Le vrai individualisme, par Friedrich Hayek

Le vrai individualisme,
texte extrait et adapté de Friedrich Hayek, traduit par François Guillaumat
http://herve.dequengo.free.fr/Hayek/Hayek2.htm
Non, l’individualisme n’est pas un système d’isolement dans l’existence ni une apologie de l’égoïsme.

Quels sont alors les caractères essentiels du vrai individualisme? La première chose qui doit être dite est qu’il s’agit d’abord d’une théorie sociale: un essai pour comprendre les forces qui déterminent la vie sociale de l’homme, et ensuite seulement un ensemble de principes politiques déduits de cette vision de la société. Ce fait devrait en lui-même suffire à refuser le plus sot des malentendus qui courent à ce sujet: l’idée suivant laquelle l’individualisme postulerait (ou fonderait ses arguments sur cette hypothèse) l’existence d’individus isolés ou autosuffisants, au lieu de partir de l’étude de gens dont la nature et le caractère sont déterminés par le fait qu’ils existent en société.

Si cela était vrai, l’individualisme n’aurait vraiment rien à apporter à notre compréhension de la société. Mais son postulat essentiel est en fait différent, à savoir qu’il n’existe aucun autre moyen de s’assurer des phénomènes sociaux que de comprendre les actions que les individus entreprennent vis-à-vis des autres, dans l’idée qu’ils se conduiront d’une certaine façon. Cet argument s’attaque principalement aux théories proprement collectivistes de la société, qui se prétendent capables d’appréhender directement des formations sociales comme la société, etc., c’est-à-dire comme des entités en soi, qui seraient censées exister indépendamment des individus qui les composent.

L’étape suivante de l’analyse sociale de l’individualisme est dirigée, elle, contre un pseudo-individualisme rationaliste qui ne conduit pas moins au collectivisme dans la pratique. Elle consiste à affirmer que nous pouvons découvrir, en examinant les effets combinés des actions individuelles, que bien des institutions sur lesquelles repose le progrès humain sont apparues et fonctionnent sans qu’aucun esprit ne les ait connues ni ne les contrôle. Que, suivant l’expression d’Adam Ferguson, « Les nations se retrouvent face à des institutions qui sont bel et bien le résultat de l’action des hommes, sans être celui d’un projet humain » et que la collaboration spontanée des hommes libres engendre souvent des résultats qui dépassent ce que leur cervelle d’individus pourra jamais entièrement saisir.

A quoi sert une monnaie ?

Une intéressante interview de l’économiste JP Pollin.

http://bernardthomasson.com/2012/02/17/a-quoi-sert-une-monnaie/

Le commentaire de gidmoz à cette interview:

L’économiste JP Pollin dit que la monnaie serait fondée sur la confiance. C’est inexact. La valeur de la monnaie actuelle est fondée sur l’interdiction des autres monnaies. Pour acheter ou vendre, on est ainsi bien obligé d’utiliser la seule monnaie possible, c’est à dire la monnaie légale. L’État interdit la création de toute autre monnaie que la monnaie légale. D’autre part, l’utilisation d’un devise étrangère subit des frais administratifs qui rend son utilisation plus coûteuse. Ce coût supplémentaire donne un avantage concurrentiel à la monnaie étatique. La monnaie actuelle est un monopole étatique.

Peu avant la fin de cet entierview, JP Pollin commet une erreur sur l’Histoire des monnaies. En effet Pollin dit que les monnaies privées auraient été des “monnaies fondées sur rien”. C’est inexact. Bien au contraire, chaque billet émis était la promesse commerciale de la banque de fournir un gramme d’or. Et une promesse commerciale a de la valeur. En effet, s’il le demandait, chaque utilisateur obtenait son or en échange d’un billet.

Chaque billet de chaque banque était échangeable contre un gramme d’or. Sous la pression de leurs clients, ces banques concurrentes ont été contraintes à collaborer. Chaque jour, les banques se réunissaient pour échanger les billets des autres banques. Chaque banque vendait les billets des autres banques contre des billets à elle, ou bien de l’or. Ou bien contre une dette. C’est l’opération de “compensation” entre banques.

JP Pollin dit qu’une Banque Centrale serait nécessaire pour effectuer une telle compensation. La compensation existe évidement sans aucune Banque Centrale. C’est une erreur totalement incompréhensible pour un économiste de sa qualité.

Les monnaies privées écossaises ont durée 130 ans, de 1715 à 1845. Trente banques concurrentes émettaient chacune leur monnaie, sans Banque Centrale, sans aucun contrôle de l’État écossais. En 130 ans, aucun utilisateur n’a été lésé, malgré la faillite d’une des banques. Et aucune inflation par rapport à l’or, puisque chaque billet était une promesse d’or. L’Écosse était alors plus prospère que l’Angleterre.

