Faut-il accuser les banques?

Faut-il accuser les banques?
Il est injuste d’accuser les banques. L’État détient le monopole monétaire sur le pays. Pour gérer un monopole, l’État distribue souvent des privilèges à quelques société commerciales privilégiées. Pour gérer son monopole monétaire l’État distribue des privilèges monétaires à quelques banques.

Ainsi chaque banque détient un privilège monétaire obtenu de l’État. Ce privilège a beaucoup de valeur. Ce privilège est le socle de la valeur du cours de l’action de chaque banque. En achetant une action, chaque actionnaire de la banque a acheté une partie de ce privilège. Ensuite, le résultat de la banque est proportionné au privilège et à la bonne gestion de la banque.

Un taxi achète 200000 euros le droit de faire le taxi à Paris. Sans le monopole des taxis, tout conducteur possédant une voiture serait capable d’être taxi sans rien investir. Le coût du service rendu serait alors bien moindre. L’investisseur possédant un taxi a payé sa « licence de taxi ». La rentabilité de son investissement est, a priori, comparable à bien d’autres investissements dans le même pays. C’est le concept de « coût du capital » dans un pays.

Le chauffeur de taxi a ainsi acheté un privilège. Mais il n’est pas favorisé lui-même puisque chacun peut acheter ce privilège au coût du marché des licences de taxis. Il en est de même pour un actionnaire d’une banque. Il a acheté un privilège au cours du marché. Il n’est pas lui-même un favorisé. Pour un euro investi, la rentabilité d’une banque est, a priori, semblable à celle d’autres entreprises présentant une semblable incertitude.

Si on accuse les banques, il faut alors accuser les chauffeurs de taxi, et pour les mêmes raisons de vivre d’un monopole étatique. Il est injuste de reprocher aux banques et aux taxis de vendre un service trop coûteux. Le surcoût est le fait du monopole étatique. Les banques et les taxis ne sont pas responsables du monopole étatique de leur activité.

Généralisons encore plus ces remarques. Certaines professions sont contraintes d’utiliser et d’exploiter des privilèges étatiques. C’est cette situation de fait qui se présentent aux investisseurs et aux entrepreneurs de cette profession. Ils ne sont pas responsable de cet état de fait. Le service que fournit un tel professionnel tient compte du coût du capital investit. Ce capital investir contient la valeur du privilège étatique pour détenir le droit de rendre le service. Ce privilège induit l’existence d’un surcoût. Il en est de même dans une situation de monopole et pour les mêmes raisons.

Un privilège est parfois différent d’une réglementation dans une profession. Pourtant, le mécanisme de surcout du service rendu fonctionne de la même manière. Souvent le privilège est un actif possédé par le professionnel. Cet actif est vendable ou non. Cet actif, ce privilège, augmente la valeur de l’entreprise, ou du fonds de commerce, ou de la clientèle. Pour une action cotée en Bourse, ce privilège est inclut dans la valeur de cette action cotée.

Il est est ainsi de toutes les professions réglementées par l’État. En France, ces professions réglementées sont la banque, l’expertise-comptable, les taxis, les boulangers(eh oui!), les coiffeurs(même eux!), l’assurance-santé, l’assurance-retraite, le tribunal civil, les avocats, les médecins, les infirmières, les pétroliers. Chacun pourra ajouter une dizaine d’autres professions qui lui viendront à l’esprit. Ces réglementations impliquent un service plus coûteux. Plus la réglementation de l’activité est contraignante, plus le surcoût du service rendu est grand.

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À propos gidmoz
libertarien, ingénieur

9 Responses to Faut-il accuser les banques?

  1. Bruno Lemaire says:

    Bonjour,
    ce que dit l’ami Gidmoz n’est évidemment pas stupide, so what?

