Banque Centrale indépendante

L’économie s’intéresse d’abord aux transferts de droits de propriété. Une définition utile en science économique est donc une définition juridique. C’est à dire une définition permettant de dire qui est propriétaire de chaque chose, qui est responsable de chaque obligation. Il importe aussi de qualifier de « contrat » toute obligation, même non commerciale. Le concept de contrat s’élargit alors aux obligations non commerciales.

La référence sociologique au signifiant-signifié, représentation abstraite, est une approche insuffisante pour l’exigence de la science économique. Les termes de « naissance », de « génétique » me semblent impropres à la définition des relations avec une Banque Centrale. De la même manière parler de « convention » est pertinent en sociologie, mais pas en économie. En économie, une convention est un contrat. Sinon, ce n’est pas un concept pertinent pour la science économique.

Tout concept sociologique qui ne peut pas se traduire en termes de droit de propriété ou d’obligation contractuelle n’est pas opérationnel pour l’analyse économique. Le concept de droit de propriété est suffisamment large pour qu’il puisse englobe tous les droits, à condition d’adopter un concept de « propriété élargie ». Le concept de « contrat » est, lui aussi, encore plus large, puisque certains osent outrepasser le concept d’obligation acceptée qui lui avait donné naissance. Ainsi le concept de de « contrat social » est si éloigné du concept de contrat que, amha, il s’agit d’une deuxième sens, distinct du mot « contrat ».

La monnaie est devenue aujourdhui une chose que le droit positif a omis de définir. La monnaie est devenu un OJNI, « Objet Juridique Non Identifié ». La nature de la monnaie est ainsi laissée à l’appréciation de l’économiste. En lisant ce qui est écrit sur mon billet de banque, je découvre le mot « BCE ». J’en déduis que la BCE l’a imprimé et émis. Et puisque ce billet me donne un droit, ce droit provient nécessairement de la BCE. Mon droit de propriété sur ce billet est donc une « certaine » obligation de la BCE.

Je considère ainsi que chaque unité de monnaie est une « certaine » obligation de la Banque Centrale. En effet, une unité de monnaie, un billet de banque a de la valeur pour la seule raison que ce qui qui l’a émis, imprimé représente une « certaine » obligation envers le possesseur du billet. Sinon ce billet n’aurait aucune valeur.

On peut valablement se poser la question de savoir en quoi consiste cette « certaine » obligation de la Banque Centrale ». Et surtout comment le possesseur d’un billet de banque ou d’une unité de monnaie serait le bénéficiaire de cette obligation de la Banque Centrale. On se pose aussi la question de savoir par quel procédé la Banque Centrale parvient à donner de la valeur à chaque unité de monnaie. La réponse est le monopole monétaire de l’État.

L’interdiction, de fait, de la circulation ou de l’émission de monnaie concurrente, oblige chacun à utiliser la monnaie légale. La monnaie légale a de la valeur car toute autre devise est, de fait interdite. Ou plutôt, toute autre devise subit un cout de circulation prohibitif, la rendant plus couteuse à utiliser que la monnaie légale. L’autre manière de créer un monopole étatique est de rendre plus couteuse, par qq obligations légales, une éventuelle concurrence. Ensuite la régulation de la Banque Centrale permet d’ajuster le niveau de valeur de cette monnaie légale.

L’État mandate une Banque Centrale pour gérer son monopole monétaire. Que cette Banque Centrale soit une administration de l’État, ou soit un établissement juridiquement distinct importe peu. La banque Centrale exécute le mandat que lui a confié l’État. La Banque Centrale ne souhaite pas prêter directement aux agent économique. Elle organise la collaboration avec les banques commerciales. La Banque Centrale établit des règles de collaboration. Ces règles sont essentiellement pragmatique, administratives. Elles sont modifiées lorsqu’elles dysfonctionnent.

Ainsi, vous posez la question de savoir s’il existe un « corpus théorique » qui garantirait la « stabilité des prix » ? Ma réponse est négative. L’État a confié à la Banque Centrale, un mandat impossible à satisfaire. Ou plutôt un mandat dont la réussite dépend du niveau des dépenses de l’État.

Pour bien comprendre cette analyse, il faut se souvenir que la monnaie-papier fut toujours initialement une monnaie privée dans une zone de free banking. Des dizaines d’exemples historiques, et dans de nombreux pays riches, et depuis le 17e siècle, l’attestent. Voir les trois liens de mon papier. https://gidmoz.wordpress.com/2011/09/20/crises-monetaires-et-free-banking/

C’est toujours une volonté de l’État de s’endetter davantage qui a interrompu le free banking. Cette étatisation de la monnaie fut soit brutalement par décret, soit en imposant des restrictions légales rendant impossible la continuation de la banque libre. Aujourdhui, le mandat de l’État à la Banque Centrale prévoit une possibilité d’endettement de l’État.

Cet endettement étatique est incompatible avec la stabilité des prix. Les gains de productivité des entreprises permettent une baisse de 2% annuels des prix des marchandises, du moins en prix réels. Les dépenses de l’État induisent une inflation qui empêche de voir cette baisse des prix réels. Seul l’économiste la voit. Cette baisse de 2% des prix réels permet à l’État de dépenser davantage. Une augmentation apparente de 3% des prix signifie, de fait une inflation des prix de 3%+2%=5%.

Le monopole monétaire de l’État est la seule cause structurelle des dysfonctionnements monétaires. Le choix de telle règle monétaire est un aménagement inutile lorsque l’État, le pouvoir politique, peut la contourner le jour où il le souhaite.

Le free banking, c’est à dire la dénationalisation de la monnaie, est le seule formule intellectuelle logique et cohérente d’un bon fonctionnement de la monnaie. Tant que le scénario de la dénationalisation de la monnaie ne sera pas évoqué, aucune construction intellectuelle de la monnaie ne conviendra. Sauf elle parvient à singer un fonctionnement concurrentiel de la monnaie. Les économistes monétaires actuels sont face au même problème que celui que se posaient les économistes soviétiques. Ils étaient contraints de trouver des modes de fonctionnement de monopoles étatiques.

Un congrès de mathématiciens se réunit pour savoir combien font 2+2, mais avec l’interdiction de prononcer le nombre 4. Les débats d’économie monétaire pendant lesquels n’est pas évoqué le free banking sont tout aussi stériles que ces congrès de mathématiciens.

La question de l’indépendance de la Banque Centrale est un vrai problème pour éviter les intrusions de l’État dans son fonctionnement. Mais le mandant est le véritable maitre de son mandataire, quel que soit le mandat. Une Banque Centrale ne sera donc jamais indépendante. Seul la liberté totale d’émission monétaire donnerait une véritable indépendance des banques vis à vis de l’État.

voir aussi http://www.lacrisedesannees2010.com/article-c-est-quoi-une-banque-centrale-independante-96939932-comments.html

À propos gidmoz
libertarien, ingénieur

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