l’Etat illusionniste

thème: L’Etat, malgré quelques défauts, force notre admiration et notre reconnaissance. Il nous protège, il nous instruit, il nous soigne. Ce sont des belles illusions fabriquées par l’Etat. L’Etat organise ainsi une paix sociale et sa pérennité.

titre : l’Etat illusionniste

L’illusion est constitutive de tout État. Un électeur observe, voire admire, le spectacle médiatique quotidien que les politiciens déploient pour le séduire. Cette séduction passe, comme tout spectacle, par une agréable illusion. Cette illusion est souvent demandée et acceptée par le spectateur-électeur. L’électeur souhaite avoir des raisons d’admirer son candidat, pour sa personnalité vraie ou apparente. A défaut, le citoyen vote pour le candidat le moins nuisible. Cette attitude d’illusionniste n’est pas seulement une posture temporaire que le politicien adopterait pour gagner une élection.

Illusionner les citoyens est une des activités de tout État. L’État tire son pouvoir de sa force armée, de sa police. L’État peut spolier, interdire, emprisonner, légiférer, censurer. Ces activités étatiques sont contraires au Droit. Or les citoyens respecteront un État qui respecte les lois et de la Justice. C’est à cette condition que l’État sera légitime pour les citoyens. L’État personnalise la Force violant le Droit, et le Droit protégé par la Force. L’État cache cette dualité schizophrène par la fabrication et l’entretien de l’illusion.

Lorsqu’un citoyen sait qu’il ne pourra rien changer à un problème social, il renonce à s’en informer. Il évite ainsi du temps perdu, du vain travail et un souci inutile. Il choisit ainsi l’ « ignorance rationnelle ». Il accepte alors l’illusion, comme d’autres feignent de croire au Père Noël. C’est le syndrome du cocu. Feindre d’ignorer son infortune permet de mieux la supporter. L’illusion étatique réside souvent dans ces domaines que le citoyen préfère ignorer parce qu’il n’y peut rien changer.

Parfois, l’illusion étatique est incroyable, impensable. Ainsi, pendant des millénaires, les Pharaons étaient des Dieux vivants. Cette illusion de la divinité de l’État était donc adaptée à l’Égypte ancienne. Plus modestement, à Rome, les rois et les premiers empereurs descendaient d’un Dieu, ou d’un héros mythique. L’instinct populaire de sacraliser le chef est devenu aujourd’hui une croyance dans une sagesse supérieure, quoique imparfaite, de l’État.

L’étymologie de « démocratie » est le pouvoir du peuple, par le peuple. Lorsque, en France, l’illusion du Roi de Droit divin fut usée, le mot « démocratie » porta un espoir flattant chaque citoyen, même le plus modeste. Ce mot magique persuada les êtres les plus frustes qu’ils n’étaient plus « sujets » d’un Roi, mais participaient au gouvernement. Les plus crédules disent même « l’État, c’est nous ». Depuis deux siècles, cette illusion démocratique fonctionne avec succès.

Pour entretenir cette illusion d’une fausse démocratie, l’État produit d’autres illusions complémentaires et les impose par la loi. L’État utilise les lois et l’argent au service d’une intense propagande illusionniste. Par la loi, l’État entretient la confusion entre les mots État, pays, nation, patrie, peuple. Le mot « public » remplace habilement « étatique ». Tels « bien public », « ordre public », « service public ». « Trésor public » donne l’illusion agréable que chacun possèderait un peu de l’argent de l’État, du patrimoine de l’État. La comptabilité d’une entreprise sert à révéler sa production de valeur. La « comptabilité nationale » considère, au contraire, que toute dépense produirait une valeur égale à la dépense. Elle est ainsi conçue pour falsifier toute estimation de valeur.

Un bulletin de vote n’est pas un mandat de représentation. Un élu ne représente donc aucun électeur. Un élu représente l’État. Or, c’est l’illusion de la représentativité individuelle qui fonde la légitimité de l’État pseudo-démocratique. Un citoyen a moins d’une chance sur un million d’influencer un choix politique avec son bulletin de vote. Avec une probabilité semblable, un billet de loto vaut un euro pour gagner bien plus. Un droit de vote a donc, objectivement, une valeur quasi nulle. Il est seulement un droit d’être un figurant du spectacle politique. L’importance du droit de vote est une illusion de toute démocratie. Un sondage d’opinion pourrait efficacement le remplacer en anéantissant le fondement de l’illusion démocratique.

