l’étalon-or ou un système 100% réserve sans BC, par @John_John_33

avec l’autorisation de l’auteur, John_John (@John_John_33)

Posted Monday 24th December 2012 from Twitlonger

@Bastiat2012 @gidmoz @alain_madelin @Ron_FR

Comme promis, je développe sur les errements monétaires des libéraux français.

Certains autrichiens parlent de retourner à l’étalon-or ou à un système 100% réserve sans BC, ce qui revient au même: une masse monétaire fixe ou quasiment fixe, incapable d’augmenter pour suivre la croissance, et surtout impossible à influencer en cas de crise de liquidité. C’est une mauvaise approche, et je pense qu’elle nuit beaucoup plus à la liberté qu’autre chose.

Dans une concurrence des systèmes de monnaie (fiat d’un côté, « hard money » de l’autre), force est de constater que l’étalon-or est bien pire que le système actuel: avant 1913 il n’a jamais empêché des bulles de crédit ni des phénomènes de boom & bust, d’autant plus qu’il n’existe pas de base théorique ferme liant le régime de taux de change avec la dynamique de crédit, et les recherches académiques corroborent bien évidemment ces faits : je n’en citerai qu’une « Our overall conclusion is that the gold standard was neither the cause nor the solution to the credit-boom problem »(Eichengreen and Mitchener 2003, p. 47), mais le corpus académique est à largement consensuel là dessus.

Au delà de l’aspect imposé d’une « hard currency », du fait que ce régime monétaire ne peut pas être le meilleur modèle pour tous les pays et à tous les moments, et de son inutilité patente pour gérer les crises économiques, il faut aussi rappeler que a/ la crise de 29 découle en grande partie d’une chute de la demande et non pas uniquement de « malinvestments » et b/ l’inflexibilité des taux de change à cause de l’étalon-or ont permis la propagation de la crise en Europe (Temin 2001; Eichengreen 2002; DeLong 1997), aidant par là des régimes pour le moins anti-libéraux de se rapprocher du pouvoir. Autrement dit, outre le fait que les banques centrales ne sont pas prêtes de disparaitre, une monnaie « dure » sensée prévenir les « boom & bust » ne les empêche pas du tout, mais est par contre un très bon moyen d’amener des tyrans socialistes au gouvernement voire de
détruire une économie par la déflation (la Grèce aujourd’hui). Je passe sur l’inacceptabilité (et l’inacceptation) de la déflation générale, cela me parait évident, mais je pourrai y revenir si vous voulez.

Ainsi, l’étalon-or et tout autre monnaie non flexible et empêchant la fluctuation libre de la valeur de cette monnaie en fonction de la productivité d’une zone éco est bien une
absurdité monétaire, liberticide, inefficace, injuste et injustifiée, et ce n’est plus à prouver. Une monnaie fiat est une bien meilleure monnaie qu’une monnaie « dure » (je ne dis pas qu’elle est parfaite, mais elle est meilleure), c’est donc une monnaie plus saine que par exemple une monnaie or, et c’est de toute manière la monnaie que nous avons et que nous allons réalistement garder dans l’avenir visible; aussi ne perdons pas de temps dans des considérations théoriques stériles, nous vivons dans un monde fiat, déjà moins pire que le gold standard, raisonnons sur cette base. (Là encore, je ne porte pas aux nue un tel système, mais c’est la réalité et il faut faire avec et non pas construire des raisonnements sur des hypothèses farfelues d’une réalité théorique et fortement fantasmée qui n’arrivera jamais, ce qui nuit bien plus à la popularisation du libéralisme qu’il ne l’aide).

La théorie autrichienne des cycles éco émet des idées très solides et très vraies, des taux d’intérêts falsifiés peuvent amener les agents éco à faire de mauvais choix, aggravant par là des fluctuation de marché, c’est acquis; cela dit a/ les crises éco ne s’expliquent pas exclusivement par un problème de taux d’intérêts trop bas, les autrichiens s’emportent ici en voulant transformer une possibilité en nécessité (Laidler, 2003), et b/ les individus étant rationnels (au sens autrichien du terme) – et en particulier les opérateurs financiers, ils savent très bien que les taux d’intérêts sont fixés par la BC et ne reflètent absolument pas un taux d’épargne quelconque, aussi ils prennent donc des décisions éco en conséquence, ce qui rend caduque l’argument autrichien d’une « perception erronée de l’épargne disponible » dans le monde réel dans lequel nous vivons, puisque les taux d’intérêt n’ont rien à voir avec l’épargne disponible, et ce depuis un siècle.

Fort heureusement, les autrichiens ne sont pas bêtes et savent réfléchir, c’est à dire confronter la théorie aux faits et reconnaitre leurs erreurs quand ils en rencontrent, comme tout le monde. Lionel Robbins, autrichien de longue date, écrivait d’ailleurs en 71: « On the assumption that the original diagnosis of excessive financial ease
and mistaken real investment was correct—which is certainly not a settled matter—to treat what developed subsequently in the way which I then thought valid was as unsustainable as denying blankets and stimulants to a drunk who has fallen into an icy pond, on the the grounds that his original problem was overheating. I shall always regard this aspect of my dispute with Keynes as the greatest mistake of my professional career. »

Le danger de la manipulation excessive des taux d’intérêt reste bien évidemment réel, et l’école Autrichienne apporte ici une pierre angulaire à la compréhension de l’économie, ce qu’il se doit de reconnaitre, mais je tenais à juste faire remarquer qu’il serait fort dommage et même contre-productif d’adopter une position dogmatique sur cette question
et de nier les modulation éventuelle dont la théorie doit être capable. S’il y consensus en micro, mais pas en macro, il faut se poser les bonnes questions.