    1) Veut-il nous signaler que la loi de la jungle, sans aucune réglementation, serait meilleure?
    2) Pense t-il que tous les « privilèges » et les réglementations sont de m^me niveau. Le rôle « régalien » de l’Etat me semble être d’une portée différente pour les taxis, pour la santé, ou pour la monnaie. On peut acheter son pain à peu près où l’on veut (on peut m^me en faire chez soi – ce que je déconseille 😉 ), la monnaie – m^me celle de la BNP ou du CA, a cours légal. Difficile d’en fabriquer pour son propre compte (m^me si on peut toujours pratiquer des opérations de crédit entre potes, ce que l’Etat n’aime pas vraiment).

    Affaire à suivre sans doute

    Bruno L.

  2. gidmoz says:

    @Bruno Lemaire
    Bienvenue dans le débat.
    1) Mon article est une analyse des relations juridiques entre les banques et l’État. Ce n’est pas une proposition de changement. L’État a choisi que la monnaie soit un monopole. L’État a confié cette activité à une Banque centrale. La Banque Centrale a confié à des banques privées les opérations avec le public. Chaque banque bénéficie ainsi d’un privilège. La Banque Centrale a progressivement mis au point un règlement bancaire qui s’impose aux banques. Ainsi, la Banque Centrale contrôle la monnaie. Grâce au règlement bancaire, une banque de la zone monétaire fonctionne comme une société commerciale ordinaire.

    L’État pourrait inventer d’autres constructions juridiques pour gérer son monopole monétaire. L’État devrait alors changer son règlement bancaire. Étant partisan du freebanking, je désapprouve les monopoles étatiques monétaires. Néanmoins, puisqu’il existe un monopole monétaire, il est logique et nécessaire que l’État tente de le diriger, de le contrôler, de le réguler dans toutes les conséquences directes et indirectes de l’activité monétaire.

    Je ne suis donc pas partisan d’une absence de régulation bancaire. Bien au contraire, l’État est le seul responsable de la qualité de ses sous-traitants. L’Etat leur a confié la gestion du monopole monétaire sous la houlette de la Banque Centrale. Il doit donc les contrôler.

    2) Votre deuxième question concerne la question des privilèges. Nul n’a le droit, en France, de créer une monnaie. Nul ne peut faire circuler d’autres monnaies que la monnaie légale, sauf à des coûts prohibitifs. Ainsi il n’existe pas de concurrence monétaire en France. Une banque dispose d’un privilège d’émettre de la monnaie dans la limite du règlement bancaire. Un des buts du règlement bancaire est que les banques n’abusent pas de leur privilège d’émettre de la monnaie. En effet, l’État, en la personne de la Banque Centrale, les aide chaque jour, les soutient. Une banque pourrait être tentée d’abuser de ce soutien pour prendre des risques très lucratifs.

    Si une banque a respecté le règlement bancaire, je ne vois pas de raison de l’accuser. Et surtout je ne vois pas quel serait le chef d’accusation? Je comprendrais qu’on accuse l’État, commanditaire de la banque. Mais accuser les banques en général me semble mal fondé.

    3) Vous abordez un tout autre thème touchant à la privatisation de la monnaie. J’aborde abondamment ce thème dans d’autres articles de mon blog. C’est le thème du freebanking.

    • Bruno Lemaire says:

      Cher gidmoz
      Une fois de plus vous répondez intelligemment, mais à côté.
      La (Ma) grande question porte sur le rôle de l’Etat, et sur les secteurs pour lesquels il serait utile, voire nécessaire, qu’il exerce des pouvoirs régaliens (si possible de façon la plus efficace possible). Vous n’y répondez pas, en renvoyant plus ou moins directment à vos positions d’un libéralisme total. C’est votre droit, mais ne prétendez pas avoir répondu à mon commentaire.

      Très cordialement,

      B.L.
      PS. Si l’homme était parfait, le free money, le free banking ou le credit interpersonnel seraient envisageables. Cela ne me semble pas être le cas.

  3. gidmoz says:

    @Bruno Lemaire
    Il y a les libertariens minarchistes. Pour eux l’État peut et doit devenir minimal. Les citoyens s’organisent en société commerciale pour assurer les taches aujourdhui dévolues à l’État. L’État s’occupe de garantir la sécurité des biens et des personnes.