Pervertir le sens des mots, leur donner une deuxième définition, est un des moyens de l’illusionniste étatique. La « solidarité » n’est plus volontaire, et devient, en fait, une contrainte étatique de spoliation. Le « principe de précaution » n’est plus synonyme de « prudence ». Il devient, en fait, un principe constitutionnel d’arbitraire et d’irresponsabilité de l’État. La liberté individuelle devient, pour l’Etat, la principale cause des malheurs du peuple. Les techniques de communication, et du langage, sont largement utilisées pour influencer le subconscient des citoyens.

L’économiste François Guillaumat enseigne que l’illusion fiscale est l’écart caché entre les effets perçus et les effets réels d’une action étatique. Cet économiste démontre en outre, à partir d’un raisonnement à l’équilibre appliqué au coût de l’action politique, que la redistribution politique doit gaspiller autant de richesses qu’elle en vole. Cette loi économique est valable quelle que soit la qualité de la gestion de l’État.

En effet, pour tenter de profiter d’un pactole de l’État, les citoyens doivent pseudo-investir du temps et des ressources à la hauteur du butin espéré, faute de quoi l’action politique fournirait un profit certain. Une partie de ce gaspillage consiste dans les richesses qu’ils ne produisent pas en intriguant ainsi. Ces pseudo-investissements de temps passé sont un gaspillage qui tend à augmenter jusqu’à hauteur du pactole à distribuer. Par exemple, un RMIste refusera un emploi pour continuer à percevoir son allocation.

L’illusion étatique masque, travestit chaque action de l’État spoliateur. « Plumer l’oie de façon à avoir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris », disait Colbert. La TVA, l’impôt le plus efficace, est indolore, presque invisible. L’interdiction de concurrencer les services étatiques crée une rareté artificielle et un faux sentiment de besoin pour l’assurance-santé, la sécurité, les transports, la monnaie, la Justice, et l’enseignement étatiques. C’est ainsi que l’absence de concurrence cache aux citoyens le coût réel des services « publics » fournis aux citoyens.

L’illusion de l’État, donneur de biens gratuits, est l’autre face du miroir aux alouettes de l’illusion fiscale.

L’illusion étatique la plus accomplie est celle des « charges sociales ». Pour un économiste, les « charges patronales » sont entièrement payées par le salarié, tout comme les « charges salariales ». En outre le calcul montre que pour le smicard, le montant de ces charges « sociales » est équivalent à celui de son salaire net.

Par conséquent, sans la spoliation de l’État, son salaire serait double de ce qu’il gagne. Ainsi, c’est aux dépens des salariés eux-mêmes, et non à ceux de leurs employeurs, que sont acquises ce genre de prétendues « conquêtes sociales ». Le terme « charges patronales » est une illusion forte car légalement obligatoire. Par cette fiction légale du vocabulaire, l’État illusionniste vole la moitié du vrai salaire des travailleurs pauvres. Ils ne protestent pas tant l’illusion est parfaite.

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À propos gidmoz
libertarien, ingénieur

17 Responses to l’Etat illusionniste

  1. serfix says:

    Bonsoir gdm,

    Je me permets de placer votre billet ci-dessus en exergue sur mon humble blog.
    Billet qui devrait faire son petit effet sur les Belges toujours en manque d’un gouvernement (fédéral, car nous en a encore trois autres … 😦 ).
    Ne connaissant que votre pseudo, je ne placerai que celui-ci (gdm) comme l’auteur de cette vérité si parfaitement bien expliquée.

    Si vous souhaitez que j’y place votre nom ou votre prénom, n’hésitez-pas à me le faire savoir.

    Avec mes salutations les plus cordiales,
    Luc

    • gdm says:

      @serfix
      Mon billet « l’Etat illusionniste » puise sa source dans la théorie de « l’illusion fiscale ». Cette théorie est exposée par l’économiste François Guillaumat. Francois Guillaumat continue ainsi le travail de l’économiste italien Amilcare Puviani en 1903, dans son livre « l’illusion fiscale ». Guillaumat s’appuie aussi sur le travail de Buchanan, prix Nobel d’économie.

      La théorie de l’illusion fiscale révèle les moyens d’amoindrir la douleur de l’impôt. L’économiste Ricardo avait déjà expliqué que l’endettement de l’Etat est un impôt indolore puisque reporté à plus tard. Sans utiliser le terme d’illusion fiscale, Ricardo dénonçait une importante illusion fiscale.

      J’ignore si les belges sont inquiets de l’absence de gouvernement de l’Etat Belge. En France, certains aimeraient que le gouvernement soit vacant tant les décisions prises sont nuisibles. Lorsque l’Etat français sera en faillite, vers 2014 selon Charles Gave, le gouvernement de l’Etat français sera peut-être enfin vacant.