D’un point de vue monétaire, donc, il est essentiel à la prospérité d’une zone éco de pouvoir finement gérer l’évolution de la masse monétaire de sorte qu’elle « colle » à la production réelle (stabilisation des prix), favorise le plein emploi, évite les mauvaises allocations de capital, etc. C’est aujourd’hui la mission des banques centrales (elles le font avec plus ou moins de succès, les modèles évoluent énormément – preuve avec le retour en grâce au NGDPLT aux US – et il y énormément de place pour améliorer les choses si le cœur vous en dit), reste que si les libéraux pensent pouvoir proposer mieux, le débat est ouvert, mais ça ne passe pas par l’impossibilité totale d’influer sur la masse monétaire.

Résultat, si on pousse l’idée du 100% réserve pour les banques afin d’imposer une régulation à leur échelon (notons au passage l’aspect liberticide d’une telle mesure), le seul moyen restant de régulation de la masse monétaire à l’échelle macro est donc la contribution nette du budget public (parfois appelé « déficits publics » mais c’est un mauvais terme, cf http://bit.ly/VVEt61) financé par la BC, ce qui donne encore plus de pouvoir aux hommes politiques et donc de poids à l’Etat. C’est à la fois admettre que les banques libres ne sont pas capables d’être responsables, et fermer arbitrairement la porte à des investissements parfaitement rentables et productifs: c’est une position défendable, mais vraiment pas idéale; je reste persuadé que l’on peut trouver beaucoup mieux à savoir plus libéral et plus efficace. (un simple exemple de proposition intelligente de libéralisation du secteur financier: http://bit.ly/yFQXon)

Conclusion: appeler à l’abolition pure et simple des banques centrales, du jour au lendemain, relève de la pure folie, et si je voulais devenir dictateur je ne m’y prendrais pas autrement. Appeler à leur abolition au bout d’une période très progressive de transition est déjà une démarche un peu plus défendable, à condition de préciser 1/ quels
mécanismes de remplacement pour assurer les nécessaires mesures contra-cycliques prévenant les déflations, une inflation trop important et globalement lisser les cycles éco en tendant vers le plein emploi; 2/ la responsabilité devant la société des responsables de ces mesures et 3/ le rôle de l’Etat en temps que « contributeur net » de monnaie, ce qui pose des problèmes d’allocation des pouvoirs.

Bref, désolé de la longueur mais le sujet est sensible, amis libéraux je suis de tout cœur avec vous et bien évidemment je souhaite voir le retour de la liberté en France de mon vivant, mais de grâce, revoyez votre stratégie ! Les propositions actuelles sont, du moins en ce qui concerne la gestion monétaire comme présentée plus haut, les pires imaginables pour gagner du poids politiquement, et les meilleures pour s’enfermer dans une case utopiste sans espoir de reconnaissance.

En espérant susciter le débat et faire évoluer, moi aussi, mes points de vue. Une bonne journée.
http://tl.gd/kfbagg · Reply
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À propos gidmoz
libertarien, ingénieur

One Response to l’étalon-or ou un système 100% réserve sans BC, par @John_John_33

  1. gidmoz says:

    @John-John_33
    Les critiques de John_John_33 sur la monnaie 100% ou sur l’étalon-or sont pertinentes. La première raison est que l’interdiction légale de produire de la monnaie est la suppression d’une création de valeur. Une valeur, une utilité, aurait pu être créé au profit des utilisateurs qui l’aurait utilisée. C’est un argument qui est vrai a priori. On ne peut pas le contester sérieusement. Un débat ne peut concerner que l’ampleur de cette suppression de création de richesse.

    Je ne suis pas sensible aux arguments de l’Histoire économique. Pour moi, l’Histoire peut illustrer un processus économique, mais ne peut pas le démontrer.

    L’argument de John_John_33 sur les masses monétaires est fondamental. La force de la monnaie étatique de banque centrale est de pouvoir valablement augmenter sans inflation. En effet, lorsque la monnaie émise correspond à de la marchandise vendable, la création monétaire n’induit aucune inflation.

    Un défaut du système de banque centrale est que la banque centrale ne saura jamais quelle quantité de monnaie correspond aux besoins du marché. La banque centrale ne saura jamais quel est le taux d’intérêt qui correspond à la vraie demande de monnaie.

    Le freebanking s’appuie sur la doctrine des effets réels théorie monétaire du 18e siècle. Cette théorie dit deux deux choses,Premièrement, tout bien peut servir de monnaie. Et deuxièmement la création monétaire fondée sur des biens n’induit aucune inflation. Si, soudain, je peux payer mes achats en cuivre, en riz, en blé, en cacao, en fer, en platine, cela n’induira évidement aucune augmentation des prix. Et aucune inflation.

    Le freebanking est précisément la création monétaire fondée sur tout type de bien de préférence coté sur un marché organisé. Il n’y a ainsi aucune limite pratique à la création monétaire. Et cette création monétaire énorme se fait sans aucune inflation.

    En système de banque centrale, la liquidité est produire à cout nul par la banque centrale. En freebanking, la liquidité est un bien sur un marché organisé. Ce bien est couteux à acquérir. C’est ce cout d’acquisition qui limite les masses monétaires en freebanking.

    John_John_33 dit que la suppression de la banque centrale serait une folie. la soudaineté des changements est une violence inutile pour les populations. Mais, il est souhaitable pour la richesses des pays que l’État facilite toute transaction commerciale payée en une autre marchandise intermédiaire. En d’autres termes, c’est l’autorisation du freebanking. Donc abolition de larges extraits du Code Monétaire.

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