    Il y a aussi les libertariens anarcaps, c’est à dire « anarcho-capitalistes ». Pour eux, une société sans aucun État est possible. Je suis un libertarien qui suis à la fois minarchiste et anarcap. Oui, une société harmonieuse sans État est possible. Mais, dans certains cas, un État minimal est nécessaire.

    Votre question sur le rôle de l’État est essentiel lorsque l’État prend et gère la moitié de la production des habitants d’un pays. La théorie des choix publics est une branche de l’économie qui analyse l’action de l’État.

    Le libertarien utilise souvent les principes intellectuels de l’école autrichienne d’économie. Pour un économiste « autrichien », la science économique est une science de pure logique, donc une science exacte. La science économique ne se fonde ni sur l’Histoire, ni sur l’expérience, ni sur les faits. Elle se fonde sur des concepts valides et des raisonnements logiques. Les faits peuvent parfois illustrer la pertinence d’un raisonnement, et parfois l’infirmer.

    Je reviens à votre question sur le rôle de l’État. Pour moi, toute intervention de l’État est nécessairement nuisible. C’est un raisonnement de logique et que je peux exposer. Il ne s’agit pas d’une position idéologique passionnelle. Il est donc possible d’échanger des arguments.

    Je vous renvoie la balle. Dans quel secteur pensez-vous que l’action de l’État serait utile? ou au contraire inutile? La monnaie? Parlons-en.

    Le freebanking a totalisé 600 années d’existence dans divers pays riches aux 18e et 19e siècle. L’exemple le plus significatif est en Écosse. 130 ans de freebanking, sans intervention de l’État écossais. L’économiste Selgin cite aussi l’exemple du Canada. Ces longues durées sont suffisantes pour affirmer que le freebanking a toujours fonctionné correctement. Chacune de ces périodes de freebanking s’est terminée à cause de la cupidité d’un État qui voulait s’endetter. Le plus souvent pour faire la guerre.

    Il ne faut donc pas croire que le freebanking ne pourrait exister que si l’être humain était parfait. Ce serait méconnaître l’Histoire monétaire.

    • Bruno Lemaire says:

      Cher Gidmoz, ma réponse aura au moins un grand mérite, celui de la briéveté. Je ne crois pas qu’il y ait une « science économique », m^me si certains économistes s’efforçent d’avoir une démarche vaguement scientifique. Par ailleurs, j’aime bien la logique mathématique – je dois avoir un DEA en cette discipline, passé il y a bien longtemps hélas (mais je ne crois pas que la logique ait beaucoup changé 😉 ) – mais je ne vois pas le lien entre des théories économiques qui parlent de déséquilibre, avec des milliers de variables techniques et des millions ou des milliards d’individus, et la logique. Personne de sérieux ne croit plus – ou ne devrait croire – à la théorie de l’équilibre général, aucune économie n’est jamais en équilibre.

      Ressortir systématiquement les échanges « écossais » pour soutenir votre thèse me semble un peu court, « jeune homme ».

      Très cordialement, B.L.

  4. gidmoz says:

    @Bruno Lemaire
    L’école autrichienne d’économie conteste l’usage des mathématiques dans les raisonnements économiques. Votre critique des mathématiques en économie semble rejoindre la position « autrichienne » sur ce point. La lecture des fondements intellectuels de l’école autrichienne d’économie devrait vous plaire. Ils existent depuis plus de 100 ans. Ils n’ont pas vieilli. Ils sont aussi actuels que la logique.

    Pour L’économiste Ludvig Von Mises, une action humaine, c’est un but, des moyens et un profit ou une perte. Tout échange crée deux richesses, l’une pour le vendeur, l’autre pour l’acheteur. Sinon l’un des deux refuserait. C’est une question de logique.

