monnaie, liquidité et panier de commodities

Une monnaie est un bien échangeable dont la valeur est suffisamment stable. En tendance, la valeur d’un bien tend vers son cout de production. Une monnaie se référence toujours à la valeur d’un bien. Ou à la valeur d’un panier de plusieurs biens identifiés. La stabilité de la valeur provient nécessairement de la banalité du bien servant de référence à la monnaie.

La valeur de l’or, comme toute autre production minière, tend nécessairement vers son cout moyen d’extraction, mais sans jamais l’atteindre. La différence est le profit espéré par les investisseurs-producteurs d’or. Lorsque la valeur de l’or monte pour des raisons spéculatives, il ne faut pas oublier que cette valeur retombera un jour vers un coût d’extraction bien inférieur.

Ludwig Von Mises énonça son théorème de la régression de la monnaie. « La valeur d’une monnaie provient de la valeur du bien lorsqu’il ne servait pas de monnaie ». L’usage d’un bien comme monnaie augmente sa demande, donc son prix, puis sa production. Puis, le prix tend à nouveau vers le cout d’extraction du bien. Si la demande monétaire augmente à nouveau, le même processus recommence. Mais si la demande monétaire sur ce bien diminue, le prix du bien baissera.

L’or a aujourdhui un rôle prépondérant pour certains investisseurs. Un autre bien pourrait servir de réserve de valeur stable. Un panier de commodities, par exemple. Un tel panier pourrait venir détrôner l’or. La valeur de ce panier de commodities serait proche des cours moyens de ces commodities. Certaines études du CRB, Commodities Research Bureau, montre une grande stabilité à long terme sur les prix des commodities. C’est bien logique à long terme. Le prix d’une commodity est fondé sur son cout de production. Une telle production provient du travail et de l’investissement. Cette production utilise des technologies très diverses. Le fait que ces couts de production varient de manière semblable aux indices de prix moyens n’est donc pas un hasard fortuit.

Un tel panier de commodities serait donc un excellent candidat pour fonder une nouvelle monnaie plus stable que l’or, plus sérieuse que les monnaies de Banque Centrales. Mais des ingénieurs financiers imagineront des milliers de formules différentes pour construire un tel panier de commodities. Nul ne peut deviner quel panier sera le meilleur. Et le meilleur pour quelles catégories d’usagers?

On retrouve ici la nécessité du free banking pour expérimenter de tels paniers de commodities. La nécessité de laisser chaque banque choisir de créer librement une monnaie. On retrouve la nécessité de laisser à chaque investisseur le choix de sa monnaie. La liquidité ne sera plus de la monnaie de Banque Centrale, mais tout bien, tout titre, ayant une bonne vendabilité et un cours mondial.

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À propos gidmoz
libertarien, ingénieur

2 Responses to monnaie, liquidité et panier de commodities

  1. Raoul says:

    J’ai un peu suivi vos échanges avec Charles Gave sur l’IDL. La position de Gave est clairement erronée et vous avez eu raison d’invoquer le théorème de la régression. Le problème est que la version que vous donnez de ce théorème n’est pas tout à fait correcte. C’est bien l’utilité, et non la coût de production, qui détermine la valeur de la monnaie. L’objectif de Mises en formulant ce théorème était d’ailleurs de démontrer que la monnaie ne faisait pas exception à la règle générale selon laquelle le prix d’un bien est in fine déterminé par les échelles de valeur des individus.

    Vous dites qu’à long terme le prix d’un bien tend vers son coût de production. Cependant :

    1° Ce n’est pas tout à fait correct. Même à long terme (i.e., dans la situation où les profits d’entrepreneur sont éliminés), le coût demeure inférieur au prix. En effet, la valeur des facteurs de production complémentaires est est toujours inférieure à la valeur du prix du produit final, en raison du phénomène de la préférence temporelle. L’écart entre les coûts et le prix correspond à l’intérêt originaire.

    2° Ce ne sont pas les prix qui tendent vers les coûts mais l’inverse. Un facteur de production n’a de valeur qu’en considération du bien de consommation qu’il aide à produire. Si la demande pour ce bien de consommation diminue, le prix du facteur de production (=le coût) diminue aussi. C’est particulièrement manifeste avec les facteurs de production spécifiques, i.e. ceux qui ne peuvent contribuer à produire qu’un bien déterminé, mais la règle vaut pour tous. Or, si ce sont les prix qui déterminent les coûts, la valeur de la monnaie ne peut être expliquée par son coût de production.