      • serfix says:

        Bonsoir gdm,

        Pourriez-vous écrire ce commentaire sur mon blog ?
        Ou préférez-vous que je le fasse pour vous ?

        J’apprécie vos écrits qui me permettent d’en apprendre plus (sur les gens comme sur les marchés, etc … j’ai fait criminologie en son temps. Mais depuis la vente d’une de mes deux entreprises et la liquidation de l’autre, j’apprends l’économie).

        L’économiste David Ricardo est le préféré de beaucoup. Lorsque je travaillais à la Banque Degroof à Bruxelles (il y a 30 ans) on en parlait tout le temps. Cette personne est un autodidacte de la pensée économique (comme moi en fait 🙂 ).

        Au plaisir,

        Luc

    • gdm says:

      @serfix
      Oui, vous pouvez placer mon billet sur votre blog. Vous indiquerez l’auteur, gdm, et le lien.

      Pour apprendre l’économie, je vous suggère « principes d’économie » de gregory mankiw. Mankiw est très pédagogue. Ce livre est destiné aux étudiants de première année.

      Vous pouvez aussi lire « 39 leçons d’économie contemporaine » de Philippe Simonnot. Simonnot, prof d’économie et journaliste est, lui aussi, un bon pédagogue dans un autre style.

  2. serfix says:

    Gdm,

    Sans vouloir être condescendant, je pense être déjà bien plus loin que certains économistes, disons, non renommée.

    Cela fait quelques années que je décortique des livres, syllabus, etc …

    Je vous recommande d’ailleurs de lire « La troisième révolution américaine », de Jacques Mistral (Prix du livre d’économie 2008) et « Le déclin du dollar » d’Addison Wiggin que j’ai eu la chance de lire en anglais avant la crise.

    Je ne suis peut-être pas un Français (je suis d’origine Néerlandophone), mais je me soigne 🙂 Je plaisante bien entendu.

    J’aime rire car cela rend plus beau …

    Bonne fin de soirée ou bonne nuit,
    Luc
    Ps: sur mon blog, le tutoiement est de rigueur, il faut dire que je suis un Kiwanien aussi.

  3. serfix says:

    Si vous ne l’avez pas encore lu : http://www.pauljorion.com/blog/?p=8685

    Je vous laisse dorénavant,
    Bon week-end.

    • gdm says:

      Je ne m’intéresse pas à l’actualité économique. Son décryptage nécessite de consacrer beaucoup trop de temps pour rassembler les informations. Le plus souvent, l’actualité montre seulement que les politiciens veulent tout ignorer des processus élémentaires des sciences économiques.

      Pour la première fois, je lis Jorion. Je ne suis pas convaincu par la pertinence de son analyse. Son analyse cadre mal avec ma grille de compréhension de l’économie. Je vous suggère de visiter le site de l’Institut Turgot, présidé par l’économiste et journaliste Henri Lepage. C’est, à mon avis, un excellent think-thank économique français. http://www.turgot.org

  4. serfix says:

    Bonjour gdm,

    Je vous recommande (et vivement) ce livre aussi … http://www.amazon.fr/Sortir-crise-Comment-lEurope-sauver/dp/2742786686

    Si vous pourriez le conseiller aux lecteurs de Charles Gave, ce serait sympa.

    Bonne semaine,
    Luc
    PS: j’ai légèrement modifié mon dernier billet http://serfix.wordpress.com/2011/03/04/letat-illusionniste/

  5. Anissette says:

    Excellent post. Bien redigé et agreable a lire. Je suis d accord avec presque tout sauf peut etre avec le paragraphe portant sur la democratie. En effet, les citoyens peuvent choisir un candidat correspondant a leurs attentes (via l election) ou au contraire dechoir un candidat jugé trop spoliateur de leurs richesse. Il y a donc je crois un phenomene de retroaction.

  6. gdm says:

    L’Etat définit les fonctions du futur élu, la paye du futur élu, sa retraite d’élu, ses avantages fiscaux, ses avantages financiers annexes, ses avantages en nature, la date et les conditions de son élection. L’élu est un fonctionnaire de l’Etat désigné par un mode électoral.

    Comprendre la complexité des institutions politiques est un métier à plein temps. Peu de votants disposent du temps nécessaire pour acquérir l’information nécessaire à un vote bien informé. La propagande des partis devient alors le seul moyen d’information des votants. Les partis sont financés par l’Etat. Chaque parti est composé d’élus salarié de l’Etat. L’influence de l’Etat dans le choix du candidat par chaque votant est prépondérante.