JP Pollin comment ensuite une deuxième erreur sur l’Histoire monétaire. JP Pollin dit que les monnaies privées se seraient toujours toujours mal terminées. C’est encore inexact. Je cite ci-dessus le free banking écossais, c’est à dire les monnaies privées, dites encore monnaies libres, ou banques libres. En écosse, c’est l’État Anglais qui a décrété autoritairement la fin de la banque libre écossaise.

JP Pollin appuie son propos en affirmant que l’épisode de monnaie privée française du début du 19e siècle se serait mal terminée. Il y eut en effet, une période française de free banking entre 1797 et 1804. L’État n’intervenait pas. Les banques, toutes privées, émettaient des billets de banque. Chaque billet était une promesse commerciale de verser 1 gramme d’or. Et tout fonctionnait normalement.

Une de ces banques privées françaises appartenait à Napoléon lui-même et à quelques amis très proches. Le nom de cette banque était “la Banque de France”. Napoléon voulait financer ses guerres. Il imposa alors le monopole de la Banque de France. Il envoya ses soldats détruire, manu militari, les presses permettant aux autres banques d’imprimer des billets. Ainsi, Napoléon a pu financer ses guerres.

Ainsi JP Pollin se trompe en affirmant que cet épisode de monnaies privées françaises sera mal passé. La cupidité de Napoléon, et sa violence, sont les seules causes de l’arrêt des monnaies privées françaises, de l’arrêt de cette période de free banking.

Plus généralement, il y eut de nombreuses périodes de free banking dans presque tous les pays développés. Elles furent prospères. Elles se terminèrent par la cupidité de l’État instaurant un monopole monétaire. Grâce au monopole monétaire, l’État peut emprunter plus facilement et à moindre coût. Un économiste comprend qu’il s’agit alors d’un impôt déguisé.

Voir mon papier sur les nombreuses périodes de free banking dans le monde, en Europe et en Asie. https://gidmoz.wordpress.com/2011/09/20/crises-monetaires-et-free-banking/

Les économistes de l’école autrichienne d’économie affirment qu’un système monétaire avec Banque Centrale dysfonctionne nécessairement, ou bien il est sous-optimal. Une Banque Centrale est aussi absurde que le serait un monopole étatique de la fabrication et de la distribution de chaussures dans un pays. Pour l’école autrichienne d’économie, la seule cause structurelle des crises monétaires est l’existence d’un monopole monétaire étatique. Hayek, Nobel d’économie 1974, avait publié des livres sur la nécessité de dénationaliser la monnaie. “dénationalisation de la monnaie”, de Hayek.

 

Ron Paul et l’étalon-or

Je suis libertarien, donc j’aime bien Ron Paul, Sénateur US libertarien. Mais je ne suis pas d’accord avec son option de l’étalon-or. La seule cause initiale des dysfonctionnements monétaires est, amha, que l’Etat contrôle la monnaie, que l’Etat dispose d’un monopole monétaire. L’Etat est l’ours gourmand qui a la garde du pot de miel. Il ne résiste pas longtemps aux pressions dépensières, à l’endettement excessif.

Un étalon-or n’éviterait pas ce risque car l’Etat, au premier prétexte, contourne la discipline vertueuse de l’étalon-or. Le pseudo étalon-or du 20e siècle n’a pas empêché les monnaies de perdre 90% à 99% de leur valeur.

Seul le free banking peut fournir une monnaie stable et sans risque de fraude. Chaque banque peut créer sa monnaie. Chacun peut créer sa banque sans autorisation de l’Etat. Comme on ouvre une épicerie. Von Mises et Hayek, de l’école autrichienne d’économie, plaidaient pour le free banking, pour la dénationalisation de la monnaie.

De plus, l’étalon-or me semble être le pire des étalons de valeur pour une monnaie, car l’or est trop volatil. Le théorème de régression de Von Mises rappelle utilement que la valeur fondamentale de la monnaie provient de l’utilité non monétaire du produit. La trop grande valeur de l’or est principalement due à son usage actuel de quasi-monnaie, et non pas des utilités non monétaires de l’or(joaillerie, industrie).

Un panier de biens de consommation cotées sur un marché mondial, ou un panier de commodities, serait, amha, un bien meilleur étalon de valeur d’une monnaie. Un tel panier représente alors le travail et l’investissement dans de nombreux secteurs économiques. Depuis 50 ans, sa valeur suit assez bien les indices des prix réels moyens des biens. A condition d’en exclure l’or.

Le chef économiste de la Deutsch Bank, Thomas Mayer, partage cet intérêt pour une monnaie fondée sur un panier de biens de consommation. Il affirme être de l’école autrichienne d’économie.http://www.contrepoints.org/2011/10/04/48782-en-economie-je-suis-autrichien