L’ignorance rationnelle des électeurs, par Damien Thellier

Il y a une tendance surprenante dans notre société à considérer l’ignorance comme étant synonyme de manque d’intelligence ou de bêtise. La vérité, selon l’École du Public Choice, c’est qu’il est « rationnel » pour la plupart des gens de rester dans l’ignorance de certains sujets.

La raison pour laquelle l’ignorance peut être rationnelle, c’est que l’acquisition de l’information entraîne des coûts. Ces coûts peuvent être payés en temps ou en argent, mais dans tous les cas, ils ne sont pas nuls. Cela signifie que de nombreuses situations existent dans lesquelles il est tout à fait rationnel pour des gens normaux de ne pas investir trop de temps ou d’argent sur un sujet particulier.

Le cas le plus fréquent d’ignorance rationnelle se produit en période électorale. Très peu d’électeurs peuvent se permettre d’investir de leur temps ou de leur argent pour s’informer sur les questions politiques et sur les programmes des candidats. Or plus l’électeur est occupé, plus il est rationnel pour lui de rester politiquement ignorant. En effet, le coût d’acquisition de l’information est très supérieur aux avantages pouvant être retirés de cette information, d’autant que l’influence d’un vote sur le résultat de l’élection est infinitésimale par rapport à ce coût.

Le résultat de ce phénomène est la propension des électeurs à croire ce que les politiciens leur disent. La balance est systématiquement favorable aux candidats qui présentent les propositions les plus extravagantes en termes de nouveaux droits. L’examen détaillé de la façon dont ces promesses seront accomplies peut toujours être remis à plus tard ou abandonné et remplacé par une nouvelle plate-forme de promesses farfelues.

texte extrait d’un article de Damien Thellier, http://lebulletindamerique.com/2013/01/22/james-buchanan-par-damien-theillier/

un euro d’impôt en plus est un euro de PIB en moins

Un euro d’impôt en plus est un euro de PIB en moins. On peut le dire de beaucoup d’autres manières. L’économiste Laffer avait popularisé, par sa célèbre courbe de laffer, que trop d’impôts tue la recette fiscale. L’économiste Philippe Lacoude a étudié la conséquence sur le PIB d’un dollar d’impôt en plus. Lacoude cite l’économiste Barro et qq autres économistes américains qui ont fait des évaluations empiriques chiffrées.

Si on simplifie, on comprend mieux cet effet de réduction du PIB par l’impôt. Voici mon raisonnement simplifié, et qui explique bien la réalité fiscale. On suppose que le taux d’impôt t varie entre 0 et 1. Le chiffre 1 signifiant 100% d’impôt. On suppose que la production p possible varie entre 0 et 1. Le chiffre 1 signifiant production maximale possible sans impôt.

Si le taux d’impôt est de 1, c’est à dire confiscation totale, on produit zéro. Si l’impôt est de 0% on produit 1, c’est à dire la production maximale. Entre les deux taux d’impôts t, 0 et 1, on pose que l’effet est linéaire. On verra plus loin qu’une courbe non-linéaire change peu les conclusions.

Notre petite loi simplifiée nous dit que la production p=1-t. En d’autres termes, on produit rien si l’impôt est de 100%. Et on suppose la linéarité de l’effet. Le lecteur habitué à manipuler le schéma ultra-classique de l’Offre et de la Demande retrouvera ce même résultat. En effet,  il fera varier le pourcentage de taxe et mesurera, sur le schéma, la surface de la perte sèche.

Par hypothèse du taux d’impôt, la recette fiscale rf= t * p, c’est à dire le taux d’impôt multiplié par la production nationale.

Combinons ces deux égalités algébriques. La recette fiscale devient donc rf=t * (1-t). Cette formule mathématique est jolie à voir. C’est une courbe en cloche qui part de zéro pour monter vers un maximum, puis redescendre à zéro.

C’est très exactement la courbe de Laffer. On retrouve que la recette fiscale est nulle quand le taux de l’impôt est nul. On retrouve bien aussi que la recette fiscale est nulle quand le taux d’impôt est 100% des revenus.

La courbe, linéaire, de la production p=1-t peut être remplacée par une autre courbe non  linéaire. Si la nouvelle courbe de p est convexe, le maximum de la courbe de Laffer sera un peu décalée vers la gauche. Et si la nouvelle courbe de la production p est concave, le maximum de la courbe de Laffer sera un peu décalée vers la droite. Mon raisonnement retrouve ainsi les courbes de Laffer. Il est en accord avec les conclusions de Laffer.