutes les discussions portant sur la nature de la monnaie ont hésité entre ces deux positions : soit la spécificité de la monnaie était intrinsèque, et tenait à l’or ou au métal précieux qui la composait; soit la monnaie n’était rien en elle-même, et se définissait essentiellement par l’ensemble des richesses auquel elle renvoyait ».

Pour moi, il y a trois sortes de monnaies. La monnaie-marchandise. L’or, l’argent, le blé, le cuivre. Ensuite, il y eut la monnaie-promesse. Ainsi, au 19e siècle, chaque billet de banque était une promesse commerciale de la banque de verser un gramme d’or.

Enfin, il y a la monnaie actuelle. C’est une monnaie de banque centrale. Sa création provient non pas d’une logique commerciale, mais de lois qui décrivent son fonctionnement et sa création.