    3° Le prix de la monnaie est déterminé chaque jour, et varie continuellement. En aucun cas, le « long terme » ne peut donc en expliquer la valeur actuelle. Or, c’est bien cette valeur qu’il faut expliquer. De plus, le LT étant en réalité une construction imaginaire, ne se réalisant pas dans la réalité.

    Peut-être que Aristote faisait reposer la valeur de la monnaie-marchandise sur son coût de production, je n’en sais rien. En revanche, ce n’est certainement pas l’avis de Mises et Rothbard (ni le mien, accessoirement).

    Si je vous dis tout cela c’est que j’ai vu que Gave essayait de réfuter vos propos (et ceux de Simmonot et d’autres…), en invoquant la théorie subjective de la valeur. Il a bien raison de citer cette théorie. Mais en réalité, c’est à vous, et non à lui, qu’elle donne raison. Cependant, si vous prétendez faire reposer le théorème de la régression sur une idée de coûts de production, vous aurez formellement tort.

    • gidmoz says:

      @Raoul
      La valeur d’une chose est un acte de la pensée, un acte de préférence pour cette chose. La valeur d’une chose n’existe que dans l’esprit d’un individu. On peut postuler valablement que c’est l’utilité de cette chose qui lui donne de la valeur aux yeux d’un individu.

      De nombreuses personnes jugent que l’or a de la valeur. Ou le cacao, ou le cuivre, le café ou l’argent-métal. Bien sur il est nécessaire de commencer par rappeler que cette valeur provient de l’utilité de cette commodity pour tous ces gens.

      Ensuite on peut imaginer la raison pour laquelle ces gens jugent que cette commodity a une certaine valeur numérique. On peut imaginer par quel processus, cette commodity a une certaine valeur pour ces acheteur et pour ces vendeurs. Dans mon texte, j’ai ainsi esquissé, un cycle de demande, prix, production, offre, demande etc. Ce cycle est bien connu de tous. Je n’ai donc pas voulu approfondir ce point dans mon texte.

      Est-ce le cout qui tend vers le cout de production? ou bien est-ce le cout qui tendrait vers le prix? Cette question me semble ici mal posée. D’une part, dans un tel cycle, il est présomptueux de dire si l’oeuf vient de la poule, ou si c’est la poule qui proviendrait de l’oeuf.

      D’autre part, ça dépend du contexte du marché de ce produit. Dans mon texte, je rappelle que la différence est le profit espéré par l’investisseur-producteur. Vous le dites aussi en d’autres termes.

      Le prix d’un facteur spécifique de production d’une marchandise baissera si cette marchandise est moins demandée. Vous le rappelez utilement. Je m’intéresse ici aux seules commodities, et de plus, sur des cycles longs. Or, sur des cycles longs, c’est le capital et le travail qui sont, in fine, les facteurs de production d’une commodity. Du moins, c’est une thèse qui me semble soutenable.

      Le « cout du capital » tend à être le même dans tous les pays du monde. Le coût moyen du travail est à peine plus variable. C’est cette stabilité qui fonde, amha, la stabilité de la valeur d’un panier de commodities qui serait bien choisi. Un tel panier de commodities serait ainsi un bon candidat à devenir un étalon de valeur d’une monnaie.

      La banque doit choisir un emprunteur qui saura rembourser. C’est un savoir-faire de la banque. Ce travail de la banque est banal et bien connu. L’autre travail d’une banque est d’échanger une créance à long terme contre des créances à court terme. En d’autres termes, c’est recevoir la reconnaissance de dette sur l’emprunteur et lui verser des unités monétaires. C’est transformer une créance à long terme en créances à court terme.

      Lorsqu’une banque possède suffisamment d’or, l’unité monétaire sera toujours échangée contre l’or promis. La liquidité est alors l’or. Dans un système de Banque Centrale, la liquidité est la monnaie de Banque Centrale. Pour une monnaie-panier de commodities, la liquidité sera d’autres paniers de commodities.

      Le cout de production de la liquidité est à la charge de la banque prêteuse. Pour la banque du 19e siècle, ce coût était l’immobilisation d’un stock d’or. Pour une Banque Centrale du 21e siècle, le coût de la liquidité n’est pas nul, malgré l’apparence trompeuse. C’est le coût du salaire des dizaines de milliers de fonctionnaires qui étudient, régulent et vérifient l’exécution de dizaines de milliers de pages de règlements étouffants et destructeurs de valeur.

      Un monnaie-panier de commodities devient alors un contrat complexe promettant des titres visant des commodities. Un tel contrat est assorti de conditions concernant les livraisons, et du paiement d’un intérêt de retard si la banque ne peut verser immédiatement.

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