bitcoin, une expérience intéressante

Thierry: Bitcoin est en tout cas une expérience intéressante, et vouée à un certain succès… sauf quand les États vont s’en mêler !

Gidmoz: Cette expérience illustre que la valeur de la monnaie a deux sources: d’une part sa valeur non monétaire. Et d’autre part, la facilité des transactions. C’est la raison pour laquelle la promesse d’un gramme d’or(si billet de banque) a autant de valeur qu’un gramme d’or, sinon plus. C’est aussi la raison pour laquelle bitcoin a de la valeur alors que sa valeur non monétaire est quasi-nulle, sauf pour qq geeks. La valeur de bitcoin réside dans le gain que bitcoin permet lors des échanges. Un des gains est l’anonymat.

Thierry: Oui, je sais (j’ai d’ailleurs intégré plusieurs de vos objections dans l’article de Wikibéral). Il y a en fait deux populations intéressées par Bitcoin : 1. ceux qui s’intéressent à la facilité de transaction (on peut imaginer des transactions d’une monnaie fiat à une autre monnaie fiat où Bitcoin servirait de pur intermédiaire, c’est peut-être là l’avenir de Bitcoin ?) et 2. les spéculateurs ou « épargnants ». La théorie de Mencius Moldbug à ce sujet est que c’est la catégorie 2 qui détermine entièrement la valeur et la viabilité de Bitcoin, et que si l’Etat empêchait la conversion Bitcoin/monnaies fiats, Bitcoin s’effondrerait.

Gidmoz: 1. Oui, bitcoin serait un bon intermédiaire des échanges à condition que le cours du bitcoin sur un marché organisé varie peu entre le début et la fin de la transaction. C’est la loi qui interdit aux monnaies légales de permettre des échanges aussi faciles. Les techniques pour faire mieux que bitcoin sont innombrables, contrairement à ce qu’imaginent certains admirateurs de bitcoin. 2. J’apprends, ravi, que ce monsieur Mencius Moldbug pense exactement comme moi sur la source de la valeur de bitcoin. Toute loi restreignant la liberté des échanges de bitcoin amoindrirait, voire annulerait, la valeur des bitcoins.

Frédéric: bref ça s’effondrera dès que ça deviendra trop important et que le léviathan aura sorti sa tentacule… no future

Thierry: Le rêve aurait été un bitcoin adossé à l’or, qui sait, un jour peut-être ?

Gidmoz: Ce ne serait pas exactement un bitcoin adossé à l’or. Mais presque. Ce serait un « bitcoin », une information numérique unique, et représentant une promesse d’un gramme d’or dans le coffre de telle société commerciale bien identifiée. Et cette société commerciale remettrait un gramme d’or en échange de ce « bitcoin » là, bien identifié. Mais alors, chaque société commerciale de gardiennage d’or émettra ses « bitcoin » différents des autres « bitcoins » de sociétés concurrentes.

valeur d’un bien servant de monnaie.

Je propose une explication de la valeur d’un bien qui sert de monnaie. Un bien qui ne sert pas encore de monnaie est demandé pour ses qualités, pour son « usage initial ». Lorsque ce bien sert de monnaie, il est demandé comme réserve de valeur. A la « demande non monétaire », s’ajoute une « demande monétaire », pour devenir la « demande totale ». Ce qui augmente la valeur du bien.

Cette « demande monétaire » provient de gens que n’utilisent pas ce bien dans son « usage initial ». Et ceux qui font une demande monétaire » savent que ce bien a de la valeur car ils savent que d’autres sont intéressés par l’ « usage initial » de ce bien. Ainsi, les « demandeurs monétaires » évaluent la valeur du bien par observation, par imitation. L’existence de la valeur provient de l’ « usage initial du bien ». Mais le niveau de la valeur de ce bien dépend de la somme des deux demandes.

Une interaction complexe se met en place entre les demandeurs non monétaires et les demandeurs monétaires. C’est une observation limitée aux cours sur les marchés organisés ou non. Les demandeurs observent les demandeurs non monétaires. Les demandeurs monétaires s’observent entre eux. Ces observations se limitent à des observations du résultats des comportements, principalement aux prix constatés. Cette interaction complexe peut prendre de nombreux chemins. Chaque utilisateur d’un bien s’habitue à une certaine valeur de ce bien, à un certain prix du bien. Dans l’esprit de chaque utilisateur, il existe ainsi une sorte de « rémanence de la valeur » d’une chose. C’est aussi une rémanence de la confiance, parfois une rémanence de la croyance. Ce phénomène de rémanence se nourrit de l’effet d’imitation réciproque des uns sur les autres. Dans ce processus psychologique, la « rémanence de la valeur » est la norme, et la modification est l’exception. Cette interaction complexe passe aussi par la demande non monétaire du bien.

L’or suit bien ce schéma d’explication. L’or a de la valeur car il sert à faire des bijoux. Et son niveau de valeur provient principalement de la demande monétaire.