    La procuration de vote est interdite, limitée, sauf rares exceptions. L’Etat interdit ainsi aux votants de mandater un vrai représentant, c’est à dire un représentant au sens du Code Civil. On peut alors imaginer un tel représentant qui disposerait de 1000 mandats de voter de votants qui font confiance dans sa culture et dans ses valeurs. Cette interdiction étatique d’un tel vrai représentant est une manière d’interdire une votation éclairée.

    Votre parlez d’une votation comme d’une « rétroaction » entre l’action de l’Etat et le choix du peuple. L’usage du mot rétroaction me semble un peu excessif. En effet, une rétroaction tous les cinq ans est un moyen confortable d’assurer à l’Etat une quasi-absence effective de cette « rétroaction » pour 99% de l’action de l’Etat. De plus, cette « rétroaction » est fabriquée, organisée par l’Etat lui-même.

  7. Anissette says:

    Merci pour cette reponse interessante. J entends bien que les modalités du vote et le mandat des elus sont definis constitutionnellement et donc par l etat. Toutefois, si les citoyens choisissent de reconduire un candidat socialiste, c est peut etre qu ils affectionnent un certain dirigisme venant de l Etat. Et c est peut etre qu ils apprecient une certaine reglementation de l economie, voire de leur vie privee.

  8. gdm says:

    Ce n’est pas la Constitution qui définit les procédures des votations et les manipulations des votations. Voter pour un candidat ne signifie pas le choisir comme représentant de son portefeuille, ni de ses souhaits politiques. C’est l’Etat qui organise les votations en sorte qu’elles ne puissent pas changer les Institutions, ni changer la Constitution. Or la Constitution ose prétendre que l’Etat représenterait le peuple! Cette affirmation est mensongère et arbitraire. Sans aucun fondement. Aucun électeur n’a approuvé ni consentit à la Constitution.

  9. Anissette says:

    Il est vrai en effet que les electeurs n ont pas vraiment droit au chapitre quant a la constitution. Cependant, a travers le vote, il me semble qu ils expriment leurs preferences et ont une influence sur l orientation politique et economique qu adoptera le gouvernement. En effet, ils peuvent choisir librement entre divers candidats ayant chacun des projets economiques differents. Le gagnant represente donc le mieux (ou le moins mal) la preference des citoyens. 

    • gdm says:

      Une procédure de votation pour désigner les dirigeants d’un Etat est une formule politique contestable. D’autre formules sont pires encore. Il n’existe aucune formule de désignation d’un dirigeant de l’Etat qui respecterait le liberté de choix de chaque individu.

      Ces élus sont, amha, des fonctionnaires de l’Etat. Ils obéissent à l’Etat. Le Code Electoral dispose que c’est l’Etat qui définit et organise le mandat électif de chaque élu. La loi étatique interdit ainsi à un électeur de désigner un représentant au sens du Code Civil. Donc, un vrai représentant.

      Le seul usage du mot « représentant » pour désigner un élu est un mensonge, une grossière illusion fabriquée par l’Etat. L’Etat a inscrit dans la loi une définition supplémentaire du mot « représentant » afin de parfaire son illusion, fondé sur le mensonge. Et le peuple se laisse abuser, empoisonner, par l’usage de ces « mots-virus ».

  10. Anissette says:

    Je comprends ce que vous dites. Mais etes vous d accord sur le fait que le scrutin electoral reflete les preferences des citoyens ? 

  11. gdm says:

    Le vote exprimé n’exprime nullement une préférence du votant pour un candidat. Le votant estime que son choix pourrait permettre, quoique indirectement, de limiter son insatisfaction. Il n’a aucune certitude car il ignore comment son vote pourra avoir une influence sur la vie politique. Ainsi un votant peut voter pour un candidat éloigné de ses convictions s’il estime que les conséquences indirectes de son choix limiteront son insatisfaction.

    Lorsque le nombre de votants est supérieur à 100000, la probabilité que le vote de ce votant ait une influence sur le résultat de la votation est inférieure à un sur un milliard. En d’autres termes, son vote a une valeur quasiment nulle. Or le votant vote néanmoins. C’est le « paradoxe du vote ». Les sociologues utilise ce terme pour désigner cet acte de voter, apparemment inutile.

    L’envie de participer à un jeu collectif, le plaisir de s’illusionner sur l’utilité fictive d’une votation, me semble suffisant pour expliquer le « paradoxe du vote ».

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