réfutation des intérêts manquants

Une banque prête 100 avec 10 d’intérêt. L’emprunteur devra rembourser 110. Où et comment cet emprunteur trouvera-t-il les 10 pour payer sa dette à la banque? Pour simplifier le problème, plaçons nous dans un contexte économique où une seule banque émet cette monnaie et cette banque a un seul emprunteur. Ce contexte économique existe lorsque plusieurs monnaies sont simultanément utilisées en un même lieu. Un lecteur, amateur de robinsonade, pourra valablement imaginer une île déserte avec un seule banque et un seul emprunteur dans cette monnaie.

Ainsi le contexte économique est planté. On évite ainsi de parler de macro-économie. On a simplifié la question à l’essentiel. En un mot, on passé le « rasoir d’Ockam » sur cette question. Ockam était un philosophe anglais du 14e siècle. Mais on peut aussi appeler le philosophe français Descartes à la rescousse. On a appliqué le second principe de Descartes qui exige de simplifier la question en problèmes plus simples. En énonçant ce second principe de sa fameuse « méthode », Descartes a été inspiré, amha, par Ockam.

Entrons donc dans ce contexte économique simple et propice à la logique pure. Si la banque refuse de dépenser, l’emprunteur ne pourra jamais payer ses intérêts. Même si la banque lui prête autant d’argent qu’il le souhaite. C’est une évidence de pure logique.

Il est donc nécessaire que la banque dépense autant d’argent que le montant des intérêts dus par l’emprunteur. Ainsi, l’emprunteur pourra trouver les 10 qui lui permettront de rembourser sa dette. Là encore, c’est une raison de pure logique. De plus, la banque doit dépenser cet argent avant que l’emprunteur ne doivent cet argent. Sinon, l’emprunteur ne pourra pas trouver l’argent des intérêts.

Cette dépense de la banque est-elle légitime? C’est une question que tout lecteur se posera. La réponse est « oui ». Lorsque la banque dépense de l’argent après avoir reçu un paiement, chacun dira que la dépense de la banque est évidement légitime.

Mais, à y bien réfléchir, la banque ne commet aucune faute de gestion en dépensant ce même argent avant que l’emprunteur rembourse. Et la banque dépense cet argent dans son seul intérêt, à son seul bénéfice. Cette dépense sont les salaires des employés, des investissement, ou régler ses fournisseurs. Cette dépense de la banque en sa faveur est légitime. Et c’est légitime pour deux bonnes raisons. D’une part, si la banque dispose de fonds propres, d’actifs, d’autres devises, ou un stock d’or,rien ne lui interdit d’émettre de la monnaie. D’autre part le montant des intérêts du par l’emprunteur est de 10. Ces 10 d’intérêts sont une reconnaissance de dette acceptée par l’emprunteur. Ces 10 sont un actif qui a de la valeur, et dont la valeur est environ 10.

La première étape du paradoxe des intérêts manquants est franchie avec succès. Nous avons démontré l’utilité et la légitimité que la banque dépense et émette les 10 d’intérêt que l’emprunteur doit.

Nous arrivons maintenant à la deuxième étape du paradoxe des intérêts manquants. La banque dépense 10. C’est bien, mais c’est insuffisant pour être certain que l’emprunteur pourra rembourser les 10 d’intérêts. En effet, un autre utilisateur de monnaie peut détenir ces 10 sans les dépenser. Dans un tel cas, la simple logique nous enseigne que l’emprunteur ne peut pas rembourser ses intérêts à la banque.

Nous ne l’avions pas encore dit, mais ce n’est pas trop tard pour le dire. Car c’est important de le dire. Voici cet important rappel sur la création monétaire: Dans notre exemple, la banque émet de la monnaie en deux occasions. Soit la banque émet et dépense de la monnaie garantie par ses fonds propres. Soit la banque crée, émet et prête de l’argent à un emprunteur. Dans chacun de ces deux cas, le cout industriel et le risque sont parfaitement identiques.

Comment franchir cette deuxième étape du paradoxe des intérêts manquants? La réponse est qu’il faut que la banque crée, émette et dépense autant d’argent qu’il le faut afin que la monnaie circule suffisamment. Ainsi il existera des bureaux de change pour acheter les monnaies en circulation. L’emprunteur se rendra à un tel bureau de change. Il achètera alors les 10 avec une autre devise afin de rembourser ces 10 à la banque prêteuse.

Prenons un exemple pour fixer les idées. La banque émet et dépense 1% de la masse monétaire. La banque s’assure que ce pourcentage reste fixe. Nous avons vu que la banque peut légitimement créer, émettre et dépenser ces 1% de la masse monétaire. Du moins, si elle possède des actifs dont la valeur est supérieure. Ces 1% qui circulent suffiront pour assurer la liquidité de la monnaie.

La banque crée, émet et dépense un certain pourcentage de monnaie en plus. Je citais ci-dessus 1% de la masse monétaire émise. Selon les habitudes des utilisateurs, ce pourcentage minimum peut être différent. Supérieur ou inférieur.

Nous avons ainsi expliqué les deux motifs du paradoxe des intérêts manquants. Nous avons aussi vu comment la banque procède pour assurer le bon fonctionnement de sa monnaie, malgré ces deux motifs.

Alors, certains diront que la banque pourrait faire exprès que sa monnaie soit inutilisable. Oui, c’est techniquement possible. Mais ce serait commercialement idiot. Il suffirait alors à la banque de refuser de résoudre les deux motifs qui provoquerait l’existence des intérêts manquants. La banque ferait rapidement faillite. Les utilisateurs utiliseraient alors une autre monnaie pour leurs transactions.

La monnaie est un service rendu aux utilisateurs. La banque n’a aucun intérêt à interdire sa monnaie de fonctionner normalement. La banque fait donc en sorte qu’il circule suffisamment de monnaie afin que chaque emprunteur trouve de quoi payer ses dettes.

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