Pour bitcoin, ce schéma d’explication ne s’applique pas exactement. En effet, la valeur non monétaire n’existe pas, ou alors comme valeur de plaisir ludique. Bitcoin s’amuse à jouer à une vraie monnaie. Et les amateurs de ce jeu semblent nombreux. Mais bitcoin sait transférer des sommes d’argent de manière anonyme. La demande pour cet anonymat semble si intense qu’elle soutient suffisamment d’achats et de ventes de bitcoins.

L’absence d’utilisation non monétaire interdit à bitcoin d’avoir une valeur de référence. Chacun suit les cours erratiques du bitcoin. Pendant certaines périodes, il semble exister une croyance temporaire autour d’une certaine valeur, laquelle devient alors stable pendant cette période temporaire. Pendant cette période stable, un acheteur achète des bitcoins pour payer son vendeur, lequel les revendra. Le phénomène de « rémanence de la valeur » joue pour les bitcoin, comme pour tout autre bien. Tant que cette rémanence perdure dans l’esprit d’un nombre suffisant d’utilisateurs, la valeur d’un bitcoin perdure lui aussi.

Bitcoin, un enfumage réussi

Un Bitcoin est fabriqué comme le serait un grand nombre premier.  Il nécessite beaucoup de temps de calcul d’un ordinateur. Son prix de marché est celui donné par une infime minorité de collectionneur de Bitcoins.

Rien n’interdirait un programmeur d’inventer une nouvelle collection de « bitcoin2 » entièrement différente des Bitcoins. Et ainsi de suite pour des bitcoin3 et des bitcoin4. Et ainsi de suite. Le nombre de ces entités numériques sont infinies. Les seules deux caractéristiques essentielles de bitcoin est qu’une s’agit d’une collection de nombres en quantité limitée, et que chacun de ces nombres peut avoir un propriétaire unique sur internet. Il n’existe donc aucune rareté de telles entités numériques.

La valeur d’un Bitcoin est ainsi le résultat d’une mode passagère de certains collectionneurs. Bitcoin n’est pas une monnaie. Si Bitcoin était une monnaie, l’Etat l’aurait déjà interdite. En effet, le Code Monétaire interdit l’émission ou la circulation d’autre monnaies que la monnaie légale, l’euro.

Il faut bien comprendre que nul émetteur de monnaie ne garantit de donner qq chose en échange d’un bitcoin. C’est le gout de qq centaines d’amateurs qui induit un marché des bitcoins.  Par curiosité qq badaud observent les cours des bitcoins. Et parfois ils achètent un bitcoin. Pour voir.

J’ignore qui possède la TradeMark « Bitcoin », marque commerciale. Mais je félicite le propriétaire de la marque « Bitcoin » pour avoir réussi sa campagne de marketing. Cette marque est maintenant connue mondialement. Elle a donc probablement acquis beaucoup de valeur commerciale du seule fait qu’elle est connue. Ce marketing de Bitcoin s’est fait en mystifiant ceux qui ne comprennent pas le fonctionnement d’une monnaie.

Je suis affligé de voir que tant de pigeons semblent être encore illusionnés par les bitcoins. Certes, tout bien peut servir de monnaie. On le sait depuis le 18e siècle. Mais la monétarité d’un bien est son aptitude à produire une monnaie de bonne qualité: stabilité de la valeur, facilité de transaction. Le bitcoin a une très médiocre monétarité.

Nul ne conteste que des haricots secs ou des bitcoins puissent servir de monnaie. Ce que je conteste est que ces deux monnaies soient de bonne qualité. Encore que les haricots secs ont une bien meilleure monétarité que les bitcoins. Une monnaie fondée sur des haricots secs serait donc, bien évidement, interdite par l’Etat car contraire au monopole monétaire étatique.

L’Etat s’amuse à voir le succès apparent de bitcoin. L’Etat sait que ce succès sera éphémère car il est fondé sur une mode, sur un engouement passager. Et les experts de l’Etat ont parfaitement raison dans leur jugement sur ce point. L’Etat ne voit donc pas l’utilité d’interdire ce jeu internet. Bitcoin est un simple jeu internet, et non pas une véritable monnaie. La prétendue monnaie bitcoin s’écroulera dans un certain délai. Ce délai dépendra de la clairvoyance des gens à comprendre que bitcoin est une des pires monnaies imaginables.

L’instabilité de la valeur d’un bitcoin est la conséquence d’un médiocre concept de monnaie. La raison est qu’un bitcoin n’a aucune valeur hors de son usage monétaire, sauf son usage ludique. On pouvait donc savoir, a priori, que bitcoin serait toujours instable. Mais celui qui en douterait regardera, sans étonnement, la variation des cours d’un bitcoin.

Bitcoin doit être vu comme un nouveau jeu internet, et non pas comme une monnaie. La valeur d’un bitcoin mesure le degré d’amusement des joueurs à continuer à jouer à ce jeu. C’est amusant cet chose informatique qui joue à être de la monnaie. Passé la phase d’amusement, les gens abandonneront ce jeu. C’est en ce sens que ce jeu internet est une mode, un engouement passager.