    Je n’ai pas bien compris la raison pour laquelle vous écartez l’exemple du freebanking écossais entre 1715 et 1845, soit pendant 130 ans. Aucun utilisateur de monnaie n’a été spolié en 130 ans. Et évidement il n’y eu aucune inflation puisque chaque billet valait l’or promis par la banque. Et tout cela avec 30 banques concurrentes sans Banque Centrale. Adam Smith en faisait alors l’éloge.

    J’aimerai entendre votre réfutation du freebanking. J’ai déjà invalidé votre premier argument sur l’ « homme parfait ». J’attend votre deuxième argument. Je l’invaliderai car la logique est du coté du freebanking.

    • Bruno Lemaire says:

      Seriez vous un des nostalgiques (fumeux) de l’étalon-or. Comme étalon, je préfèrerai la richesse produite, ou encore une pierre de lune (qui n’appartient à personne) 😉

      PS. Je ne pense pas que vous ayez invalidé l’un de mes arguments. Mais tant mieux pour vous si vous le pensez. J’ai essentiellement critiqué ceux qui pensent que l’économie mérite d’être appelée « science ».

      • Joëlle says:

        Bien sûr que si, l’économie est une science.
        Notez que je peux comprendre votre remarque : la plupart des économistes imitent les sciences dites « dures » (hard science) comme la physique ou la biologie qui sont inductives par nature.
        Il s’en suit un méli-mélo, où, à l’aide d’une torture mathématique Ils tentent de démontrer des propositions qui ont tôt fait d’être invalidés dans les faits.
        C’est normal car, au contraire de la physique, l’économie ne peut pas être expérimentée.

        C’est pourquoi une partie des économistes refusent cette imitation. C’est la fameuse école autrichienne, qui soit dit en passant, trouve ses origines dans l’école de Salamanque (XVIème) et dans l’école française du XVIIIème.

        Ces économistes procèdent comme les mathématiciens : par la déduction où la logique joue tout son rôle.
        Le livre de L.v. Mises l’expose brillamment.
        Si vous estimez que la théorie économique de cette école n’est pas une science, alors les mathématiques n’en sont pas une non plus.
        Il est vrai que certain ont refusé aux mathématiques le statut de science. Car pour K. Popper toute proposition scientifique est une proposition réfutable. Ce qui n’est pas compatible avec la déduction mathématique.

  5. gidmoz says:

    @Bruno Lemaire
    Un des articles de mon blog est « contre l’étalon-or ». Je ne suis ainsi pas favorable à l’étalon-or. Si on est favorable au freebanking, on n’est pas favorable à une monnaie étatique, même avec un étalon-or. Son défaut irrémédiable est limiter le crédit. Mais la monnaie étatique est pire encore. Elle autorise, de fait, l’Etat à trop s’endetter.

    Le freebanking fonde la valeur de la monnaie sur tout type de biens, dont la « richesse produite », comme vous dites. C’est son point commun avec la monnaie étatique. Et c’est, amha, le point fort de la monnaie étatique. Cela permet d’augmenter la quantité des crédits.

    Vous m’aviez objecté que le freebanking ne pourrait fonctionner que si l’homme était « parfait ». Je vous ai prouvé le contraire en évoquant l’importance du freebanking au 18e et 19e siècles. Dans ces siècles, l’homme n’était pas parfait. Or le freebanking fonctionnait, et même fonctionnait alors très bien. Cela prouve que votre premier argument contre le freebanking est erroné.

    Le débat sur le mot « science » ne m’intéresse pas du tout. Savoir si un corpus de connaissances organisées mériterait le titre de « science » ou bien ne le mériterait pas, m’ennuie un peu. Et ce n’était pas mon propos. Je rappelais quelques particularités de l’école autrichienne d’économie. Son raisonnement est conceptuel et logique. Elle s’attache à ce que les concepts utilisés soient valides. Elle refuse les mathématiques, l’Histoire, les statistiques. Elle refuse aussi la méthode expérimentale en économie. Elle la qualifie de « pseudo-expérimentalisme ».

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